Le mérou est de retour en Méditerranée

Indicateur de la bonne santé du milieu marin, l’espèce est de retour sur le littoral provençal

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Poisson emblématique des fonds littoraux méditerranéens, le mérou brun constitue un excellent indicateur de la qualité d’un milieu écologique. …

Poisson emblématique des fonds littoraux méditerranéens, le mérou brun (Epinephelus marginatus) constitue surtout un excellent indicateur de la qualité d’un milieu écologique.

Situé au sommet de la chaîne alimentaire, ce « super-prédateur » au comportement peu farouche et au caractère débonnaire, témoigne par sa seule présence de la bonne santé du territoire où il a choisi de s’établir, ce qui fait dire aux biologistes marins chargés de l’étudier : « Quand le mérou va, tout va ».

D’où l’importance des campagnes de recensement organisées depuis plusieurs années dans les eaux françaises, plus particulièrement dans la rade et autour des îles de Marseille; des zones où l’espèce avait complètement disparu au cours de la seconde moitié du siècle dernier, victime notamment d’une pêche intensive et du développement de la chasse sous-marine.

Depuis une dizaine d’années, un retour progressif du mérou brun est observé le long des côtes provençales. Ces comptages sont suivis de près par le Groupement d’intérêt public (GIP) des Calanques, car le mérou fait partie des espèces animales susceptibles de contribuer de la manière la plus forte à la valorisation et à la promotion du futur parc national, avec de surcroît d’importantes retombées économiques.

C’est d’ailleurs sous l’égide du GIP qu’a été menée la campagne 2011 dans les eaux phocéennes, mobilisant plusieurs dizaines de scientifiques et de plongeurs bénévoles sur quinze sites des calanques (Morgiou-Le Figuier) ainsi que des archipels de Riou (Les Impérieux, Moyades, île Jarre, les Pharillons) et du Frioul (Tiboulen, pointe de la Luques). Étaient mobilisés pour l »occasion la Fédération de plongée (FFESSM), l’Office de la mer, le parc marin de la Côte Bleue, le Groupe d’étude du mérou (GEM) et le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Paca.

Au total, cinquante mérous ont pu être observés durant cette journée de comptage, dont trois au Frioul et quarante-sept dans le périmètre du coeur marin du futur parc national des Calanques. Les plongeurs en avaient identifié 45 en 2010 autour de l’archipel de Riou, 9 en 2009, 72 en 2007, 31 en 2006, 56 en 2005, 24 en 2004 et 3 en 2003, sachant qu’en 2005 et 2007, l’opération s’était déroulée durant trois jours et sur un plus grand nombre de sites.

Il s’agissait cette fois d’animaux d’une taille moyenne de 60 cm, évoluant à une profondeur elle aussi moyenne de 20 mètres, en diminution constante depuis sixans (25,70 m en 2006 ; 23,50 m en 2007 ; 20,10 m en 2010).

Les plus grands spécimens atteignaient un mètre de long; les plus petits 25cm. Une population qui est encore loin d’avoir atteint celle de la réserve du parc national de Port Cros, où plus de 600 mérous bruns ont élu résidence pour le plus grand plaisir des plongeurs en scaphandre autonome et des apnéistes.

« Des effectifs sans doute très inférieurs à la réalité, souligne Eric Charbonnel, l’un des responsables du parc marin de la Côte Bleue. La tranche de profondeur située entre la surface et dix mètres n’a pas été explorée cette année ».

Le référent « mérou » de l’opération constate cependant que « les animaux ont encore un comportement fuyant et craintif, avec une tendance à se réfugier dans un trou à lamoindre alerte, alors que des mérous non stressés évoluent souvent en pleine eau et ne refusent pas le contact avec les plongeurs ». Preuve selon lui que la pression de pêche, notamment au fusil harpon, reste forte.

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« Un mérou vivant a plus de valeur qu’un mérou mort »

La formule est devenue un grand classique, régulièrement citée par les protecteurs de l’espèce comme par les entreprises de plongée sous-marine. La différence serait même d’un facteur mille selon certains experts, qui ont mis en balance d’un côté la valeur d’un spécimen de 15 kg vendu sur l’étal d’un poissonnier et de l’autre les sommes dépensées par les plongeurs que ce même poisson est susceptible d’attirer à lui durant sa vie d’adulte, en intégrant le prix de chaque sortie plongée mais aussi les frais annexes (nourriture, transport, hébergement, visites touristiques, achats de souvenirs, etc.).
Au final, le mérou « en tranche » rapporterait 450 euros, contre près de 450 000 € pour un mérou devenu star……


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Témoignage

J’ai bien connu l’époque où le mérou était abondant dans les calanques, à dix mètres de profondeur, six mètres seulement en certains points.
Par principe, je n’ai jamais tiré ce très gros poisson qui sortait naïvement de son trou rocheux pour venir dire bonjour aux chasseurs sous-marins et aux plongeurs.

Vers 1970, le mérou est devenu méfiant, et filait dans son trou dès qu’il voyait un être humain. Mais des cons descendaient le tirer dans son trou, où il crevait coincé sans profit pour personne, car il utilisait la flèche et ses nageoires raidies pour se coincer dans son trou ; j’ai vu un bateau à moteur ne parvenant pas à arracher un mérou de son trou.

Il y a une quarantaine d’années, le mérou avait presque disparu des calanques, et du Frioul, victime à la fois des excès de chasse et pêche, et de la pollution par le Grand Emissaire de Cortiou et le port.

En 1987, malgré la mise en service de la station d’épuration, on a observé seulement un faible retour du mérou. Des cons tiraient des bébés de 3 kg (poids d’un mérou adulte : plus de 40 kg).

Enfin, en 1993, interdiction de la chasse au mérou sur le littoral français.

Et c’est seulement en 2011 que l’on observe de façon significative un repeuplement du mérou dans les calanques.

Christian G.


Cet article a 2 commentaires

  1. marseilleman

    Merci 😉

  2. Philippe Engammare

    Le mérou à la peau fragile.
    Assez facilement, la peau de mérou pète.

    Bon, je sors!

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