Débat entre fédérations Européennes sur le droit d’être nu

Je vous propose la lecture de l'intervention du responsable de la fédération naturiste espagnole (en partie traduite par Jacques Gana) après les propos délétère de son homologue allemand dans la presse helvétique.

Jacques Freeman

—————————————

Un débat urgent

Si nous proclamons que le nudisme constitue une de nos libertés, pouvons-nous continuer à nous regarder dans un miroir allemand ?

Il y a quelques mois, nous avons été réjouis d'appendre que "La tendance la plus récente est d'aller dévêtu dans les Alpes suisses."
Le même journal annonçait que "la police avait arrêté un jeune randonneur en septembre, mais qu'elle avait dû le libérer, vu que la Suisse n'a aucune loi interdisant les randonnées sans vêtements", et que "des experts juridiques avancent que l'interdiction de la nudité en public serait contraire à la Constitution Suisse."

Arrivé dans le mouvement naturiste espagnol il y a un peu plus de dix ans, j'ai commencé à m'intéresser au monde du naturisme à l'étranger. J'ai notamment découvert que les gens enlèvent leurs vêtements dans les stations thermales et même dans les parcs publics en Allemagne ! À cette époque, il y avait des discussions sur le forum naturiste espagnol – le seul dans ce temps-là – sur Internet, concernant le fait que la nudité en public était autorisée; en effet, mes recherches confirmaient – ce que l'on ne savait encore que de façon imprécise, jusque là- que la nudité n'était pas illégale en Espagne. C'était le début d'une campagne massive dans les médias à grande diffusion, par l'association madrilène (ADN), qui commença par une manifestation de personnes nues, qui dura deux heures, à la Puerta de Alcalá, au coeur de Madrid.

Depuis, les médias ont couvert des milliers de fois les actions menées par nos militants et moi-même. Les associations membres de la FEN travaillent également dans le même sens, puisque nos statuts stipulent l'obligation de répandre publiquement le naturisme, une de nos libertés. Sa page WEB a joué un rôle clé pour éclairer les naturistes et la société en général sur ce sujet. On peut dire, sans exagérer, qu'une majorité du public espagnol a été informée du fait que la nudité est l'une de nos libertés. Cette entreprise éclairante continue. Signalons, par exemple, les campagnes mondiales déjà familières, dont les « journées sans tenue de bain » sur les plages publiques. Le monde du journalisme, écrit ou audiovisuel, estime que cette liberté va de soi, sachant qu'il ne s'agit pas là d'une omission dans notre système juridique, mais plutôt d'une simple réalité, que nous résumons comme suit: "l'inexistence d'un soi-disant droit de ne pas voir ce que l'on n'aime pas voir» De même que personne n'a le droit de nous dire comment nous devons nous habiller, la liberté des autres s'arrête là où commence la nôtre.

Mais revenons au cas suisse. Lorsque nous examinons la législation des autres pays, nous constatons qu'elle ne diffère pas tellement de la nôtre, comme le mentionne le The New York Times. D'habitude, la nudité en tant que telle n'est pas pénalisée, sauf s'il y a rapport avec un délit sexuel (ou peut-être non-sexuel, aux fins de clarification). Si une personne nue commet un crime, il faudra la punir, mais pas parce qu'elle était nue – ceci ne devrait même pas constituer une circonstance aggravante.

Ceci évoque l'analogie avec les cas de racistes qui accusent toute une communauté ethnique des actes perpétrés par l'un de ses membres. Où cela nous mène-t-il ? Notre législation de diffère pas tellement de la loi suisse ou de celle d'autres pays européens ou latino-américains. Vu la validité du principe que "dans une démocratie, tout ce qui n'est pas explicitement interdit est permis", les règles du jeu devraient être les mêmes pour tous. La différence provient du fait que la FEN a activement levé l'étendard de la liberté, tandis que d'autres fédérations ont limité leurs activités à des ghettos spécifiques, dont des plages autorisées et des centres de loisirs privés.

Le président de la fédération allemande (DFK), Kurt Fischer, a été interviewé par un journal Suisse au sujet des randonneurs alpins nudistes :
http://bazonline.ch/schweiz/standard/Nachtwandern-FKKVerbaende-stuetzen-Appenzeller/story/30394772
M. Kurt Fischer, président d'une fédération d'un pays, l'Allemagne, tant admiré par les naturistes espagnols, "décrit les randonneurs en question comme des névrosés, des psychopathes, et il déclare que la liberté d'une personne finit lorsque celle des autres est affectée (*) [.] Dans son esprit, il existe une règle stricte, qui veut que les activités naturistes soient exercées dans les centres naturistes [.]
M. Fischer estime que les autorités doivent se montrer rigoureuses à l'encontre des randonneurs nus. "
L'article suggère que l'union naturiste suisse n'appuie pas davantage ces activités, bien qu'il ne fasse pas état de déclarations dans ce sens émanant de quelque responsable de ladite fédération.

Inutile de préciser que si quelque chef du mouvement naturiste espagnol ou moi-même exprimions une position similaire, nous ne resterions pas longtemps en fonction. Je suis surpris de lire ces déclarations au sujet d'un autre pays, ayant sa propre fédération et dont les lois ne sauraient être entièrement familières à l'intéressé. Je comprends [par conséquent] que tous les naturistes espagnols, dont les associations organisent des randonnées naturistes, parmi leurs nombreuses activités programmées, seraient ainsi également qualifiés de névrosés et de psychopathes, du point de vue de M. K. Fischer.

En Espagne, il y a des groupes de personnes qui font la promotion de la nudité dans les rues des villes. La Fédération et ses associations ne font pas la promotion de ce type d'activités, mais seulement de celles qui se réalisent en milieu naturel, conformément à la définition du naturisme que nous acceptons tous, à la INF-FNI : "en harmonie avec la nature" (art 2). Cependant, quand la presse nous interroge au sujet de ces personnes, nous les sentons proches de nous, et nous plaçons toujours du côté de la liberté, étant donné qu'il n'y a rien de mal dans la nudité humaine. Jamais il ne nous viendrait à l'esprit de les qualifier de psychopathes, et s'ils ont des problèmes juridiques, la Fédération et les associations sont là pour les défendre et s'impliquer pour la cause. Pour les disqualifier, les juger, demander qu'ils soient châtiés, il y en a d'autres : les mouvements intégristes, ceux qui ont mal compris leur religion, ceux qui ont des carences éducatives, les intolérants, en deux mots : "les détenteurs de la vérité".

Lors du Congrès mondial de 2006 en Espagne, je me suis adressé aux personnes présentes dans un discours intitulé :
"La révolution naturiste. Le droit d'être nu. Débat" (The Naturist Revolution: The Right to Be Nude. A Debate"). Au vu des déclarations publiques du président de la DFK et de l'UNS-SNU, mon avis est que ce débat n'a toujours pas eu lieu, et qu'on ne peut plus le différer. Le mouvement naturiste, regroupé dans l'INF-FNI a-t-il pour mission d'entraver notre liberté, nous qui savons que le corps humain nu ne peut être criminalisé ? ou au contraire doit-il être toujours à nos côtés, nous qui exerçons librement cette liberté basique et décidons de ne pas nous habiller ? Que penserait Mr Fischer d'un noir qui renoncerait à ses droits légaux afin de ne pas déranger les blancs ? La modification des usages est un processus beaucoup plus lent que la modification de la loi. On ne peut accepter que ce soit de l'intérieur du mouvement naturiste qu'émanent les freins à cette avancée, et même que se facilite le retour en arrière dans la législation. Avec des amis comme ceux-là, nous n'avons pas besoin d'ennemis.

Tout semble indiquer que certaines de nos fédérations ne remettent pas en question la répression de la nudité, mais se contentent de solliciter des exceptions pour "pratiquer le nudisme". Ils acceptent les mêmes postulats répressifs que le reste de la société ! Le moment est venu de démasquer les dirigeants d'associations naturistes qui prétendent délimiter où on peut et où on ne peut pas, quand on peut et quand on ne peut pas, ce qu'est et ce que n'est pas le naturisme, les "détenteurs de la vérité naturiste".
Kurt précise que "la liberté de chacun s'achève là où elle entrave la liberté des autres", sans se rendre compte que cette liberté doit être réciproque : personne ne peut nous obliger à nous habiller, parce que de notre côté nous n'obligeons personne à se dénuder. Je suis convaincu que ces campagnes sont la responsabilité essentielle des fédérations et associations nudistes.
J'aimerais que toutes les fédérations présentes sur le forum "INF workgroup" se positionnent clairement dans ce débat. Et que la DFK elle-même confirme ou infirme les déclarations publiées dans la revue citée, car il est possible qu'il ne s'agisse que de l'opinion personnelle de son président actuel. J'aimerais également que l'UNS-SNU fasse de même.

(*) La liberté des uns s'arrête, là où commence la liberté des autres".
UNS-SNU = Union Nationale Suisse

Texte original en espagnol :
http://www.naturismo.org/acontecimientos/libertad.html

Voir aussi :
http://www.nytimes.com/2009/03/17/world/europe/17swiss.html?_r=1&scp=1&sq=alpes%20naked
http://www.naturismo.org/adn/ediciones/25y/1.html

Cet article a 3 commentaires

  1. anonymous

    jcl91 writes:On ne peut qu'être d'accord à 100 % avec ce texte !Encore une fois: Vive les Espagnols et leur esprit de liberté et de respect des autres.

  2. anonymous

    Anonym writes:L'argument: "l'inexistence d'un soi-disant droit de ne pas voir ce que l'on n'aime pas voir" est selon moi le plus puissant que l'on puisse utiliser. Il y a aussi l'article 30 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, dont tout le monde parle, mais qui n'a éte ratifiée que par très peu de pays: "Aucun Article de ladite Déclaration ne peut être utilisé… pour limiter les Droits d'autres personnes".

  3. progmarseilleman

    http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/dudh/declara.asp#art30Article 1erTous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.Article 30Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.Explications ou commentaires : Article 1erLes hommes naissent libres et égaux en droits : toute inégalité basée sur l'origine ou l'appartenance à un groupe quelconque, social, ethnique, religieux, linguistique, etc. est sans fondement légitime. L’article 1er pose les trois principes généraux de la protection des droits de l’homme : la liberté de l’homme, l’égale dignité, la fraternité.L’« esprit de fraternité » implique ce qu’on appelle des devoirs interpersonnels : chacun doit accepter l’autre et son droit à la différence. Il signifie aussi que les droits de l’homme doivent être respectés dans les rapports entre personnes privées : les individus doivent non seulement être protégés contre l’État, mais également contre les agissements d’autrui (droit au respect de la vie privée et familiale, à la liberté de conscience, d’expression.)Article 30Nul ne peut se fonder sur l'une des dispositions de la Déclaration pour porter atteinte aux droits et libertés qui y sont énoncés.

Répondre à progmarseilleman Annuler la réponse