Réflexions à propos du vote favorable du Parc des Calanques sur la prolongation des rejets des liquides chimiques d’Altéo

Dans ce dossier, les conclusions se basent sur beaucoup de suppositions :

  • Tout d’abord, on suppose que les rejets chimiques sous forme liquide n’auront que peu d’impact sur l’environnement, pourtant, rien ne le prouve scientifiquement.
  • On suppose qu’Altéo tiendra ses promesses (mais vu le passé de l’industriel, notamment avec Péchiney, on pourrait légitimement en douter).
  • On suppose que, comme par miracle, le rejet des boues rouges s’arrêtera au 31.12.2015 et que le lendemain ils ne rejetteront que du liquide chimique.
  • On suppose que ce même liquide ne raclera pas ce qui reste de boues rouges au fond des canalisations.
  • On suppose que prolonger ces rejets passera bien au niveau de la population, ben voyons, on est un peu con, on n’est pas des scientifiques, nous …
  • On suppose qu’on ne voit pas le ménage « amis-amis » qui se trame au sein du Parc. Voir, précédemment : On n’est un peu con, nous…
  • On suppose que si Altéo réalise des prélèvements, ils vont être draconiens et transparents. Inutile d’en douter bien sûr, puisqu’ils vous disent que les boues rouges ont un impact insignifiant sur les fonds marins ! On peut être sûr que leurs affirmations correspondront aux résultats de leurs prélèvements.
  • Et puis, la supposition la plus illusoire est clairement celle qui voudrait que ce vote favorable ne nuirait pas à l’image du Parc. Comment cela serait d’ailleurs possible ? Ce parc est jeune, n’a que peu de moyens, il est péri-urbain, a été créée avec un ensemble d’acteurs économiques locaux, bref, il a plein d’excuses. Du coup, il peut prendre des décisions qui sont à l’opposé des fondamentaux d’un Parc national qui doit, avant tout, protéger l’environnement. Après tout, avec l’autorisation de la chasse à la glue (trois ans, renouvelable une fois), on n’est pas à une ineptie prêt.

 

Ci-dessous, le coeur marin du Parc National impacté par le déversement des boues rouges d’Altéo :

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Mais faisons fi des procès d’intentions et essayons d’analyser de près le dossier

Tout d’abord, pour avoir confiance face aux résultats donnés par les différents relevés déjà réalisés, et afin de connaître précisément l’impact environnemental, ces analyses devraient être réalisées par des entreprises indépendantes et non pas financés par Altéo. Ces expertises pourraient être financés par le ministère de l’environnement et programmées par le PNC. Or le présent dossier ne demande pas que ces relevés soient gérés par une société indépendante. On émet juste le souhait que les relevés doivent être « draconiens, indépendants et transparents », ce qui veut dire qu’ils seront toujours dirigés par le comité créé par arrêté préfectoral en 1994 et présidé par Jean-Claude Dauvin. A aucun moment, on ne cite une société externe. C’est une preuve de complaisance coupable. Quand on connait les quelques analyses indépendantes qui se sont extirpés de l’omerta de 1991 à 2012, on voit bien que les conclusions ne sont pas les mêmes que le comité qui sert de crédit environnemental à Altéo.
Le Bureau du Parc propose que le dossier soit examiné chaque année par son CA. Après cinquante ans de rejets en mer, et un impact environnemental indiscutable, on décide encore d’agir après coup. On doit protéger la nature avant une catastrophe, pas une fois qu’on l’a constaté sur un écran avec des relevés.

Le Parc plébiscite une « clause de revoyure » afin que l’industriel améliore ces rejets en mer. Cassidaigne a une biodiversité tellement fragile, et déjà suffisamment impactée, que de simples rejets de bouteille d’Evian auraient des conséquences sur l’équilibre de ces fonds marins. Donc, quelques soient le degré de nocivité (terme que je préfère employer plutôt que « qualités » employés par d’autres) de ces rejets chimiques, ils seront nuisibles. Il n’y aucune amélioration à apporter. Il faut juste que cela cesse aussi bien en mer qu’en terre.

Il est dit que l’ensemble des suivis, ainsi que son potentiel impact toxique pour les milieux, concernant la composition des rejets, doivent démarrer au plus tard en 2016. Soit après avoir obtenu définitivement l’autorisation de la prolongation de ces rejets qui doit être entériné à la fin 2015, soit plusieurs mois sans suivis ? Et ceci dans le cœur marin d’un Parc National ? De qui se moque-t-on ?

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« Les mesures réglementaires ou de gestion qu’aura à prendre dans le futur, le Parc ou l’Etat en lien avec ce rejet »(Annexe 2 – Prescription concernant les suivis scientifiques à mener).

On sous-entend par cette phrase que la plupart des mesures réglementaires n’ont pas été définies. On ne sait pas non plus si ces mesures seront prises par le Parc ou par l’Etat. On délivre donc une autorisation de prolongation de rejets chimiques en cœur marin du Parc sans savoir clairement qui fera quoi. Cette sensation est d’autant moins compréhensible que le CA du Parc dit travailler sur ce dossier depuis deux ans. Cette impression est confirmée par les phrases suivantes, ou aucune directives, ni dates butoirs fixées, n’est décidé préalablement : « Il apparaît indispensable que l’industriel engage et fournisse sans délai, dans l’hypothèse de l’obtention de la nouvelle autorisation, les suivis et données ci-après.»

Faire confiance en un industriel qui occulte au public des dossiers confidentiels sur des analyses des boues rouges, qui déverse ses déchets au Mentaure à la Ciotat sans que la population en soit avertie, qui finance son comité scientifique, qui fait du chantage à l’emploi, qui a mis en scène le commandant Cousteau dans une expérience ridicule, est un industriel envers lequel on ne peut avoir confiance, surtout dans le domaine de la préservation de l’environnement. Dans ce contexte, l’idée suivante du CA du Parc peut prêter à sourire (si ce n’était pas aussi dramatique) : « Il (le Parc) a émis l’idée d’obtenir de l’industriel un engagement sur des mesures de compensation au travers d’actions de restauration écologique sur le territoire du Parc ». D’un côté, on nous fait croire que les conséquences de ces rejets seraient minimes et d’un autre, il faudrait faire des actions de restaurations. Mais quand on sait que ces rejets provoquent des altérations dans le développement embryonnaire et dans la fécondation de l’oursin de mer en agissant notamment sur le sperme et sur la descendance. La transformation de ces rejets en liquides n’arrangera rien puisque cette altération est induite par les particules fines. En quoi, ces actions de restaurations pourront contre carrer ces effets néfastes qui vont agir sur plusieurs générations d’oursins et toute la biodiversité environnantes ?

Carte

Au lendemain de ce vote favorable, la lecture de certaines phrases peuvent paraître surprenantes : « Permettre au Parc de tenir son rôle dans l’expertise et la gestion des milieux marins » (Annexe 2 – Prescription concernant les suivis scientifiques à mener)
Si la priorité du Parc est de tenir son rôle dans la gestion des milieux marins, il aurait fallu ne pas autoriser la prolongation des rejets chimiques d’Altéo. Or, avec cette autorisation, le Parc ne maîtrisera rien.

Ce vote favorable s’appuie sur des hypothèses (alors que le Conseil scientifique avait émis de fortes réserves). Cette situation est inconcevable au sein d’un Parc ou la préservation de la nature doit être la seule priorité. Dans l’annexe 2 (prescriptions concernant les suivis scientifiques à mener), on parle bien de relargage de substances polluantes dans les nouvelles conditions de rejets, on ne peut donc pas admettre que ces rejets soient sans impact environnementaux. Le dossier « impacts sur l’homme » montre que les rejets futurs seront conformes avec les seuils fixés au 02.02.98 (ce qui veut dire qu’ils ne l’étaient pas depuis 98 et ne le sont toujours pas à l’heure actuelle) mais que les rejets de pH, d’aluminium, de Fer et d’arsenic dépasseront ce seuil et qu’une demande de dérogation sera formulée en ce sens. Le cœur marin accueillerait donc après 2015 des rejets supérieurs à des seuils fixés depuis 98 et ceci a été autorisé par le Parc, belle protection de l’environnement !

Pour la valeur des métaux constatés dans la chair des poissons, il est écrit que c’est conforme à la valeur constatée dans les eaux françaises (lesquelles au fait ?) sauf pour les taux de sélénium, de mercure et d’arsenic. Heureusement, on nous précise que ces rejets ne proviennent majoritairement pas d’Altéo. Sauf que juste avant, il est marqué qu’une demande de dérogation sera formulée pour des rejets d’arsenic au-dessus du seuil fixé par l’arrêté du 02.02.98.

L’annexe 2 dit que la contamination chimique des invertébrés sera étudié, il me semble qu’il serait bien mieux de prévenir le mal plutôt que de chercher à le constater. Il apparaît incroyable que des protocoles d’analyses sur l’environnement ne soient pas encore définies alors que ça fait 18 ans qu’Altéo sait qu’il doit modifier ses rejets. On veut nous faire croire que ce qu’il a refusé de faire durant 20 ans, il le mettra en place au bout d’un an en toute transparence.

On a cru au Parc, on était certain que les boues rouges s’arrêteraient à la fin 2015, c’était écrit dans la charte noir sur blanc et nous sort d’un chapeau « un rejet liquide chimique ». Après les « rejets inertes » pour dire « boues rouges », voici les « rejets liquides », bientôt on nous parlera d’eau minérale. Si, hormis les particules fines, les boues rouges  restaient au fond, il est évident que ce liquide se dispersera à plusieurs centaines de kilomètres aux alentours impactant à une grande échelle la qualité de ces eaux à la biodiversité fragile. C’est inutile de chercher une solution aux rejets chimiques de Cortiou si vous en autorisez d’autres au large de Cassis. On se sent bernés, pris pour de grands naïfs avec cette sémantique qui tente de nous endormir. Tous ceux qui étaient sceptiques par rapport au PNC ont la part belle de dire que ce Parc est une chimère. Ce vote est une erreur en tout point, mais le plus grave est la mauvaise image que cela a suscitée. L’image d’un Parc qui se couche devant les puissants même si ceux-ci déversent leur merde en plein cœur marin. A contrario, l’article de la Provence du 3 août 2014 sur une éventuelle autorisation du naturisme dans les Calanques n’a provoqué aucun tollé chez la population. Faut dire que le naturisme reflète des valeurs universelles que tous partagent et le respect de la nature est de loin la plus importante.

Le dossier de note de présentation du conseil d’administration du 8 septembre 2014 termine par le souhait que le Conseil d’administration exprime une position forte sur le sujet car ceci « marquera un signal dans la capacité du Parc national des Calanques à préserver la biodiversité et les ressources marines, en intégrant les dimensions sociales et économiques du territoire. L’information et l’explication à destination des publics de l’avis du Parc national seront une étape très importante pour la crédibilité de l’action du Parc, qui nécessiteront un plan de communication approprié et partagé ».

Je vous laisse juge : ce vote a apporté une crédibilité au Parc ou pas ?

 

 

 

 

 

 

Cet article a 3 commentaires

  1. ARNAUD

    Bonjour,
    Il suffit de taper pollution et Gardanne sur mon moteur de recherche pour comprendre dans quel monde nous vivons.
    C’est loin d’être un cas isolé.
    Parfois, je comprend les corses.
    Quitte à polluer, pourquoi ne pas boucher le tuyau à la source ?
    Bien sur, 400 employés et 250 sous traitants au chômage….Pas bon !
    Et plus de dalle LCD.

  2. marchand frederic

    Il est inadmissible , qu’à notre époque , on autorise des déversements , quelque ce soit dans les eaux ,et sur la planète, il serait temps de faire des produits recyclables a 100 % .
    Quand vont-il enfin prendre conscience que la planète va mal et qu’il est largement temps d’arrêter et de ne plus faire n’importe quoi ?
    Pensez moins à vous renflouer les poches et ouvrez les yeux sur se qui se passe , pensez à l’avenir des enfants ,quelle planète va t’on leur laisser ? , quelle vie vont-il avoir avec une planète détruite par leurs ainés ?

    1. marseilleman

      Merci Frédéric pour ton commentaire. J’espère que tu m’excuseras d’avoir repris ton message pour en corriger les fautes d’orthographes car ça le rendait difficilement lisible.
      J’en ai pas changer la teneur.

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