DOSSIER ART ET NUDITE – l’affaire du Musée d’art contemporain de Bordeaux

AFFAIRE DU CAPC.
Huit ans après la plainte de l'association La Mouette, le parquet requiert un non-lieu pour les organisateurs de l'exposition « Présumés innocents »

L'expo blanchie:Dominique Richard

Huit ans après la plainte de La Mouette, l'association agenaise de protection de l'enfance, contre les organisateurs de l'exposition « Présumés innocents », le parquet de Bordeaux vient de prendre des
réquisitions de non-lieu. Il estime aujourd'hui qu'il n'existe pas de charges suffisantes pour renvoyer Henry-Claude Cousseau, l'ancien directeur des musées de Bordeaux, et les deux commissaires de l'exposition, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon, devant un tribunal correctionnel. Depuis la fin 2006, ces trois personnalités du monde de l'art sont mises en examen pour corruption de mineurs et
diffusion et représentation d'images et de messages à caractères pornographique mettant en scène des mineurs ou susceptibles d'être vues des mineurs.

Imaginée par Marie-Laure Bernadac, « Présumés innocents » conviait près de 80 artistes français et étrangers à croiser leurs regards sur l'enfance, sur leurs enfances. Sous l'angle du jeu et de
l'imaginaire, de la sexualité et de la perversité, de l'émotion et de la frayeur.

Deux oeuvres en question. « Les images ou représentations de mineurs présentées dans le catalogue pouvaient surprendre, interpeller ou choquer, mais ne pouvaient être perçues comme représentant uniquement un caractère pornographique au sens d'une représentation grossière de la sexualité blessant la délicatesse et tendant à exciter les sens », souligne le réquisitoire du parquet de Bordeaux.
47 enseignants ayant accompagné des groupes scolaires ont été entendus par les enquêteurs. Tous ont salué la capacité de cette exposition à révéler la façon dont la société exploite l'image de l'enfant et la violence qu'il subit.

Annie Gourgues, la présidente de La Mouette, n'a pas vu l'exposition contre laquelle elle a porté plainte. C'est à partir de témoignages de visiteurs qu'elle a saisi la justice. Le débat s'est surtout focalisé sur les dessins de l'Italien Hugo Rondinone représentant des enfants et des animaux ayant des sexes humains et sur une vidéo qui passait en boucle au bout d'un tunnel en plastique. Filmée par sa
mère, l'artiste autrichienne Elke Krystufek exhibait son corps quasi adolescent. Selon l'animatrice d'un centre social de l'agglomération bordelaise, on la voyait se masturber avec un concombre et se coudre
le sexe.
Interrogés par les enquêteurs, les commissaires de l'exposition, certains membres du personnel du CAPC ont reconnu que ces oeuvres pouvaient revêtir un caractère ambigu et heurter certaines sensibilités. Mais, contrairement aux affirmations de La Mouette, ils ont soutenu qu'aucun mineur n'avait eu accès à ces deux salles. Une signalétique particulière avait été mise en place et des surveillants postés à proximité.

Pas de preuves. Les gendarmes en charge des premières investigations avaient reconnu ne pas pouvoir « rassembler d'élément matériel probant ». Le parquet de Bordeaux dresse aujourd'hui un constat
similaire. « En l'état, à défaut de déterminer précisément l'oeuvre présentée, de pouvoir en apprécier le contenu, aucune infraction ne saurait être établie. »

« C'est une bonne nouvelle pour Bordeaux, qui a posé sa candidature comme capitale européenne de la culture », s'exclame Me Richard Malka, l'un des défenseurs d' Henry-Claude Cousseau. Conseil de
« Charlie-Hebdo », l'avocat vient de gagner le procès intenté par des associations musulmanes contre l'hebdomadaire après la publication de caricatures de Mahomet. « Ces affaires sont révélatrices de
l'importance prise par ces associations qui profitent du silence de l'État pour privatiser l'ordre public. »

Groupe réactionnaire. L'avocat girondin Me Daniel Lalanne, qui épaule Me Malka, dénonce une plainte « vide de fait, mal fondée en droit et peut-être même irrégulière ». Il s'en prend à La Mouette. « Ce
groupe, phobique et réactionnaire, dont la triste spécialité est de voir partout la pornographie et d'ériger la pudibonderie en vertu, créait de surcroît des victimes mineures imaginaires dans le but
d'imposer son discours rebattu. Cette dérive a heureusement été interrompue par le parquet pour des raisons de droit qui, seules, valent en matière de justice et qui rétablissent l'honneur d' Henry-
Claude Cousseau », conclut l'avocat.
« La procédure a duré huit ans, déplore Me Richard Malka. Le dossier était uniquement alimenté par une espèce d'hystérie autour des problématiques de l'enfance et une volonté de sacraliser l'enfance.
La sacralisation de la parole de l'enfant, on a vu ce que cela a donné à Outreau. Les mises en examen survenues à Bordeaux touchent à l'essence même des artistes. Elles les excluent de la société et
suscitent un débat sans intérêt où il n'y a que des perdants. »

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