Adopter la charte du futur Parc des calanques s’imposait. Quitte à contrarier l’égoïsme de certains usagers.
Par Agathe Fourgnaud
L’époque où l’on mettait la nature sous cloche est terminée.
Le futur Parc des calanques devrait voir le jour en janvier 2011.
Ce ne sera pas un musée en plein air, mais un Parc national nouvelle mouture qui aura pour particularité d’intégrer la présence de l’homme dans le périmètre à protéger. Une politique du compromis qui consiste à « trouver le juste milieu » . Autrement dit, on réduit les activités humaines sans les interdire. Par ailleurs, le Parc des calanques sera le premier à protéger deux réserves en même temps, l’une terrestre, l’autre marine. « Jusqu’à maintenant, c’était soit l’une, soit l’autre », explique Jean-Pierre Féral, écologiste côtier et directeur de recherche en biologie au CNRS. Dernière originalité du parc, il sera aussi le premier accolé à une grande ville.
Cette réglementation assouplie, qui devrait réjouir tous ceux qui sont attachés à « leurs » calanques, provoque cependant des crispations à l’heure de finaliser la rédaction de la charte. Randonneurs, grimpeurs, pêcheurs, plongeurs, cabanoniers, plaisanciers et propriétaires de vedettes de tourisme, tout le monde est d’accord pour que le massif soit classé. Mais à condition que rien ne change pour soi-même. Au cours des derniers mois, 140 réunions de concertation ont eu lieu. Souvent dans des ambiances tendues. « Lors d’une réunion, se souvient Jean-Pierre Féral, j’ai entendu le patron d’une flottille de vedettes touristiques réclamer, "au nom de l’écologie et du développement durable ", que l’on interdise toute nouvelle vedette. »
Pédagogie
Guy Teissier, le président du Groupement d’intérêt public (GIP) des calanques, reste zen malgré les 450 heures de négociation qu’il totalise. « On contrarie les habitudes de chacun, alors il faut beaucoup de pédagogie » , dit-il.
Le massif des Calanques est une presqu’île au bout de la Provence. Isolé et enclavé, c’est le secteur le plus sec de France. On y trouve des espèces très rares. A commencer par la sabline de Provence, une petite fleur blanche qui n’existe nulle part ailleurs et pousse sur les sommets rocheux et dans les éboulis. Thierry Tatoni, écologue et vice-président du GIP, entend la préserver. « J’ai personnellement négocié avec les grimpeurs, explique-t-il . Nous avons établi des chemins destinés à éviter ces fleurs. Pour le reste, ils pourront continuer d’aller partout, exception faite de deux petites zones. » Au bord des falaises, côté mer, ce sont les trottoirs d’algues, spécificité méditerranéenne très riche en biodiversité, qu’il faut préserver du piétinement intempestif des pêcheurs à la ligne. « Dix, ça va ; 200, c’est la catastrophe » , souligne Jean-Pierre Féral.
Les cabanoniers peuvent être rassurés, car chaque cabanon sera classé comme faisant partie du patrimoine du Parc. « Tout ce qui existe sera maintenu et conservé en l’état. On entretient, mais sans modifier » , précise Guy Teissier. Plus question de surélever de deux étages sa résidence estivale. Ni de compter sur une modernisation des installations pour apporter l’eau et l’électricité au fond des criques qui en sont dépourvues. « C’est ce côté rustique qui plaît aux gens » , souligne le maire des 9e et 10e arrondissements.
Bonne nouvelle : les voitures seront proscrites du Parc national. Adieu, les kilomètres de véhicules stationnés n’importe comment sur les bords des chemins de feu. Et inutile de compter sur des navettes, car il n’y en aura pas.
« Les calanques, ça se mérite, souligne Teissier. Il s’agit d’un espace naturel, pas d’un parc d’attractions. Les gens iront à pied ».