20 réponses sur le parc national des calanques par Guy Teissier

La Provence a sélectionné et résumé les contributions en 20 questions que nous avons soumises à Guy Teissier, président du GIP des calanques et à son équipe qui prépare le cahier des charges du futur parc.

Voici ses réponses.

– Où peut-on trouver les limites très précises du futur Parc ?
Guy Teissier : "Actuellement les seules limites proposées et non définitives sont celles contenues dans l’arrêté ministériel du 30 avril 2009, en ligne sur www.gipcalanques.fr notamment. Elles peuvent encore évoluer jusqu’à la signature du décret de création du Parc national, à l’issue de la concertation en cours, des consultations officielles et de l’enquête publique. Pour faire simple tout peut évoluer jusqu’à la fin de l’année 2010.

– En dehors de son coeur de périmètre, le Parc empêchera-t-il les constructions sur une partie des communes couvertes (Marseille, Cassis, La Ciotat, Ceyreste…) ?
G.T. : Non, sauf si les communes proposent que cela figure explicitement dans la charte. Par contre en aire d’adhésion, les communes qui décideraient d’y souscrire s’engageront dans une démarche de développement durable avec des normes de haute qualité environnementale. ca sera le cas à Luminy par exemple avec le plan Campus.

– Le camp militaire de Carpiagne sera t-il maintenu ?
G.T. : Il faut savoir que la volonté du ministre de la défense Hervé Morin est de faire en sorte que les armées aient une vraie politique de développement durable. A ce titre, une partie (environ 500 ha) est prévue en cœur de parc. D’autre part, les armées autorisent la pratique du pastoralisme sur une partie du domaine de Carpiagne. Donc à titre personnel, je n’y vois pas de contradiction.

– Y aura-t-il une brigade de "Rangers" du Parc, assermentés et en nombre suffisant, capables de faire respecter les restrictions et de sanctionner ceux qui commettraient des infractions au règlement ?
G.T. : Oui, c’est une des principales missions des "gardes-moniteurs" des parcs nationaux. A terre et en mer, le nombre d’agent du parc pourrait s’élever à une soixantaine et disposer notamment de trois vedettes, dont une conçue pour la haute-mer. Leurs missions faire de la pédagogie et faire appliquer la réglementation.

– Y aura-t-il un contrôle à l'accès aux massifs ?
G.T. : Pas plus qu’actuellement hormis les restrictions d’accès existantes dues au risques d’incendies en saison sèche. Par contre les calanques, ça se mérite et donc nous priviligierons les accès à pied plutôt qu’en voiture. Par la création de parkings relais.

– Faudra-t-il verser de l'argent en arrivant pour alimenter les caisses ?
G.T. : Absolument pas. L’accès au Parc national sera gratuit.

– Pourrons-nous pêcher en bateau et mouiller dans la zone du parc, notamment au Frioul ?
G.T. : Evidemment. Comment peut-on imaginer que l’on interdise la pêche ou la plaisance dans la rade de la deuxième ville de France.. le faire serait une faute politique majeure.
Par contre dans les zones où l’herbier de posidonie doit être préservé des ancrages qui les dégradent, les mouillages pourront êtres organisés (à l’aide de bouées d’amarrage) comme cela se pratique maintenant en de très nombreux endroits dans le monde à la fois riches et très fréquentés.
Ces mouillages je le précise seront gratuits pour les plaisanciers ayant une place dans un port de MPM. Les modalités de gestion quant à elles sont à définir.

– Est-ce vrai que le GIP veut interdire la pêche sur les sites suivants : le plateau du Veyron, du chateau d’If aux récifs du Prado, de Tiboulin du Frioul à Cavau, sur l'archipel de Riou, la zone du plateau des chèvres, de Podestat jusqu'à la pointe des merveilles (200m avant le cap Sormiou), du cap de Devenson jusqu’à la calanque de Devenson, à Castelvieille, aux caps Cacau et Canaille ?
G.T. : Aujourd’hui, nous arrivons à dégager un consensus autour du principe de créer des zones de non pêche, ce qui n’est déjà pas si mal.
Deux écoles s’opposent : il y a ceux qui défendent l’idée d’une mosaïque de petites zones de non pêche sur l’ensemble du territoire ; ce sont les sites que vous évoquez mais de manière très partielle sur chaque espace.
Et puis il y a ceux qui défendent l’idée d’une seule zone de non pêche mais qui de ce fait serait beaucoup plus large.
Ceux là défendent l’idée d’une zone de non pêche autour de Riou pour sa haute naturalité et de Cortiou pour permettre de recréer des habitats. Nous sommes dans la phase de concertation et nous écoutons. La seule chose que je puisse vous dire c’est que j’ai décidé de retirer Planier car cette zone ne se prête pas à l’interdiction de pêche et j’ai demandé d’étudier la possibilité de mettre le plateau des chèvres en zone de non pêche uniquement l’hiver en période de reproduction des poissons.
Tout ceci est au stade de la réflexion, nous enchaînons réunion sur réunion avec les sociétés nautiques et associations de plongée ou de chasse sous marine. Je dois rencontrer Mourad Kahoul, le président du comité régional des pêches très prochainement à ce sujet.

– Pourra-t-on mouiller sur tous les sites répertoriés de plongée sous marine de la rade de Marseille et de Planier ? Sinon, quels seront les sites condamnés ?
G.T. : Je vous le redis Planier ne fait plus partie de la discussion. Aujourd’hui la rade de Marseille compte 120 spots de plongée ; seuls 8 à 10 sites, particulièrement dégradés, pourraient être concernés par des mesures d’interdiction dont la grotte du CNRS sur la face sud de Riou ou le spot du soldat devant les falaises du Devenson.

– Il y a ceux qui veulent interdire les bateaux pour pouvoir se faire bronzer tranquillement et les plaisanciers qui aimeraient mouiller sans avoir à supporter les baigneurs. Comment faire ?
G.T. : Tous les usages doux sont à favoriser, en minimisant les conflits d’usages. D’où la nécessité d’adapter les plans de balisage. La ville de Marseille est à cet égard très novatrice.

– Où sera-t-il possible de faire de l'escalade, hors structure ?
G.T. : Partout sauf sur quelques voies identifiées avec les acteurs de l’escalade et les scientifiques comme étant priorisées pour le retour de certaines espèces d’oiseaux en voie de raréfaction (faucon pèlerin, etc.). Il s’agit d’une zone autour du cap de Devenson depuis la crête jusqu’à la mer, une infime partie des falaises Soubeyranes et les falaises situées entre la calanque de Cortiou et la pointe du vaisseau. Ces espaces ont été négociés et acceptés par le monde de l’escalade. Vous voyez, on est très loin de la lecture alarmiste faite par certains.

– Où sera t-il possible de cueillir du romarin et des asperges sauvages ?
G.T. : Partout, dans des quantités raisonnables et sans commercialisation tout simplement parce que ces espèces ne sont pas menacées. Par contre si vous cueillez la Sabline de Provence ou l’Astragale de Marseille, là il y aura verbalisation. Mais à ma connaissance personne n’utilise ces espèces dans l’omelette du soir…

– Quel sera le coût de fonctionnement du Parc et qui en assumera la charge ?
G.T. : De 7 à 10 million d’euros, sur le budget du ministère de l’Ecologie.

– Quel surplus de taxes et d'impôts devront payer les contribuables pour ce Parc ?
G.T. : Aucun puisque c’est le budget de l’Etat qui assumera le fonctionnement et l’investissement du Parc en cœur de Parc.

– A-t-on besoin d'un parc pour créer des mouillages fixes ou des réserves marines ? Pour baliser et entretenir les Calanques ?
G.T. : Dans l’absolu, non mais depuis les années 90,l’outil parc national rénové en 2006 est apparu comme le seul permettant un ancrage territorial fort, une prise de décision près du terrain (conseil d’administration à majorité locale) et des moyens réglementaires, de surveillance et de connaissance importants à l’échelle d’un territoire global.

– Pourquoi ne pas informer et sensibiliser plutôt qu'interdire ?
G.T. : L’interdiction n’est pas une fin en soi. L’information et la sensibilisation sont une mission essentielle des Parcs nationaux, je dirais même que c’est la première.

– Quid du projet d'extension du Grand Port de Marseille en plein dans la zone du Parc ?
G.T. : Les projets d’extension du Port concernent la rade nord de Marseille qui n’est pas incluse en cœur de parc marin. De fait, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir. Par contre, nous travaillons avec le GPMM pour mieux sécuriser les voies de navigation par exemple.

– L'environnement n'est-il pas une excuse à une volonté économique pour notre région sinistrée ?
G.T. : On peut considérer le projet de Parc national comme une preuve du dynamisme retrouvé de la métropole marseillaise. Mais très sincèrement, on fait un Parc national avant toute chose parce que l’on est convaincu de la nécessité de mieux protéger un espace naturel fragile et de mieux organiser les usages.

– Croyez-vous que, demain, il y aura encore moins de monde dans les calanques une fois qu'elles auront ce statut international ?
G.T. : Aujourd’hui, nous avons grosso modo 2 millions de personnes qui viennent sur le site des calanques à terre comme en mer, et ce sans aucune coordination de gestion. C’est là que réside la faiblesse.
Même s’il y a plus de monde, l’accueil et ses conséquences seront mieux appréhendées et gérées par un organisme dont c’est le cœur de métier.

Le 30.03.10, le président du GIP note que sur les 120 spots de plongée de la rade, "seulement 6 font l'objet de réserve". Après réflexion, Planier et Le Frioul ne seront plus des secteurs de non-pêche. Quant aux zones de protection, "il s'agit d'un placement pour l'avenir, en concertation avec les trois prud'homies".

Agacé par tant "de mauvaise foi entendue ici ou là" , Guy Teissier a renvoyé dos à dos ceux qui militent pour la préservation de la nature et qui, aujourd'hui "veulent à la fois garder ce joyau mais surtout n'avoir aucune contrainte pour atteindre ce but". Sa ferme mise au point en conseil municipal d'hier et ses prochaines rencontres avec les principaux intéressés parviendront-elles à lever les inquiétudes des "anti-parcs"?

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