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Mens sana in corpore sano, des améliorations physiques se font ressentir

Texte de Bruno Saurez ®

Les nombreuses activités proposées par les Naturistes de Provence au Frioul en 1930 impressionnent les visiteurs, elles sont variées et leur diversité n’est comparable à aucun autre centre gymnique. Ici, le bruit des voitures, le brouhaha incessant de la foule, toute cette cacophonie est bien loin. Pratiquées en plein air, en totale insouciance, ces activités ont aussi un impact positif sur le physique des camarades, des améliorations musculaires et d’agilité sont constatées tous les jours. Les plus chétifs ont une courbe de poids ascendante.« Cette cure naturiste au grand air » [BS1] semble porter ses fruits. S’immerger au contact des éléments naturels avait selon eux une heureuse influence sur le plan psychique mais aussi physiologique. Cette totale exposition du corps à l’air, au soleil et, pour nos marseillais, aux embruns marins, permettait d’obtenir une tonification incontestable de l’être avec un meilleur équilibre des fonctions endocriniennes, nerveuses et musculaires. La nudité intégrale, prônée par les dirigeants de l’association était, selon eux, indispensable pour profiter pleinement de « l’aliment soleil ». [BS2] Particulièrement nécessaire pour lutter contre les déficiences physiques comme le rachitisme ou la tuberculose, préoccupantes chez nombre d’enfants. Par ces expositions et cet air vivifiant, un équilibre naturel testiculo-ovario-mammaire et thymo-hypophysaire est espéré. Ces améliorations feront d’ailleurs l’objet d’une conférence lors d’une Assemblée le lundi 7 juillet 1930 qu’animera M. Vander sur le thème « Comment on évite la maladie ». La recherche de la santé par un retour à la nature était en effet une de leurs préoccupations principales. Les Marseillais étaient, avec le Frioul, en avance sur bien d’autres dans ses applications hygiénistes, excepté le fameux Sparta Club, qu’ils prenaient pour modèle.

Il s’agissait donc de retrouver la santé par une vie saine, une propreté corporelle rigoureuse, une alimentation équilibrée et quelques exercices physiques pratiqués sans compétition, au grand air. En somme, une recherche perpétuelle de la pureté se rapprochant ainsi de l’idéal d’un paradis perdu.

Outre le plaisir ressenti d’être nu dans ces lieux sauvages aux décors gréco-romains, ce naturisme était donc à but hygiéniste. Si l’isolement des marins, dans les décennies précédentes, servait à l’éradication des miasmes par l’exposition aux vents, ces nouveaux résidents y voyaient des vertus régénératrices qu’ils opposaient aux dégradations physiques et morales dues à la société urbaine et industrielle. 

Le simple plaisir d’être nu au soleil était moins mis en avant que de nos jours, comme si ce bien être était considéré comme immoral. Il fallait forcément intellectualiser ce sentiment, le justifier, si possible médicalement. Ils mettaient également en lumière l’importance du naturisme pour le développement de l’enfant. Cet art de vivre qui sera le socle d’une éducation saine, équilibrée, réfléchie, permettra à l’enfant de grandir sans complexe en connaissant le corps humain. Il ne connaîtra pas les tourments du refoulement, de l’ignorance de l’autre et acceptera ainsi mieux son corps que la plupart de ses copains. Cette richesse de l’éducation naturiste ne s’est jamais démentie. Dans cette optique éducative, mais aussi ludique, nos amis réalisaient des sorties familiales en tous lieux propices à leurs activités, que ce soit lors de randonnées, sur des plages encore désertes ou au Frioul. Comme c’est le cas actuellement, les enfants étaient ravis de participer à ces excursions avec leurs parents et deviendront pour la plupart de fervents défenseurs du naturisme marseillais.

Ellis et le Dr Fenouil voulaient inscrire le mouvement dans un concept profondément humaniste, éducatif et culturel. Les marseillais ne sont jamais tombés dans la recherche à tout prix du corps musclé et sculpté, tel qu’on peut le voir dans la revue « Vivre d’Abord ». Le corps devait seulement être le symbole d’un être en pleine santé. S’ils recherchaient la pureté, c’était dans l’air qu’ils respiraient, dans la nourriture, les actes n’étaient que le prolongement de cet idéal. À  l’image du Dr Poucel, ils recherchaient avant tout à se cultiver l’esprit. Contrairement à ce qu’on pourrait croire en parcourant les nombreux ouvrages publiés sur le sujet, leur démarche ne s’inspirait pas de celle de leurs voisins germaniques. Si certains, comme Ellis, voyait la libre culture allemande comme une référence de leur mouvement, c’était surtout par rapport au nombre de centres déjà structurés sur leur territoire. Tous étaient par contre admiratifs de cette large tolérance de la nudité qui existait Outre-Rhin. Si les Allemands étaient, en majorité, moralement conservateurs, niant notamment la sensualité dégagée par les corps dénudés, ces Marseillais avaient une vue réformatrice de leurs pratiques.

« Manger très peu, choisir attentivement ses mets » [1]

Issus, pour la plupart, des sorties de bains de mer gymniques de l’abbé Urbain Legré, nos amis se rapprochaient des thèses défendues dans la méthode naturelle du lieutenant de vaisseau Georges Hébert. Ce courant médical faisait référence aux théories vitalistes du XVIIIesiècle, visant à exposer les corps en nudité intégrale, ou partielle, afin de solliciter la nature pour retrouver la santé sans l’aide de la chimie. 

« L’humanité occidentale vient de découvrir le soleil ! On sait maintenant qu’on trouve en lui le plus puissant des régénérateurs, qu’il est la source et le foyer de la vie » [2]

Il s’agissait ainsi d’inciter la population à prendre soin et à aimer son corps par des exercices pratiqués au grand air. Au même titre que le Domaine du Jas à Douaide Kienné de Mongeot, nos Marseillais étaient loin de se limiter à une simple pratique hédoniste de la nudité. Outre le fait de passer de bons moments conviviaux avec des amis partageant les mêmes convictions, ces rassemblements leur permettaient de mettre en application les théories de l’hébertisme. Avec des mouvements de gymnastique respiratoire lors de jeux de ballon (appelé « medecine ball »), des danses, des courses à l’intérieur du domaine ou des sauts à l’élastique.

Cette hygiène de vie devait permettre à l’homme de retrouver un équilibre de vie, aussi bien physique, spirituel qu’intellectuel, œuvrant pour le rapprochement des peuples. Une pensée universelle bien loin des philosophies dégradantes, fatalistes et suscitant la haine raciale latentes entre les deux guerres. La recherche d’une vie simple, dénuée de tout artifice, était pour eux la seule voie à suivre pour le bien de l’humanité. Cette vie simple sera largement abordée par le Dr Poucel trois ans plus tard dans son livre « Le Naturisme et la vie ».[BS4] 


[1]      Géo Beltrami, « Soleil et alimentation », in Vivre intégralement, 1930

[2]      Géo Beltrami, « Soleil et alimentation », in Vivre intégralement, 1930


 [BS1]« Le nu intégral » de Roger Salardenne (1931).

 [BS2]« Le matériel osseux et la lumière », Beltrami, conférence du 17.04.1934, Marseille médicale, 1934, tome 1

 [BS3]« La question du nudisme », Le Petit Marseillais, le 09.02.1932 fait une vive critique de la thèse du Dr Fougerat de Lastours.

 www.coeurnaturiste.com/?p=8152

D’autres articles étaient plus positifs en France sur cette thèse : 

www.coeurnaturiste.com/?p=8156

 [BS4]Joseph Poucel, « Le naturisme et la vie », Baillière § Fils, 1933

octobre 24th, 2019

Posted In: Histoire du naturisme

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