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DNZ - II N°6 ski 4

Il faudrait bien plus que trois volets pour énumérer l’ensemble des courants de pensée qui ont traversé l’histoire du naturisme. Tous ont influencé notre mouvement de façon plus ou moins marquée. Pour faire simple, divisons les en trois catégories : Certaines ont disparu comme celle initiée par Jacques Demarquette avec le Trait d’Union, amateur d’ésotérisme, d’autres sont apparues, comme le naturisme « commercial », et enfin celles qui ont évolué mais de façon plus discrète, presqu’à l’écart.

Le naturisme dit « sauvage », qu’on appelle volontiers aujourd’hui « naturisme en liberté » est de cette dernière catégorie. Il a su évoluer en s’adaptant aux mentalités, la plupart du temps en toute discrétion, attendant patiemment son heure pour se révéler au grand public.

En voici une partie de son histoire …

Nous n’avons rien inventé

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la randonnée, pratiquée nue, existait bien avant que notre Fédération voie le jour. Internet a permis aux adeptes de cette activité de plein air de prendre connaissance qu’ils n’étaient pas seuls. Puis, l’APNEL a eu l’immense mérite d’être l’élément déclencheur afin que cette pratique soit connue du grand public. L’association a pris sur elle l’ensemble des critiques, souvent très agressives de la part d’une minorité de naturistes. Elle a été le porte-voix de « naturistes de l’ombre » dont la plupart aujourd’hui sont des licenciés. Elle a fait naître chez certains une véritable vocation naturiste. Forte d’une communication positive sans relâche, la rando-nue semble aujourd’hui de mieux en mieux acceptée et de plus en plus pratiquée. Ce résultat est le long processus d’une activité, parfaitement honorable, vieille de plus d’un siècle.

1927-12 Lachendes Leben

En France, jusqu’aux premiers arrêtés municipaux autorisant quelques plages naturistes, la loi était de « ne pas être vu ».

Malgré cela, en nombre croissant des téméraires osaient marcher nus sur des sentiers peu fréquentés tels que les petits groupes animés par MM Blanc, George Gay, le luthier Claudot ou le santonnier Fize dans les Calanques de Marseille entre 1930 et 1975. Un ami a marché nu avec René Fize mais point de photo pour témoigner de ce passé glorieux. Les témoignages photographiques sont malheureusement rares malgré tout, nous en trouvons parfois, en voici quelques-uns.

Rapide historique

Une des premières traces de randonnée nues se retrouvent sous les traits d’un personnage connu : le romancier Herman Hesse. Les observations de la nature que l’essayiste faisaient lors de ses promenades solitaires, dont certaines étaient pratiquées nues, lui permettaient d’aiguiser sa quête artistique, tout en combattant ses tendances dépressives.

Rando 1910 Herman Hesse

Plus surprenant est de trouver au pied de l’Everest en 1922 une photo des célèbres alpinistes Mallory et Somervell intégralement nus aux côté de Wakefield. Les commentaires vont bon train sur les raisons de cette absence de tenue : passage d’un guet, bronzage furtif, pari, ou pose pour rigoler ? Quoiqu’il en soit, ils sont bien nus et nous sommes à une époque où ces choses-là ne se faisaient pas, même pour blaguer. Une édition « Guérin » est sortie sur cette expédition avec en photo de couverture, nos amis en petite tenue. Le souci principal de ces clichés est de douter qu’ils sont en activité et de supposer qu’il ne s’agisse que de poses furtives.

MALORY Freikörperkultur und Lebensreform - années 1931-09 rando3

Quelques exemples significatifs montrent heureusement que les modèles fournissent un effort certain comme la photo issue de « Freikörperkultur und Lebensreform » de 1931 ou on voit une femme marchant nue au sommet du mont Khedidja à Alger ou cette autre couverture du magazine avec un homme nu de dos, sac en bandoulière et bâton de marche regardant la ville en contre bas.

Freikörperkultur und Lebensreform - années 30-32 Rando Alger Freikörperkultur und Lebensreform - années 30-32 Rando Alger 2

L’Allemagne fournit de nombreux exemples de randonnées naturistes, la nudité étant légale dès 1910, ils n’avaient aucune crainte de montrer cette liberté en couverture comme celle de « Der Sonnenmensch » en 1930 ou deux femmes marchent nues. Les exemples de skis nus aussi ne manquent pas, à l’entre deux-guerres, nous en trouvons des traces en Suisse (notamment à St Moritz), en Allemagne et en Autriche. En 1926, la revue allemande « Die Freude » en fait sa couverture (Photo reprise par le numéro 16 de « Vivre intégralement » du 15 juin 1927).

Freikörperkultur und Lebensreform - années 30-32 ski15 Scan10564

En France, « Vivre intégralement », la seule revue militant pour la nudité intégrale à l’entre deux-guerres peine à recevoir des photos de bonne qualité de la part de ses sections. Pour patienter, la plupart des photos de la revue sont issues de l’étranger. Ce qui agace au plus haut point Kienné de Mongeot. Malgré tout, les photos diffusées, et leurs commentaires, montrent clairement une approche de la nudité épanouie en pleine nature comme l’illustre la superbe couverture de décembre 1927 de son journal avec pour texte d’accompagnement : « Les splendeurs de la nature sont les seuls décors dignes de la splendeur du corps humain ». Dans sa revue du 15 mai 1930, le commentaire de deux photos d’intérieur sont encore plus explicites : « Les amis de Vivre lorsqu’ils sont éloignés de l’un de nos centres ne se privent pas pour cela de pratiquer les jeux de la libre-culture ». Le naturisme urbain est même abordé, dans le numéro 19 de septembre 1927 à propos d’une gymnastique nue pratiquée sur une terrasse. Idem dans le numéro de juillet 1939 de Vivre d’Abord pour un « bain de soleil » nu sur un balcon en Tunisie.

  Vivre 15.05.1930 - les amis de vivre éloignés des centres2 Vivre 15.05.1930 - les amis de vivre éloignés des centres

Après la guerre, les publications naturistes françaises s’avèrent moins frileuses sur la nudité en pleine nature. Preuve, parmi tant d’autres, cette photo d’une femme nue issue de La vie au Soleil de juillet 1949, avec pour magnifique commentaire : « La varappe est un excellent exercice naturiste ». Difficile de faire de la varappe dans un centre naturiste me direz-vous, force est de constater qu’on parle bien d’un lieu externe, en pleine nature. Les photos d’activité sportives pratiquées nues en dehors des espaces dédiés ne manquent pas, on voit du kayak nu (à l’île de Sylt, dans les gorges de l’Ardèche, en Corse), de l’équitation nue (avec le professeur Malkowski), du ski nu, de la voile nue et même du ski nautique nu. En 1969, la commission sportive de la FFN organise pour la première fois des séjours aux sports d’hiver. Il semble que ces rando-nues en ski de fond se soient réalisés jusqu’à la moitié des années 80 (voir le film « à la recherche du paradis perdu » de Salis). La même année, une Union Sportive Naturiste est créée à Paris et la première rencontre internationale de natation naturiste est organisée à Bonn avec une équipe française.

La varappe

La recherche de la santé pour origine

« La pratique de la nudité incite au mouvement » (« Vivre Santé » 02.1934). Aujourd’hui, une partie des naturistes ne conçoivent pas la nudité autrement qu’allongés sur une serviette. Si malgré tout, quelques centres proposent du sport à un niveau respectable, comme La Jenny (tir à l’arc, golf, jogging), on le fait souvent habillé. Pour faire du naturisme autrement, il faudrait parfois se justifier. Des naturistes nous disent même : « Randonner nu ? Je n’en vois pas l’intérêt ! ». A l’époque de nos pionniers, il en était tout autrement, la nudité ne devait pas être statique. Les photos de naturistes allongés sur le sable sont rares jusqu’aux années 60. Tous pratiquaient la gymnastique, lançaient le javelot, faisaient du volley, couraient, jouaient au ballon. Le sport avait plusieurs buts : celui, par la sueur, de diminuer le risque de coups de soleil, d’évacuer le stress des villes, de faire travailler sa respiration, de s’assouplir, de créer une émulation collective euphorisante. L’ensemble de ces effets décuplait ainsi les bienfaits de la nudité intégrale sur la santé. Le but déclaré était la recherche de la santé par des bains d’air et de soleil. Ces activités permettaient aussi de faire des clichés saisissant de beauté et de pureté.

1951-02 Sunshine and Health

Prenons l’exemple de la marche sportive en hiver, elle permet d’exercer notre thermorégulation trop longtemps mise en sommeil. Tandis que l’été, elle met à rude épreuve, notre système cardiaque et les brusques changements de température. Recréant ainsi les compétitions sportives pratiquées en slip par tous les temps à Physiopolis sur l’île de Platais. Avec nos vêtements, notre organisme a perdu ses réactions innées d’auto-défenses face aux conditions météo. La marche, par sa dépense physique régulière qu’elle engendre, permet de maintenir le corps à une bonne température. C’est ainsi que contre toute attente, nous n’avons pas froid, même à des températures relativement basse et sans soleil.

Pratiquer un sport nu est comme le rehausser d’une dose d’émerveillement tout en permettant la redécouverte de son corps. Le sport permet de mieux accepter son corps, de l’accepter et d’en prendre soin. De préférence pratiqué en plein air, il est complémentaire du mode de vie naturiste. C’est une totale immersion dans la nature, pas celle que nous avons payé pour avoir le droit d’être nu, mais celle que tout être humain a le droit de fouler pour se ressourcer. Celle qui est accessible à chacun, sans discrimination de couleur de peau et de tenue. La terre de tous les hommes, en toute fraternité.

Comme écrit dans le premier volet de cette analyse historique des pratiques naturistes : « Tous pratiquent l’exercice physique au grand air, la pratique sportive est l’élément fédérateur de ces pionniers du naturisme. La nudité, par l’éducation physique, doit aider l’homme à prendre conscience de soi, à s’élever, à éliminer les toxines et à respecter les lois immuables de la nature ». Notre existence citadine est préjudiciable à notre santé. Profiter nu de la nature dans un espace isolé quelques jours par mois permet de se régénérer et de se retrouver en phase avec soi et les éléments. Ne pas pouvoir en profiter librement, sans devoir payer l’accès à un terrain, serait profondément injuste pour les plus démunis et ceux habitant loin d’un club.

On pourrait décrire cette forme de naturisme comme un idéal, celui de replacer l’homme dans la nature. Il n’est pas une menace pour nos clubs, il en est le complément.

Malheureusement, cet élan vers une plus grande émancipation de notre corps s’est étrangement arrêté à nos plages ou nos enceintes au début des années 90. Comment en est on arrivé à ce repli sur soi alors que la loi s’était pourtant considérablement assouplie en notre faveur ? Si cette attitude de repli apporte une certaine sécurité vis-à-vis des usagers, elle induit aussi de moins en moins d’espace de liberté pour notre activité et donc plus de frais quant à nos déplacements pour se rendre dans ces endroits adaptés.

1951 Freies Leben 1951

Le naturisme en dehors des lieux dédiés, une problématique actuelle

Puis, étrangement, le discours des instances fédérales, et même celui de Kienné de Mongeot, change. Dès le début des années 60, on retrouve dans nos magazines des mises en garde pour la pratique du naturisme en dehors des lieux officiels, on semble se donner bonne conscience. On ne revendique plus, on critique vivement la légalisation des seins nus, les pinups de St Tropez, on marche à contre-courant de la libération des mœurs pour espérer avoir l’appui des autorités.

Au temps de nos pionniers, la nature était peu parcourue par nos concitoyens, en dehors des chasseurs, et les clubs de randonnée étaient extrêmement peu nombreux. De nos jours, avec l’explosion des loisirs, l’augmentation de la population, les endroits isolés deviennent rares. Aussi, les rencontres sont forcément plus fréquentes. Doit-on se refuser une liberté, qui existait avant, sous prétexte que la donne a changé ? Le fait que les mentalités aient évolué, que les naturistes sont plus nombreux, que les médias s’intéressent à nous, joue en notre faveur. Par contre, l’accroissement des zones péri-urbaines augmente la fréquentation des lieux de nature. Le défi que relèvent aujourd’hui les pouvoirs publics, et les gestionnaires de parcs naturels, est de faire cohabiter harmonieusement les différents usages pratiqués en pleine nature. Le naturisme ne doit pas être mis à l’écart comme une bête de foire mais s’intégrer dans la notion du « bien vivre ensemble » comme on le voit dans les parcs publics de Berlin, de Munich et de plusieurs autres villes.

Dans La Vie Au Soleil de février 1998, Guy, pratiquant de la rando nu depuis plus de vingt ans, demandait dans le courrier des lecteurs : « A quand la reconnaissance par la Fédération de l’existence d’un vrai naturisme de nature sauvage ? A quand et pourquoi pas la création d’une association des randonneurs naturistes ? ». Nous y sommes arrivés et cette pratique est en train d’écrire ses plus belles années !

Naturisme information n°29

novembre 3rd, 2014

Posted In: Histoire du naturisme

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