
Cette longue suite de luttes difficiles a commencé en 1910 par une bataille perdue : l’impossibilité d’empêcher la Société Solvay de raser un énorme morceau de la rive nord de la calanque de Port-Miou.
Si cette lourde déception avait démoralisé les défenseurs des calanques et les générations qui ont pris leur relais, on peut imaginer au vu des actions qu’il a fallu mener pendant tant d’années, dans quel état les calanques seraient aujourd’hui !

La manifestation du 13 mars 1910 était destinée à stopper l’extension de la destruction, entreprise en 1896, de la rive Nord de la grande calanque de Port-Miou par la carrière Solvay.
Les roches extraites étant destinées à des utilisations physico-chimiques du calcaire.
Il faut souligner que les défenseurs des Calanques n’étaient pas systématiquement et aveuglément opposés à toute exploitation de la pierre : c’est ainsi que la carrière de la Pierre de Cassis, située à l’écart de la calanque, est toujours en activité. Cette belle et solide pierre de taille dont les gisements sont rares, a entre autres servi à reconstruire le grand phare de Planier (hauteur 71 mètres), qui éclaire l’entrée de la rade de Marseille.
Par contre la roche à broyer qui constituait le plus gros de la carrière à Port-Miou pouvait être trouvée largement ailleurs dans les collines ; l’intérêt de la calanque pour l’exploitant était la commodité d’embarquement de la pierre sur des chalands.
Entre ces deux images, une longue série de luttes obstinées, le plus souvent victorieuses, se transmettant de génération en génération.
• Entre 1920 et 1938, projet d’immenses batteries tout en haut du « plan de Coulon » (bois des walkyries) avec vous d’immenses rampes d’accès vers ces canons.
• 1922 : grandes manifestations, pétitions, pressions sur les élus, aboutissant à la sauvegarde de la sublime calanque d’En-Vau, elle aussi menacée de destruction par une carrière.
Même pas une carrière de belles pierres de taille, mais de la pierre à broyer pour l’industrie chimique !
L’extraction de la pierre dans la région marseillaise n’en a pas été ruinée ni arrêtée pour autant, elle s’est simplement déplacée vers des lieux moins sensibles.

• 1923 : création par un collectif d’associations du Comité de Défense des Calanques, qui obtient le classement en site protégé de la forêt de La Gardiole en 1934, et des calanques d’En-Vau et de Port-Pin en 1936.
• 1927 – Le Dr Poucel sort son livre » les calanques en périls »
• Années 1930 : première mise en échec du projet dévastateur et pollueur de route en corniche sur le littoral des calanques de Marseille à Cassis.
• Années 1950-60 : deuxième et troisième mises en échec du projet de route en corniche. Début du militantisme de l’auteur de ce texte.
• 1959 : mise en échec du projet d’une salle des congrès de 8 000 places sur le Plateau de l’Homme Mort. Ceci serait surmonté d’une tour culminant à 380 mètres. Ultérieurement des places ont été trouvées en ville pour la construction de salles de congrès.
• Années 60 : longue bataille aboutissant à la mise en échec du projet de privatisation du sommet du massif de Marseilleveyre au profit d’un restaurant panoramique, dont l’accès se serait fait par un téléphérique survolant la petite forêt de la Grotte-Rolland. Peu de temps après, par ce qu’on appellera un hasard malheureux cette forêt brûlait, alors que sa préservation était l’un des arguments forts contre le téléphérique. Mais ce hasard malencontreux eut pour seul résultat d’amener les défenseurs à maintenir leur action.
• En novembre 65, Maïre fait l’objet de convoitises, on songe à y édifier un monument à la gloire de l’Empire colonial français, puis en aout 66, c’est l’ ORTF qui voudrait y établir une plate-forme d’atterrissage pour hélicoptères. A cause des coûts pharamineux, ces projets restèrent dans les cartons.
• En 67, un réseau routier de 42 kms est envisagé par la mairie dans les calanques.
• Années 70 : la pollution des calanques par le « Grand Collecteur » de Cortiou, puissant tout-à-l’égout qui débouche au cœur du massif, devient innommable en l’absence de la moindre station d’épuration de l’agglomération marseillaise.
Bordée d’écume jaunâtre, cette vaste nappe sombre, visqueuse, huileuse, ornée de déchets variés, s’étend sur presque toute la façade des calanques et rejoint au Cap Croisette la pollution de la rade.
Les Amis de la Terre distribuent des tracts et collent des affiches portant le titre Marseille tout-à-l’égout tout à la mer ; sous ce titre un honnête citoyen est assis sur le siège de son WC près du littoral, et la chasse d’eau évacue tout directement dans la mer.
Une station d’épuration sera enfin mise en fonction en 1987, apportant une réelle amélioration, mais insuffisante dès le début.
• 1975-76 : suite à l’action incessante des associations le massif des calanques et ses abords maritimes deviennent site classé.
• 1992 : mise en échec de la révision du POS venant d’être faite par la municipalité de Marseille, révision qui ouvre la possibilité d’urbaniser quatre calanques et de transformer une piste du feu en voie ouverte à la circulation.
Création sous l’égide du Professeur Augier, autorité en matière de biologie marine et d’environnement, de l’association Union Calanques Littoral, qui avec les autres associations proclame que l’on ne peut pas continuer à batailler indéfiniment et qu’il est nécessaire de constituer le massif des calanques en Parc national.
. 1997 (1er novembre) : manifestation à En Vau contre un projet de débarcadère dans la calanque, suivie de la mise en échec de ce projet.
• 1999 : création ministérielle du GIP-calanques (Groupement d’Intérêt Public) dont la mission est de conduire le projet de création d’un Parc national.
• 2008-2009 : suspension (pour combien de temps ?) du projet de privatisation du Mont-Rose qui est l’une des portes des calanques, au profit d’un hôtel de luxe.


• Automne 2010 : démolition, après de longues années d’action, de la discothèque-snack La Maronaise, qui avait privatisé en toute illégalité la rive nord de la calanque du même nom.
• Automne 2010 : une coalition d’intérêts privés et d’opposants dont beaucoup le sont par conservatisme borné, force la main au GIP et fait sortir du cœur de parc les îles du Frioul (dont le célèbre Château d’If fait partie), ainsi que toute la rade Sud.
Ce qui en outre rogne la partie ouest du littoral du massif des calanques, comprise entre le Mont-Rose et Les Goudes.
Et qui vient s’ajouter à un rognage antérieur : la route des Goudes elle-même, sortie du coeur de parc à la demande du maire de Marseille, alors qu’elle traverse la zone la plus riche du massif en espèces botaniques précieuses.
D’où la manif du 11 décembre 2010, dont une photo illustre le début de ce texte.
A ce jour, des élus locaux restent à convaincre : le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui s’était peu exprimé au sujet du projet de Parc, a déclaré selon le quotidien La Provence du 22-12-2010 : « Ce parc national est très proche des zones urbanisées qui ne doivent pas subir de contraintes à leur développement »
Mais grande est la force de conviction des partisans du Parc National des Calanques.
Rédigé par Christian G. à qui j’adresse tous mes remerciements


A cette manifestation de 1910, Amable Richier a proposé ce chant en provençal dont le refrain fut repris par tous :
» Aparen la calanco
La gento plajo de Port Mièu
Counserven toujour franco
Aquello bello obro de Dieu » (bis)
(Protégeons la calanque/ la belle plage de Port Miou/ conservons toujours libre/ cette belle œuvre de Dieu)
Tandis que Paul Barlatier, lançait » Maudits ceux qui font des carrières aux flancs des Vénus de Milo et vendent nos beautés au kilo »
Journal La Provence du 17 septembre 1992
Calanques : les experts veillent au grain
« « La bonne image que Marseille se donnera (sur la question des calanques) fera certainement plus pour assurer la prospérité et le bonheur de ses habitants, y compris pour répondre aux légitimes préoccupations des demandeurs d’emploi, que la création de quelques hectares supplémentaires de zones
d’activité ou le développement de quelques entreprises qui pourraient facilement trouver place en des lieux mieux appropriés »
Telles sont les phrases d’introduction du rapport d’enquête sur les chapitres « Massif des calanques » du Plan d’Occupation des Sols. (1992)
Elles donnent à la fois le ton et la philosophie générale des conclusions formulées par les commissaires-enquêteurs.
Un ton que l’on retrouve à toutes les pages, comme une sorte de fil conducteur pour l’examen minutieux des propositions d’aménagement et des observations issues de l’enquête publique. Pour chaque site la balance est mise entre l’envisageable et l’inacceptable »