Coeur naturiste

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« A cet endroit, l’eau n’est pas très profonde et permet la baignade même à ceux qui ne savent pas nager. Disons tout de suite qu’ils sont l’exception » [1]

Les ligueurs des sections de Vivre de Kienné de Mongeot de passage sur le Frioul étaient fanatiques de ces sorties à la mer. Cette eau salée, que certains découvraient pour la première fois, permettaient aux amis Suisses et Allemands d’être de « véritables artistes de la natation » alors qu’ils se déclaraient « barboteurs d’eau douce ». Les invités se plaisaient à contempler le changement de couleur de leur peau qui variait radicalement entre le début et la fin du séjour. Entre les Suisses, les Allemands, les Provençaux, nos amis du Club du Soleil d’Alger et quelques Parisiens de passage, on devine aisément quelles étaient les personnes à s’exposer le plus volontiers à ce soleil radieux.

Ces anses avaient l’avantage d’être peu profondes, ce qui permettait d’y patauger en toute sécurité. C’est grâce à une certaine pugnacité que des solutions simples étaient toujours trouvées pour répondre aux soucis qui se présentaient. Leur assurance pouvait passer pour de l’insouciance ou une « conception légère de la vie » comme le diront les Suisses dans leur compte rendu de leur séjour, mais il n’en était rien. Ils savaient faire la distinction entre ces moments de détente et les conférences qu’ils animaient sur un ton sérieux et réfléchi. Lors de longs séjours sur l’île, nos amis, marseillais ou étrangers, aimaient réaliser ces bains au crépuscule. Quand le soleil se cachait à l’horizon, offrant toute la gamme de pourpres à la baie du Frioul, les corps et les esprits s’apaisaient. Le calme régnait tout autour. En humant les embruns, une fraîcheur bienvenue, sensation rare sur l’île en plein été, se faisait ressentir sur leur peau dénudée. Des moments où ils se sentaient privilégiés en regardant Marseille s’illuminer grâce à la fée électricité. Une douceur de vivre qui correspondait parfaitement à leur idéal naturiste. L’enchantement était permanent.

Avec la flore atypique et rase, presqu’invisible pour les non-initiés, de ce morceau de rocher perdu en mer, ils découvrent la faune marine, avec ses huîtres, coquillages, oursins, petits poissons et même des poulpes qui viennent jouer dans les jambes de nos baigneurs. Et quand on lit que nos amis helvètes sont surpris de ne pas voir de requins, on ne peut s’empêcher de penser à une galéjade venant de leurs hôtes pour se moquer de leur crédulité. La richesse de la faune marine n’était pas encore victime de la surexploitation des zones de pêche et bien loin des préoccupations liées au tourisme de masse.


Vu la situation de l’hôpital, on peut supposer que les criques visitées étaient la calanque des Pétouliers, la calanque de Ratonneau ou la pointe d’Escourbidon. Quant à la calanque de Saint-Estève, toute proche, ils devaient l’éviter car elle devait être bien trop grande à leur goût pour se sentir en totale sécurité. Sur ces criques, pas de sable, seuls des galets et des rochers forment un sol peu accueillant pour leurs pieds nus. Mais nos amis s’adaptent et acceptent ce que leur offre la nature.

[1]      Die NeueZeit, numéro 5, 1930

octobre 24th, 2019

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1951 – Vivre d’abord – n°26/357 – De l’importance des mots par Kienné de Mongeot

septembre 22nd, 2019

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