La difficile naissance du parc des calanques face aux réticences locales
MARSEILLE – Comment satisfaire pêcheurs, plaisanciers, grimpeurs, chasseurs, cabanonniers et élus, tout en préservant l'environnement ? C'est à ce difficile équilibre que tente de parvenir le parc national des calanques, au risque de devoir réduire ses ambitions à un an de sa création officielle.
Le Groupement d'Intérêt public (GIP) qui porte le projet a fait en fin de semaine un premier point d'étape après neuf mois de concertation et plus de 400 heures de débats, avec la ferme volonté de mettre fin aux "idées fausses" colportées par les détracteurs du parc.
"On dit beaucoup trop de bêtises: on ne pourra plus nager, plus pêcher, plus vendre sa maison ou son cabanon. C'est absolument faux!", a affirmé le député UMP Guy Teissier, président du GIP.
Les promeneurs pourront se balader à l'envi, les chasseurs abattre du gibier, même si des "quotas de prélèvement" seront mis en place.
Les grimpeurs, qui avaient exprimé leurs craintes, resteront libres d'escalader les falaises, à l'exception de "zones de quiétude" pour "préserver certaines espèces animales et végétales".
De même, les plaisanciers continueront à jeter l'ancre "comme d'habitude" dans les zones sans enjeux écologiques. Ailleurs, les "mouillages seront organisés", notamment par le biais de "bouées écologiques". Les plongeurs auront eux aussi tout loisir d'explorer les fonds sous-marins, sauf sur quelques sites du littoral représentant "moins de 9% des 120 spots pratiqués".
Du côté des pêcheurs(ci-dessus des pêcheurs prenant du poisson à la sortie de l'émissaire de Cortiou, les égouts de Marseille…) l'heure est encore aux négociations. Il s'agit de trouver un accord sur des réserves qui porteront "uniquement sur 7% du territoire de coeur marin" du parc, a précisé M. Teissier.
Au final, si tous les "calanquais" obtiennent gain de cause, en quoi la création d'un parc national – le premier en France métropolitaine depuis 1979 et le troisième péri-urbain au monde après Le Cap et Sydney -, va-t-elle modifier la donne ?
"Tout change en ce sens qu'il y aura la manne de l'Etat pour entretenir, baliser, surveiller, verbaliser, à la fois sur terre et sur mer, dans un certain nombre d'endroits qui seront sanctuarisés, et qu'on obligera à un respect de la nature plus absolu", explique le président du GIP.
Selon son directeur Jean-Marie Lafond, l'idée, née dans les années 1990, est aussi "d'avoir un chef de file unique pour pouvoir gérer ces sites emblématiques pour l'instant éclatés entre de multiples propriétaires" et menacés par une fréquentation croissante.
Le territoire envisagé par l'arrêté gouvernemental du 30 avril 2009 pour le "coeur" de parc sera toutefois probablement réduit face aux réticences de certains. Ce qui fait craindre à Denyse Ricard-Maubon, présidente d'un collectif favorable au parc national, que celui-ci soit "soldé".
Si le maire UMP de Marseille Jean-Claude Gaudin s'est rallié tardivement au projet, d'autres édiles traînent encore des pieds, notamment à La Ciotat. Quant à la commune de Cassis, elle aimerait en sortir la calanque de Port-Miou ainsi que les zones viticoles.
La concertation doit se poursuivre jusqu'à la mi-mars avant la présentation du projet de charte et le lancement de l'enquête publique à l'été, avec pour objectif la signature du décret de création du parc fin 2010-début 2011.
Les premiers recrutements pourront alors commencer: à terme 80 à 100 employés veilleront sur un site naturel de plus de 11.000 hectares de pins et cailloux et de 48.000 hectares en Méditerranée, qui séduit chaque année plus de 1,3 million de visiteurs.
(©AFP / 06 février 2010 08h10)