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Texte de Bruno Saurez. J’avais écrit ce texte pour l’inclure dans mon livre sur l’histoire du naturisme de la région marseillaise dans le but de présenter le Frioul que les naturistes ont découvert en 1930 avec l’accord de la Mairie de l’époque.

Avant les naturistes, on voit bien les vitres du Lazaret

A quelques encablures du Vieux-Port, en plein cœur de la rade de Marseille, les îles d’If, Ratonneau, Pomègues et Tiboulen forment l’archipel du Frioul. 

A l’image des Calanques, ces îles ont un relief accidenté, les falaises abruptes succèdent aux nombreuses criques isolées. En dehors de quelques pêcheurs, des élus et des militaires, aucun Marseillais ne connaissait ces îles. Et pour cause, elles étaient réservées à la Marine. Un lieu pour les mises en quarantaine depuis le XVIIesiècle. Dans l’imaginaire collectif, ces îles agissaient comme un rempart pour protéger la ville.

« Une grande ville ne peut se passer de grands monuments » (Robert Penchaud)

A l’origine, Ratonneau et Pomègues étaient séparées et formaient un passage étroit ; le nom donné à l’endroit en provient directement, puisque Frioul vient du Provençal « frièu », du latin « fretum », signifiant « la passe, le détroit ». La fièvre jaune apparaît en 1821 à Barcelone faisant 20.000 morts, le port de Pomègues est jugé insuffisant pour y accueillir d’autres bateaux en quarantaine. En 1824, une digue est construite et rattache les deux îles. On lui donnera le nom de « digue de Berry », en hommage au duc de Berry, fils de Charles X assassiné en 1820. Cela forme un port immense pour l’époque, le port Dieudonné. En même temps, ils décident, pour compléter ces dispositions sanitaires, de créer un hôpital sur le plateau de Croix à Ratonneau. Il a l’avantage d’être isolé et proche de ce nouveau port d’accueil. Ce sera l’hôpital Caroline (nommé d’après Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, épouse du duc de Berry). Achevé quatre ans plus tard, il est inauguré le 3 juillet 1828. C’est un ensemble de bâtiments résumant mille ans d’urbanisme, sous la direction de l’architecte Michel Robert Penchaud (1772-1833). [BS1] Ce sera un des sites provençaux les plus exposés aux vents dominants ; il sera surnommé « l’hôpital des vents ». 

Aucune thérapie n’était alors connue pour traiter la fièvre jaune. Cette épidémie qui se propageait par l’air vicié des embarcations avait besoin d’un isolement ventilé pour être éradiqué. De ce fait, l’hôpital fut disposé perpendiculairement au mistral, les allées étant ainsi continuellement balayées par les vents. Un ingénieux circuit de ventilation fut créé pour que l’air se renouvelle dans les bâtiments et que les miasmes ne stagnent pas. C’est ainsi avec les éléments naturels, fournis par le lieu lui-même, que les autorités pensaient combattre ce fléau qui risquait de porter un préjudice immense à l’économie locale. Mais les responsables sanitaires tournent le dos au site, il est jugé trop austère. D’autres épidémies contagieuses arrivent comme le choléra-morbus dont les premiers cas sont détectés à Marseille en 1834. De 1837 à 1841, l’hôpital est récupéré par l’armée pour traiter les cas litigieux. Sous Napoléon III, il sera agrandi, car le lazaret continental d’Arenc y sera transféré pour agrandir la ville. Le complexe d’isolement de ce « lazaret des îles » devient le plus moderne et le plus vaste de Méditerranée. L’hôpital Caroline est placé juste en dessous du fort de Ratonneau, construit sous Henri IV ; le quartier est donc sous surveillance permanente, garantissant que l’épidémie ne se propage pas avec des évasions de marins. C’est un ensemble unique qui respecte les contraintes imposées par le ministère de la Santé. Dans les deux bâtiments pavillonnaires, les allées se divisent et imposent des circuits pour que les passagers en quarantaine ne croisent ni les malades, ni les convalescents, tandis que ceux qui sont en charge des provisions ne croisent personne d’autre que les gardiens et les infirmiers. Ils sont ainsi tous séparés de manière transversale. Les bâtiments de l’hôpital sont organisés en croix, tous indépendants les uns des autres, divisant ainsi les épidémies. Seul le bâtiment des fonctionnaires possède une entrée sécurisée pour accéder à l’enceinte de l’hôpital. En face de la chapelle, une capitainerie se charge de la surveillance des deux pavillons des malades.

De 1856 à 1892, il est réduit à sa fonction d’hôpital et de centre d’isolement. En 1902, des épidémies de typhus exanthématique surviennent et rendent ainsi tout son intérêt sanitaire à ces lazarets. Vingt ans plus tard, le service de la Santé maritime de Marseille est placé sous l’autorité d’un Directeur de la Santé publique. On compte une cinquantaine d’agents répartis sur quatre sites (le Vieux-Port, la Joliette, Arenc et l’hôpital Caroline). Le site du Frioul est réhabilité en 1923 par l’administration et rebaptisé « hôpital Proust » (en l’honneur du Docteur Proust, père de l’écrivain),  puis rendu à la marine nationale en 1928, qui s’installe au pavillon Hoche.


[1]      Michel-Robert Penchaud :
Ce grand architecte réalisera également en 1825 l’Arc de Triomphe, appelé la porte d’Aix, puis quasiment en même temps, il bâtira en quatorze mois le temple protestant de la rue Grignan. Ces trois réalisations lui valurent une renommée nationale. Les années suivantes, on lui demanda de construire le palais de justice d’Aix-en-Provence, toujours dans un style néo-classique démontrant force et droiture.


octobre 19th, 2019

Posted In: Culture, Histoire du naturisme

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