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Quand une région fait corps

Soror, de Camille Mutel, chorégraphe et enfant du pays. 
En lançant sa première biennale de danse contemporaine, Exp. Edition, du 1er octobre au 29 novembre, la Lorraine veut insuffler l’esprit de la danse à tout son territoire.

C’est un projet ambitieux, déjà bien engagé, et dont l’enjeu est de taille : faire de la Lorraine une région reconnue pour ses créations chorégraphiques. Pour en arriver là, il a fallu réunir les trois scènes nationales que sont Bar-le-Duc, Forbach et Vandoeuvre, mutualiser les moyens, rallier à la cause la majeure partie des structures et salles de la région, et se lancer dans l’aventure artistique. C’est donc une première : proposer au public lorrain de découvrir, durant deux mois, une cinquantaine de spectacles de danse contemporaine.

Pour Dominique Répécaud, directeur du Centre culturel André-Malraux de Vandoeuvre et porteur du projet, le spectacle doit aller à la rencontre de son public. C’est la raison pour laquelle Exp.Edition prend ses quartiers aux quatre coins de la Lorraine, et même jusqu’en Allemagne : « Nous désirions faire découvrir des artistes installés dans la région, leur donner une visibilité en les plaçant au même niveau que les invités de renommée internationale. Il nous a également paru primordial de ne pas uniquement situer l’événement à Metz ou à Nancy ! » Depuis trop longtemps, le spectacle chorégraphique s’exporte mal et souffre d’un manque d’investissement de la part des collectivités. Les compagnies émergentes sont devenues trop rares : le rendez-vous arrive donc à point nommé pour tenter d’inverser la tendance.

Dominique Répécaud et ses confrères avancent une programmation des plus alléchantes : « En ce qui concerne le choix des artistes, nous sommes vite tombés d’accord sur certains grands noms tels que Trisha Brown, Israel Galvàn, Benoît Lachambre ou encore Josef Nadj. » Ce dernier, invité d’honneur de la manifestation, y interprète quatre de ses créations : « Je travaille en continuité avec mon répertoire, je propose donc plusieurs spectacles constituant une minirétrospective de mon œuvre. Ce sont ceux qui ont résisté au temps, mes cartes de visite… 

Danseur et chorégraphe de renom, Josef Nadj dirige le Centre national chorégraphique d’Orléans. Il partage le point de vue de ses homologues lorrains : « Le théâtre a colonisé toutes les salles d’Europe, même du monde. Il faut éduquer le public à d’autres formes de spectacle, comme la danse ou le cirque, qui ont beaucoup à dire sur notre époque. Les programmateurs ont encore un peu peur de perdre du public, alors qu’Avignon, sous la direction de Vincent Baudriller et Hortense Archambault, a su donner une place plus importante à la danse, et le public a adhéré. Il faut oser : l’avenir de la danse est entre les mains des programmateurs et des directeurs de salles. »

Aux côtés de ces artistes de renommée internationale, il y a donc des enfants du pays. C’est le cas de Camille Mutel, qui a créé la compagnie Li (luo) à Nancy, en 2004. « Ma compagnie est sur une pente ascendante, la biennale me donne ici une belle opportunité et je pense que l’événement repositionnera la danse comme étant quelque chose de nécessaire et d’actuel, tout en la rendant plus accessible. » La chorégraphe originaire de Saint-Dié-des-Vosges y présente Soror, sa dernière création. Tout en continuant à explorer la nudité, elle partage pour la première fois la scène avec une autre danseuse, en y abordant le lien entre deux soeurs.

A travers une programmation éclectique, Exp.Edition tente de s’adresser à tous les publics, six spectacles étant destinés aux plus jeunes. La manifestation propose également des stages de formation professionnelle, des ateliers en milieux scolaire et universitaire, des rencontres professionnelles nationales, des expositions, des cycles vidéo-danse, etc. Confiants, les organisateurs planchent d’ores et déjà sur la seconde édition, qui devrait avoir lieu en 2015.

Les quatre temps forts de la biennale

Josef Nadj, Les Corbeaux.

Une performance étonnante où l’artiste plonge dans une cuve d’encre, transformant ainsi son corps en pinceau surréaliste… Il tente de capter l’instant fugace où le corbeau se pose, où s’opère la transition entre le vol et la marche.

Israel Galvàn, Lo Real.

Danseur de flamenco hors normes, il a su intégrer dans ses chorégraphies à la fois l’histoire et la puissance de cette culture, en la confrontant à d’autres esthétiques contemporaines.

Benoît Lachambre et Hahn Rowe, Snakeskins.

Une chorégraphie reptilienne et organique dans laquelle le danseur canadien se confronte à un univers mental étrange, soutenu par la nervosité d’un guitariste électrique.

Gilles Sornette et Isabelle Renaud, Shadoz ou les chasseurs d’ombres.

Un spectacle jeune public, duo entre une danseuse et un musicien. La quête de ces deux aventuriers les mènera dans un monde où les ombres vont petit à petit dévoiler certains de leurs secrets.

 

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Camille Mutel / Effraction de l’oubli / Le modèle

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Camille Mutel

Photos J.M. Gourreau

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Danaïde (Camille Claudel) / Rodin

 Camille Mutel :

Le modèle

 

Elle s’appelle Camille Mutel. Elle aurait pu s’appeler Camille Claudel. C’est en effet avec une science et un art consommés qu’elle est parvenue à magnifier son corps jusqu’à le rendre sublime. Un modèle d’une sculpturale beauté qui s’est laissé admirer durant presque une heure, tournant imperceptiblement sur lui-même comme sur une sellette dans un atelier d’artiste. Un corps ineffable, jailli de la pierre, caressé, modelé, ciselé, sculpté par la lumière des projecteurs. Celui d’un être frémissant, d’une sensibilité et d’une sensualité à couper le souffle, irradiant avec force la passion, le désir d’être aimé, la jouissance d’être admiré. D’un être sans visage, recouvert d’un masque – d’ailleurs moulé sur ses propres traits – à l’instar des acteurs de nô, comme s’il cherchait à ne donner de lui qu’une image charnelle ou organique, à garder l’anonymat pour conserver par devers lui son âme. Une vision fantasmatique qui fascine, bien qu’il ne se passe absolument rien mais qui comble et transporte par l’harmonie des formes offertes, par leur élégance et leur délicatesse, par leur esthétique aussi, leur géométrie étant quelque peu inhabituelle. Une danse minimaliste proche du butô (que l’artiste a d’ailleurs pratiqué), quasiment sur place, toujours sur la corde raide, qui suffit largement à elle-même.

Et pourtant, si l’on ne garde de cette (re)présentation qu’une fascinante image – certes érotique – de beauté et de pureté, on s’aperçoit, à la lecture du programme, que les propos de la chorégraphe étaient en réalité tout autres. L’Effraction de l’oubli est en fait née de la lecture du Regard d’Orphée de Maurice Blanchot, Camille Mutel cherchant à s’approcher au plus près de l’endroit où Orphée perdit son Eurydice. Non pour évoquer ce mythe mais plutôt pour rappeler un désir souvent irrépressible de franchir une barrière interdite afin de goûter à une chose qui, bien que tout à fait ordinaire, reste défendue et souvent inaccessible, « révélant la vacuité qui ouvre le puits des songes ».

J.M. Gourreau

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Effraction de l’oubli / Camille Mutel, Mains d’œuvres, St Ouen, 13 mars 2012, dans le cadre du festival Les Incandescences.

mars 24th, 2018

Posted In: Art et nudité, Culture

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