Coeur naturiste

Naturisme – Ecologie – Actu des calanques + Divers

Rejet de boues rouges dans les Calanques : de quoi parle-t-on ?

Des boues rouges sont stockées, en octobre 2010, sur le site de l'usine de Gardanne, où une technologie de filtrage a été partiellement mise en place à partir de 2007.

VIDÉOS – De 1967 à 2015, les résidus polluants issus de l’extraction de l’alumine dans le sud-est de la France ont été rejetés dans la mer Méditerranée, au large de Cassis. La nouvelle technique adoptée en 2016 n’a pas mis fin au bras de fer opposant arguments écologiques et économiques.

http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/09/05/01008-20160905ARTFIG00178-rejet-de-boues-rouges-dans-les-calanques-de-quoi-parle-t-on.php

• À quoi correspondent les «boues rouges»?

On parle de boue rouge pour désigner les résidus issus de l’extraction d’alumine -qui permet notamment d’obtenir de l’aluminium- à partir de la bauxite. Cette roche sédimentaire est présente dans le sud-est de la France, où elle a été découverte.

Les boues rouges correspondent aux déchets insolubles qui se séparent de l’alumine et de la soude au cours de l’extraction. Leur couleur rouge est liée à l’oxyde de fer. La substance, qui se transforme en une poussière rouge après évaporation des fluides, contient de nombreux métaux lourds (arsenic, fer, mercure, silice, titane…). Elle tapisse la ville de Gardanne, où se trouve l’usine. Dans le cas du procédé Bayer, encore majoritairement utilisé à travers la planète, la production d’une tonne d’alumine engendre environ deux tonnes de boues rouges.

• Ces boues rouges sont-elles actuellement rejetées dans la Méditerranée?

Jusqu’à fin 2015, la société Alteo, qui gère l’usine de Gardanne, avait l’autorisation de rejeter ces résidus dans la mer. La boue était pour cela diluée puis acheminée au large de Cassis par des canalisations. La quantité de boues ainsi déversée est estimée à 20 millions de tonnes depuis cinquante ans. Mais l’autorisation réitérée en 2014 prévoyait une interdiction de ce rejet direct au 1er janvier 2016.

Le site industriel de Gardanne, ici en novembre 2011.

En prévision de cette échéance, Alteo a investi 30 millions d’euros dans un système de filtrage. Depuis le 31 décembre 2015, la partie solide rouge et la partie liquide des rejets sont ainsi séparées à l’aide d’un filtre-presse. Seul le liquide transparent est désormais rejeté. Les résidus solides de bauxite (qui prennent le nom commercial de Bauxaline) sont en partie recyclés.

Prenant en compte cette technique, la préfecture a octroyé une dérogation à la firme, l’autorisant à rejeter ces liquides pendant six ans. À l’issue de cette période, aucun polluant ne devrait plus être rejeté en mer. Mais de nombreuses associations locales se sont élevées contre cette dérogation, estimant que le problème de pollution des eaux existe toujours et pointant un manque de volonté d’Alteo.

» LIRE AUSSI: Autorisation de rejets toxiques au large des Calanques de Cassis

• La pollution liée à ces rejets est-elle avérée?

Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) du 21 décembre 2015, réalisée à la demande du ministère de l’Environnement, a confirmé l’impact des rejets sur les poissons à proximité du littoral entre Marseille et La Ciotat. «Des signaux relatifs à une contamination plus importante dans la zone de pêche sous influence du rejet de l’usine d’Alteo ont été mis en évidence», conclut l’Anses. L’agence a mené ses propres analyses, celles menées par Alteo n’ayant pas permis de déterminer précisément si les rejets avaient un impact.

Six mois après la mise en place du filtrage, la préfecture des Bouches-du-Rhône a constaté plusieurs rejets excessifs et a mis en demeure l’industriel de se conformer aux normes fixées fin 2015.

• Pourquoi avoir octroyé cette autorisation?

Les préoccupations écologiques se frottent à un argument économique: l’interdiction du rejet aurait entraîné la fin de l’activité de l’usine de Gardanne, qui emploie 400 salariés et 250 sous-traitants. La préfecture des Bouches-du-Rhône s’est par ailleurs appuyée sur l’avis favorable du Conseil supérieur de prévention des risques technologiques (CSPRT). Le préfet avait au préalable annoncé qu’il appliquerait «la position du gouvernement» et qu’il prendrait donc «un arrêté qui fera en sorte que cette usine puisse poursuivre son activité».

• Pourquoi le sujet a-t-il refait surface cet été?

Le sujet a été relancé par la diffusion d’un reportage d’Envoyé spécial dans le parc national des calanques. Plusieurs intervenants, notamment un pêcheur, y pointaient les traces visibles de rejets dans les eaux méditerranéennes, en particulier des traces rouges qui restent sur les mains lorsqu’on les plonge dans l’eau à certains endroits.

À la suite de ce reportage, la fédération PS des Bouches-du-Rhône a dénoncé «le scandale sanitaire et environnemental qui se joue tous les jours au sein de la deuxième ville de France» et a rappelé avoir voté «contre l’avis favorable donné par la Mairie de Marseille à la poursuite de ces pollutions». Le communiqué interpellait directement la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. Fin 2015, cette dernière avait publiquement désapprouvée l’autorisation permettant ces rejets, affirmant qu’elle avait été prise sur un «ordre venu du premier ministre», Manuel Valls, «au préfet».

» LIRE AUSSI: Querelle entre Royal et Valls sur le rejet des boues rouges dans les Calanques

Un mois après Envoyé spécial, l’émission Thalassa s’est elle aussi intéressée au problème avec un reportage retraçant l’historique de ces rejets. C’est ce nouveau document qui a ravivé l’opposition entre Ségolène Royal et le chef de gouvernement. La ministre y déclare en effet que la décision d’autoriser les rejets était «inadmissible».

 

septembre 7th, 2016

Posted In: Ecologie, Santé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php