Coeur naturiste

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http://www.ladepeche.fr/article/2015/07/12/2142620-naturisme-une-question-de-generation.html#commentaires

Question de génération

Alors que l’on semble assister à un retour de la pudeur et que les campagnes de sensibilisation concernant l’exposition au soleil se multiplient, la pratique du naturisme perdure. Si la Francereste la première destination touristique dans ce domaine, les Français eux-mêmes sont toujours aussi nombreux à se dévêtir.

L’intérêt des Français pour le naturisme ne faiblit pas vraiment. Deux sondages, IFOP (2 014) et Ipsos (2 015) montrent même une légère hausse. 17 % des personnes interrogées avouent avoir déjà pratiqué le naturisme ou pourraient le faire, soit 2 % de plus qu’il y a un an.

La France reste par ailleurs la destination touristique privilégiée des naturistes du monde entier. Pour Yves Leclerc, vice-président de la fédération française de naturisme, ce succès tient en deux points. «Il y a une offre très vaste et diversifiée, 155 campings et surtout deux façades maritimes mondialement connues». Pour lui, qui a vécu un temps en Allemagne, haut lieu du naturisme, la pratique a tout de même évolué ces dernières années.

«Le naturisme était très structuré jusque dans les années 1990, le côté associatif et la notion d’hygiène de vie sont moins prégnants qu’à une époque. Aujourd’hui, il constitue une offre touristique alternative, les campings adaptés sont souvent situés dans des zones préservées, parfois même dans des parcs naturels et ils sont en plus beaucoup plus calmes que les établissements traditionnels».

En plus des campings et autres centres, les clubs ou associations naturistes accueillent tout au long de l’année les adeptes de la vie sans vêtements.

Pour s’y rendre il faut au préalable obtenir la licence de la fédération nationale ou internationale. Impossible en effet de se dévêtir dans le lieu de son choix sous peine de poursuites. L’objectif de ces clubs et de mettre à la disposition des adhérents terrains, stades, et piscines pour pratiquer une activité sportive, des plages pour se détendre et des animations diverses sont également proposées.

De moins en moins de filles ?

Si l’offre touristique autour du naturisme n’a jamais été aussi diversifiée, parvient-elle à séduire les femmes, historiquement plus réticentes que les hommes ? Pas si sûr et les femmes semblent même de plus en plus fermées à cette pratique.

En cause, une très grande conscience de leur image et la pression de répondre aux canons actuels, très stricts, de la beauté. Deux facteurs qui associés, constituent un véritable frein chez certaines. De plus, le fait de voir très peu de femmes sur les plages ou aux bords des piscines naturistes ne les incite pas à se jeter à l’eau.

Carole, secrétaire du club du soleil audois, basé à Cazilhac, cherche, elle, à s’éloigner des clichés qui collent bien trop souvent à la peau des établissements naturistes. Pour elle, son association présente un intérêt social.

«Dans mon club, je reçois des femmes à qui il manque un sein parce qu’elles ont été opérées, des infirmes, des gens corpulents ou maigres qui n’oseraient se rendre dans une piscine traditionnelle par exemple». Carole dénonce aussi le comportement de certains médias qui ont fait du Cap d’Agde une référence en la matière. «Cela n’a rien à voir avec le naturisme, certains ne veulent montrer que de mauvais aspects. De manière générale, je trouve que l’on a un mauvais rapport au corps aujourd’hui, on assiste à un retour de la pudeur». Souvent limités en termes de nombre d’adhérents, les clubs tiennent à garder leur côté convivial. «Nous sommes contents lorsqu’un nouvel arrivant ose se déshabiller, cela prouve qu’il parvient à s’assumer».

«Sur la plage de Mateille, les naturistes sont plus nombreux»

A Gruissan, toujours, l’altercation en début de semaine entre des nudistes et une famille de «textile» a fait beaucoup de bruit sur la plage de Mateille, zone de tolérance naturiste. L’incident a même tourné à la bagarre. «C’est bien la première fois, que j’entends parler d’une histoire pareille, explique Sylvie, une naturiste convaincue. Ici tout se passe très normalement depuis des années et nous sommes de plus en plus nombreux. Le naturisme gagne du terrain dans un contexte de grande diffusion des images de corps dénudés», estime cette Toulousaine.

Retour aux sources

«Tout se passe bien à la condition que chacun respecte les usages et les territoires. Les nudistes doivent rester dans leur espace. Il est hors de question que des personnes nues puissent se trouver sur la plage au milieu des familles», insiste Patrick.

Un peu plus loin, Christine et Bertrand, eux-aussi de Toulouse sont, comme ils disent, dans une période de «retour aux sources mais juste sur la plage. Faire les courses nus ou aller au restaurant sans vêtement ne nous intéressent pas», expliquent-ils. Eux ont renoué avec le naturisme depuis que leurs enfantsont quitté le cocon familial. « On retrouve l’esprit du temps où nous étions étudiants» ajoute Bertrand.

Chantal, quarante ans de naturismesur la peau, est, elle aussi persuadée que le phénomène est en fort développement, même si juste à côté, sa petite-fille Lisa refuse de quitter le maillot. «Ici, quand il n’y a pas de vent, c’est noir de monde. Il faudrait même élargir la zone», explique-t-elle. Jean, naturiste, originaire de Lourdes dans les Hautes-Pyrénées, s’inquiète d’une méchante rumeur qui revient tous les étés au sujet de la reduction de la plage dédiée aux naturistes .«C’est une plaisanterie. Nous avons à peine 400 mètres de front de mer pour nous. Ici, c’est un espace de liberté, tranquille qui n’a rien à voir avec le Cap d’Agde», ajoute encore Evangéline de Saint- Marcel, dans l’Aude, pour qui le naturisme a toujours la côte .

Les nombreux spots touristiques naturistes du coin (Villeneuve, Frontignan, Le Cap, Sérignan, Saint Pierre, Leucate, Saint Cyprien) qui affichent d’excellents taux de remplissage sont là pour en témoigner.

« Je dirais même que nous sommes en développement, indique à son tour Philippe Deslot, l’adjoint référent de Leucate pour l’espace naturiste. Les usagers de la plage en provenance des communes alentours sont plus nombreux. Les résidents à l’année et aussi ceux qui passent six mois à la belle saison, ici au centre-naturiste sont aussi plus nombreux chaque année».

Jean-Didier Urbain sociologue du tourisme. *

«Un retour de la pudeur venu des pays anglo-saxons»

Assiste-t-on à un déclin du naturisme ?

Je ne pense pas que l’on puisse parler de déclin. Le naturisme se pratique depuis longtemps, depuis que les Allemands l’ont institutionnalisé au début du XXe siècle. Le côté corporatiste a peut-être un peu disparu, on est plus obligé aujourd’hui d’appartenir à la fédération ou à un club pour s’y adonner. On pratique le naturisme de manière beaucoup plus individualiste aujourd’hui. On peut même dire qu’il s’est infusé dans la société.

Comment le naturisme a-t-il évolué ?

À la base le naturisme était une véritable philosophie. Il s’agissait d’être plus proche de la nature, d’avoir une hygiène de vie plus saine pour le corps comme pour l’esprit. Ce naturisme pratiqué comme un mode de vie à part entière a peu à peu cédé de la place à un courant plus hédoniste. Le naturisme se vit alors dans un cadre de vacances, de loisirs, il devient ponctuel.

Qu’est-ce qui a changé ces dernières années ?

La peur du soleil et des maladies qui lui sont liées. L’État en premier lieu a multiplié les campagnes de prévention pour inciter les gens à se protéger du soleil. On est alors tombé dans ce que l’on appelle le «syndrome australien», la peur d’avoir un cancer de la peau. Mais la situation en France n’est pas comparable à celle de l’Australie dans ce domaine, et nous en avons peut-être fait un peu trop.

Les nouvelles générations sont-elles plus pudiques ?

Si la pratique s’est démocratisée et que l’on compte beaucoup d’endroits où l’on peut se dévêtir désormais, les générations nées dans les années 1980 et 1990 ont tendance à se rhabiller. Le naturisme n’a jamais été exclu aux jeunes gens, au contraire. À l’origine, il servait même à effacer les marqueurs sociaux. Nu, les différences d’âge, ou de richesse s’estompaient, on devait s’assumer tel que l’on était. Peu à peu, une mode venue d’outre-Atlantique s’est propagée sur l’Europe, affirmant bermudas et autres shorts de surfeurs comme la nouvelle référence. Si l’on assiste à un retour de la pudeur, celui-ci vient des pays anglo-saxons. Des manuels publiés aux États-Unis et au Canada enseignent même aux gens l’art de se bronzer avec beaucoup de pudibonderie. On peut dire que l’on assiste à un choc des deux mondes «entre les pratiques anglo-saxonnes et européennes, concernant l’exposition du corps au soleil.

Comment voyez-vous évoluer le naturisme ?

Il n’y a jamais eu autant de clubs, et de lieux où l’on peut expérimenter le naturisme. Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de débats autour de la tenue vestimentaire et on ne peut se promener torse nu dans la rue par exemple. Chez les jeunes, c’est à une véritable régression dans ce domaine à laquelle on assiste. On en trouve extrêmement peu dans les camps ou sur les plages. Les jeunes filles sont de plus en plus réticentes à ne pratiquer ne serait-ce que le topless. Le «terrorisme» de l’esthétique et de la beauté que l’on vit actuellement joue beaucoup, de même que l’importance grandissante que l’on accorde au regard de l’autre. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’une génération aime aller à contresens de celle qui l’a précédée. L’Histoire est cyclique et je suis certain que la tendance s’inversera de nouveau dans le futur.

* Auteur de « Au soleil. Naissance de la Méditerranée estivale ». Ed. Payot. 304 pages, 21€.

Témoignage

«Pour moi, cela a été une véritable thérapie»

Si de moins en moins de jeunes pratiquent le naturisme, l’association des jeunes naturistes de France (AJNF) cherche à promouvoir cette activité chez les 14-27 ans. L’association organise des sorties sur différents thèmes à l’attention de la soixantaine de membres, pas tous issus de familles naturistes, qui composent l’AJNF. Rencontre avec Christopher, secrétaire et vice-président de l’association.

Pourquoi avez-vous adopté un mode de vie naturiste alors que vos parents ne l’étaient pas ?

C’est vrai que je suis le seul naturiste dans ma famille. À la base, j’avais beaucoup de mal à assumer mon corps, notamment à la piscine ou à la plage. J’ai commencé à pratiquer le naturisme à l’adolescence, puis j’ai eu la volonté de rencontrer des gens et je me suis inscrit à l’AJNF. J’y ai ensuite pris des responsabilités et je participe depuis à l’organisation des sorties et des visites que nous proposons.

Vous dites que cela a représenté une thérapie pour vous ?

Oui, le naturisme a constitué une véritable thérapie personnelle. À l’adolescence j’étais très complexé par mon corps, ce qui n’est pas évident par rapport aux filles notamment. Alors qu’Il m’était impossible de porter un boxer à la piscine, je me suis rendu compte que nu, je me sentais beaucoup mieux. M’adonner au naturisme m’a permis de prendre confiance en moi, de changer de mentalité, ce qui m’a considérablement aidé dans ma vie professionnelle.

Pourquoi les jeunes sont-ils réticents selon vous ?

Beaucoup de mes amis hésitent, ils sont tentés mais ils ne franchissent pas le pas à cause du regard des autres essentiellement. Certains me disent même que je suis courageux. Pour les filles, c’est encore pire, les stéréotypes de beauté les freinent. Il n’y a que 20 % de filles à l’AJNF par exemple. Je suis toutefois sûr qu’il y aura toujours des gens et des jeunes qui auront le courage de se dévêtir dans les années futures.

A Gruissan :les filles préfèrent garder le haut

Depuis la plate-forme surplombante du poste de secours de la plage de Mateille à Gruissan , dans l’Aude, Thierry Esthève n’a pas besoin de ses super-jumelles de Maître-nageur-sauveteur pour établir la fashion tendance de plage de 2015. «Elles ont remis le haut, massivement. Le phénomène est observable depuis plusieurs années. Il est en fort développement cette saison. Le monokini fait aujourd’hui figure d’exception. Cela n’a rien à voir avec ce qui se passait 15 à 20 ans en arrière où les seins nus étaient pratiquement la règle. Et dans la même période, le string a aussi pratiquement disparu. C’est bizarre», explique Thierry .

La constatation fait visiblement la déception de son jeune collaborateur qui a le sentiment d’arriver un peu tard sur la plage. Sur le sable, les femmes sont unanimes : elles ne veulent plus s’exposer au soleil comme au regard des autres. Question de pudeur, de mode, de prévention ?

«C’est une partie de mon intimité. Cela m’appartient. Je peux faire du monokini quand je suis seule sur la plage mais pas comme aujourd’hui quand il y a autant de monde», explique Hélène, 30 ans, vacancière drômoise, décontractée mais déterminée aussi à garder le haut.

À côté, d’Elle, Audrey, même âge, en maillot deux pièces partage exactement la même analyse. «Il y a aussi le problème du risque de cancer lié à l’exposition au soleil. Donc on se protège, on garde le haut », ajoute-t-elle.

Changement radical

Plus loin, dans ce groupe de six femmes en week-end prolongé à la plage, une seule revient de la baignade seins nus. « Je le fais à l’inspiration du moment», explique-t-elle-même si son corps sans marque démontre qu’elle est bien une adepte du monokini.

Hier, elles étaient à peine dix filles à bronzer seins nus, sur la plage des Aresquiers à Frontignan dans l’Hérault. «Je rentre de Saint Raphaël et j’ai vraiment eu le sentiment de retomber quarante ans en arrière, explique Chantal. Sur la plage, j’étais pratiquement la seule à être seins nus. Vraiment, étonnant. C’est un changement radical, important .»

mai 25th, 2016

Posted In: Naturisme, Société

2 Comments

  • Annie Versaire dit :

    Pour les campagnes de préventions sur les dangers du soleil, je ne vois absolument pas en quoi un maillot de bain change quelque chose!!!

    Pour la question de génération: je pense que les affaires Dutroux et Fourniret ont dû jouer: on s’est mis à voir de la pédophilie et des pédophiles partout, et pour beaucoup les gens nus, c’était des gens louches.
    (Le fait qu’au moins 99,9% des violeurs n’aient jamais pratiqué le naturisme aurait pourtant dû conduire à jeter la suspicion sur les maillots de bains et les gens qui en portent).

    Sur la question qu’il y ait plus d’hommes que de femmes: énormément de femmes sont tentées de se dénuder, mais ne le font pas de crainte d’être matées, draguées.
    Les hommes encourent moins cela.
    Sans parler que certains croient civilisé de considérer qu’une femme nue est une pute, que si elle se fait agresser c’est qu’elle l’a bien cherché.

  • TaG dit :

    Avec un smartphone on clique le sujet ‘a la plage et en quelques secondes on le publie sur insta ou fb.
    C »est ça qui terrorise les jeunes (filles et garçons).

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