Je passe la porte d’entrée d’une salle de danse de l’Est parisien et le tas de chaussures de grande taille confirme mes craintes. Même si rien n’indique sur le site de Claudio qu’il s’agit de cours non mixte, j’ai bien peur d’être la seule femme. « Bon on sera un petit groupe ce soir, et il y aura une autre fille avec toi, Lotus », annonce le professeur à sept de ses habitués. « Ouf » de soulagement, les femmes sont donc admises ! « Ça me rappelle le temps où c’était encore un peu mixte », s’amuse la dite Lotus. « Tu sais que Pina Bausch s’est entraînée dans notre salle ? », renchérit Patricia, directrice du centre de danse, et autre présence féminine. Tout cela me semble bien prometteur.
Les voyeurs peuvent se rhabiller
Le yoga ashtanga s’opère à un niveau avancé, dans un rythme très soutenu. Pas le temps de s’apitoyer sur son sort et pas le temps de regarder les corps nus autour de moi qui se meuvent sur les tapis de sol bleu de yoga. Les postures s’enchaînent : le lotus et la chandelle à un niveau accessible, pour commencer. Puis peu à peu le groupe a le souffle coupé par la vitesse, l’équilibre et la précision que demande cet art « rigoureux et strict » comme aime le rappeler Claudio. On comprend vite que les voyeurs n’ont pas leur place et qu’ils repartiront bredouilles s’ils sont venus se rincer l’œil. Sans compter que la transpiration, les positions inversées et les bruits d’effort ne font pas la part belle à l’érotisme.
Laurent, l’un des habitués du cours, se livre en fin de séance : « Je me sens bien. Il n’y a plus aucune contrainte, ni vestimentaire, ni sociale. C’est la même sensation que lorsqu’on nage nu. » Jean-Jacques va plus loin encore : « C’est de la torture pour se sentir enfin en harmonie. J’en ai besoin pour évacuer le trop-plein et être apaisé. » Ils sont tous les deux adeptes du naturisme, mot qu’il trouve trop solennel, car pour eux « tout cela c’est naturel ».
Une pratique très « codifiée »
Lotus, elle, n’est pas une naturiste dans l’âme mais « en tant que danseuse je dois parfois me mettre à nu ». Le yoga naturiste ? « J’en fais quand je ressens le besoin de ne pas être entravée dans mes mouvements. » Et si vous hésitez encore à tester le yoga nu, elle explique qu’ »il faut s’oublier soi-même ». « Ça permet de voir son corps différemment, de se l’approprier et de le réajuster » appuie Claudio, le maître yogi. « C’est très codifié, il faut atteindre un équilibre afin de ne pas travailler en force et lier énergie et respiration. »
Une fois tout le monde rhabillé, le groupe s’avance vers le métro. Patrick et sa moustache à la Dali conclut : « L’essentiel, c’est la dynamique de groupe, la respiration collective et le partage avec les autres. Et je trouve qu’il y a une belle énergie quand il y a des femmes aussi. » En tout cas, au bout de cette séance de (presque) deux heures, je ressens moi aussi ce bien-être tant vanté. Vous l’aurez compris, le yoga nu c’est une philosophie de vie qui nous réconcilie avec soi-même et les autres.

Bonjour,
Rédactrice du magazine naturiste La Vie au Soleil, j’aimerai m’entretenir avec vous au sujet de cet article.
Bien cordialement,
Karel Oliviero
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karel.oliviero@lavieausoleil.fr