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Le mouvement naturiste aux Etats-Unis par Robert Sarrian (LVS n014 – avril 1951)

Le mouvement nudiste parut aux Etats-Unis en 1929, soit vers l'époque où la doctrine commençait à être connue en France et dans d'autres pays. L'initiateur en fut un allemand naturalisé américain, M. Kurt Barthel, qui fonda la première société gymnique. "The American League for Physical Culture". Ce groupe ne comptait, à l'origine, qu'une douzaine d'adhérents, dont seulement trois dames.
Ci-joint, une photo de Kurt Barthel.

L'année suivante, deux jeunes époux, Mr. et Mrs Frances et Mason Merril, de New-York, publièrent un livre intitulé: "Among the nudists", où ils relataient leurs visites à différents centres de libre culture, en Allemagne, au Sparta-Club, en France. Cet ouvrage, qui porta la question du nudisme devant le grand public américain, fut suivi d'un autre, en 1931 : "Nudism comes to America", Les auteurs, ne se contentent plus d'un simple récit de voyage et d'impressions, exposaient et préconisaient ouvertement les principes de la gymnité intégrale. Différents volumes sur le même sujet parurent en même temps, et un ancien clergyman, le Dr Isley Boone, fonda la revue "The Nudist".

Tout d'abord, les nudistes américaines jouirent d'une liberté presqu'absolue, peut être due à l'étonnement dans lequel leurs théories plongeaient l'ensemble du public. Un raid, exécuté par la police au gymnase de " l' American League, n'amena qu'une ordonnance de non-lieu. La presse s'occupa de la question, et l'attitude des journaux indépendants, tels que le " New – York Times ", fut plutôt sympathique. Les nudistes, disait-on en substance, pouvaient avoir des idées bizarres, s'opposant aux conventions et habitudes universellement admises jusqu'à présent, mais, l'Amérique étant le pays de la liberté, on ne pouvait que laisser ces gens-là tranquilles, aussi longtemps qu'ils restaient invisibles dans leurs camps, et ne causaient aucun scandale.

Mais la légendaire pruderie américaine, quoique beaucoup moins féroce qu'autrefois, restait vivace. Des groupes nudistes s'étant formés à New-York, Chicago, Philadelphie, Baltimore, San Francisco, etc., des "anti-nudity leagues" se créèrent. Les sociétés moralisatrices s'émurent, demandèrent des sanctions. Si certaines confessions protestantes fermaient les yeux devant les progrès du nudisme, l'église catholique se posa immédiatement en adversaire impitoyable de ces théories audacieuses. Les catholiques, aux Etats-Unis, ne sont qu'une minorité assez faible, – 20 millions d'habitants, ¬mais, bien organisés, disposant de ressources financières considérables, et solidement tenus en main par leurs évêques, ils exercent une dictature de fait sur les mœurs, la morale, le théâtre et le cinéma, voire même sur la littérature et les arts. Des raids, suivis d'arrestations, eurent lieu. Divers magistrats ayant relâché les nudistes amenés devant eux, furent réprimandés ou déplacés. Un professeur de Chicago, président d'une société gymnique, subit trois mois de prison. Deux jeunes institutrices pennsylvaniennes furent révoquées pour avoir fréquenté un camp de libre-culture. En 1934, Mr Alfred Smith, ex-gouverneur de New-York, et chef politique des catholiques américains, fit voter, par surprise, une loi interdisant la pratique du nudisme dans l'état de New-York. Plusieurs autres états suivirent cet exemple, ou bien, sans prohiber absolument le nudisme, l'entravèrent par des tracasseries et des vexations. Toute la presse religieuse entama une furieuse campagne contre "ce culte obscène", tandis que les journaux Hearst déversaient une grêle de sarcasmes sur "les idiots qui voulaient rabaisser l'homme au rang des singes", La vente du magazine "The nudist" fut interdite dans de très nombreuses villes.

Délégation Américaine à Montalivet en 1953

Il faut avouer, d'ailleurs, que certains nudistes avaient quelque peu provoqué, par leurs excentricités, cette réaction puritaine. Il en est souvent ainsi aux Etats-Unis, où les emballements montent très vite jusqu'au paroxysme, et ne connaissent plus de bornes. Un jeune homme et une jeune fille de Chicago, véritables fanatiques, s'étaient mariés nus, se dépouillant de leurs vêtements devant le magistrat chargé de la cérémonie, et qui était lui-même, du reste, un sympathisant. Ailleurs, des gens s'avisèrent de commercialiser le nudisme, et ouvrirent des parcs de libre culture, où n'importe qui pouvait entrer, moyennant deux dollars: un parc de cette nature existait à l'Exposition de San Diego, en Californie, et les honneurs en étaient faits par des jeunes filles, nues de la tête aux pieds, et qui montraient aux visiteurs les terrains de jeux, les dortoirs, les chalets, le réfectoire, la piscine, etc.

Dans le New Jersey, où les colonies jouissaient, et jouissent encore, de la plus grande liberté, des nudistes trop zélés adoptèrent une attitude provocante envers les villageois voisins, et faillirent, par leur maladresse, amener les autorités du New Jersey à interdire la libre culture sur le territoire de l'état. D'autres commirent la grave erreur de vouloir identifier le nudisme à des doctrines politiques et sociales. Enfin, les dissensions, les jalousies, les questions de personnes entre les diverses sociétés, et les querelles intestines entre membres des mêmes clubs, causèrent un tort énorme au mouvement.
Après avoir réalisé des progrès rapides, et fait l'objet d'études, – pour ou contre – dans les revues et journaux les plus sérieux, le nudisme américain marqua une indéniable régression, pendant laquelle ses partisans se terrèrent, attendant des jours meilleurs. Plusieurs associations cessèrent d'exister, d'autres, réduites à cinq ou six fidèles, continuèrent à se réunir, mais très secrètement, comme si elles voulaient se faire oublier. Le nudisme, disaient les rares journaux qui publiaient de brèves nouvelles sur la question, avait été un engouement passager, destiné, comme toutes les modes, à une prompte disparition.

Toutefois, il semble que depuis trois ans, le nudisme américain remonte la pente. L'auteur de ces lignes, ayant appartenu au "Green Forest Club", de Washington, a pu constater que d'anciens adhérents, après avoir quitté le groupe, soit par lassitude des chicanes continuelles, soit par crainte des sanctions policières, y revenaient, et amenaient de nouveaux adeptes. Dans l'état de New York, la pratique du nudisme a recommencé, malgré la loi Smith. Car, aux Etats-Unis, les lois ne sont pas toujours prises aux sérieux. La raison en est peut être qu'elles sont trop nombreuses, trop susceptibles d'interprétations différentes, ou trop anciennes, ne répondant plus aux points de vue ou aux conditions qui les justifiaient il y a 50 ou 60 ans.

Ainsi, sur la plupart des plages des arrêtés, remontant à 1885 ou 1890, et qui n'ont jamais été abrogés, imposent aux dames le port de bas noirs, – ce qui n'empêche pas toutes les baigneuses d'aller jambes et pieds nus; – et le policeman qui s'aviserait de leur dresser procès-verbal s'attirerait, d'abord, de cinglantes moqueries, et ensuite un blâme sévère de ses chefs. Du moins, la réaction puritaine a montré aux nudistes américains qu'il leur fallait procéder avec précaution et lenteur, en se gardant d'effaroucher l'opinion publique. Pour cette raison, la propagande est faible, timorée, et le recrutement s'opère surtout par relations individuelles. Et cependant, les associations nudistes décupleraient leurs effectifs en quelques années, si les adhérents éventuels se sentaient libres d'agir comme il leur plairait. Mais ils ont peur de s'exposer aux plus graves mésaventures, – perte de leur emploi, ostracisme, tracasseries, brimades – au cas où leur participation à une société de libre culture viendrait à être découverte.
N'oublions pas, en effet, qu'aux Etats-Unis, beaucoup d'employeurs s'occupent volontiers de la vie privée de leurs subalternes. En outre, et sauf dans certains quartiers des grandes villes, les faits et gestes de chacun sont plus ou moins surveillés par le prêtre ou le pasteur de la paroisse, – et malheur au révolutionnaire, à l'énergumène, qui oserait braver ouvertement les principes traditionnalistes de la morale reçue 1 … Sans doute, cette rigidité et cette inquisition vont en décroissant; les mœurs évoluent dans un sens libéral. Les forces puritaines n'en disposent pas moins de moyens d'action redoutables, et exécutent de temps à autre de violents retours offensifs, que la masse de la nation n'approuve pas toujours, mais subit, chaque citoyen craignant pour lui-même et pour sa famille les suites d'une attitude trop indépendante. L'Américain, tout en prenant des airs dégagés et brusques pour se persuadés qu'il est un rude gaillard, est au fond essentiellement conservateur et conformiste. Cet homme entreprenant, souvent clairvoyant en affaires, cordial, brave, généreux, et, dans l'ensemble, d'une réelle intelligence, n'a aucune hardiesse dans le domaine intellectuelle et moral; il lit ce qu'on lui dit de lire, croit ce qu'on lui dit de croire, et est prêt à rentrer sous terre dés qu'un clergyman élève la voix ou qu'une vieille dame fait les gros yeux. On l'a bien vu avec la fameuse "Prohibition".

Il suffirait qu'une poignée de réformateurs, affolés de pudibonderie ou désireux de réclame, s'avisât de faire interdire définitivement le nudisme pour qu'aussitôt les lois non appliquées fussent remises en vigueur, et que tous les camps de libre culture fussent fermés. Et personne ne se hasarderait à formuler la moindre protestation, tant est grande la terreur inspirée par les farouches gardiens de la vertu publique.
Malgré tout, si l'on en croit les indices actuels, le nudisme américain se trouvera dans un avenir peut être proche, à l'abri des crises de pruderie qui, de temps à autre, se déchainent aux Etats-Unis. Un des ces indices est la franchise de plus en plus marquée envers tout ce qui touche aux questions sexuelles. Le reste dépend, en très grande partie, de la conduite des nudistes eux-mêmes, des protections qu'ils parviendront à acquérir, et dont la manière dont ils sauront, après avoir été persécutés, puis ignorés, puis tolérés, se faire accepter, et convaincre l'opinion qu'ils ne sont ni des fous, ni d'abominables dépravés. Mais ils doivent, plus encore que leurs frères des autres pays, procéder avec infiniment de tact.

février 4th, 2013

Posted In: Etats Unis, Histoire du naturisme

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