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Nus dans la nature
29 avr. 2010 Hubert Prolongeau

De plus en plus de naturistes, lassés des camps, vont se promener nus dans la nature sur des sentiers publics. Récit d’une « randonue ».

Elle a eu une hésitation. Et puis elle l’a fait. Elle a enlevé T-shirt et soutien-gorge, plié avec
soin son pantalon. « Tous les autres étaient déjà nus, et personne ne me regardait… » Alors elle est
partie, sac au dos, chaussures de marche aux pieds… et rien d’autre. C’est la première « randonue »
de Mélanie, 48 ans. Lassés des camps, certains naturistes ont commencé à se promener dans des lieux
publics. Internet leur a permis de se regrouper. Aujourd’hui, l’activité se multiplie : dans les
forêts autour de Paris, dans les calanques de Marseille, en montagne… La commune de Seillans, dans
le Var, a même – une première – autorisé l’exercice le dernier dimanche de Pâques.

« Un truc de malade »

Ils sont six ce jour-là, quatre hommes et deux femmes, dans un champ près d’Egly, dans l’Essonne.
Lucien, un moustachu bedonnant, est venu de Montélimar. Il n’a pas dit à sa femme où il allait : «
Elle trouve que c’est un truc de malade. Je n’ai jamais pu lui faire comprendre. » Cette
incompréhension le désole. Gilles, lui, se promène nu depuis des années. Près de Paris, dans les
Alpes, chez lui… C’est un militant, presque un Savonarole : « Se mettre nu est une liberté
fondamentale. On nous impose les vêtements. À travers la « randonue », c’est l’intolérance que je
combats. » Les autres sont moins lyriques, mais avouent tous leur bonheur extrême à se sentir libres
de tout textile. « Je ne me sens jamais aussi à l’aise que quand je suis comme cela nu, en pleine
nature », affirme Laurent, informaticien.

La troupe chemine. Les orties profitent des chairs offertes, les moustiques aussi. Certains montent
aux arbres. Mais voici soudain, au détour du chemin, un groupe d’enfants et leur animateur. Tous
sautent sur les jupettes à velcro dont ils se couvrent dès qu’un passant arrive. Jacques, qui mène
la marche, s’avance pour expliquer la démarche. L’animateur est un peu gêné : « Moi, ça m’est égal,
mais il y a les enfants, vous comprenez. » Seul Gilles s’insurge : « C’est ma liberté d’être nu. Je
ne me rhabillerai pas. » Les autres, discrètement, l’entraînent à leur suite. Et les enfants
passent, en gloussant. « C’est très rare que ça tourne mal, affirme Jacques. D’habitude, les gens
sont surpris, mais discutent gentiment. »

La balade finit dans une carrière abandonnée, coincée entre deux bretelles d’autoroute. Là, ils
dévalent les pentes, puis se couvrent de boue avant de se laver dans une mare. Et chacun se repose
enfin. On déballe les sandwiches, on sort un livre. Un petit vent se lève. Mélanie renfile son
sweet. Uniquement son sweet. Elle a adoré : « La sensation du soleil sur la peau, le sentiment de
liberté, c’était merveilleux. »

« Je rêve de tolérance »

Les centres naturistes encouragent peu l’activité, qui suscite dans le milieu de nombreux débats. « Les randonneurs nus passent des camps où ils étaient entre eux à un espace public dans lequel ils affirment et imposent leur nudité à des gens habillés, estime Francine Barthes-Deloizy, auteure de Géographie de la nudité (Bréal). C’est une forme de communautarisme. »Dans l’Essonne s’est créée une association, l’APNEL (association pour la promotion du naturisme en liberté), dont le but est d’aider financièrement ceux que la police arrête pour « exhibition sexuelle » alors qu’ils ne font que se promener. L’an dernier, six de ses membres ont traversé les Pyrénées, pendant une semaine, totalement nus. Cette année, ils ambitionnent d’attaquer la Guadeloupe. « Je rêve d’une société de tolérance totale, dit Sylvie Fasol, sa présidente, où chacun irait comme il veut, sans regards et sans gêne. »

 

juin 24th, 2012

Posted In: Naturisme en liberté, Rando-nue

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