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  • samedi 24 décembre 2016 17:49

De la première mobilisation à Cassis en 1910 jusqu’à la création du Parc national des Calanques en 2012. Les grands jalons d’un combat pour la sanctuarisation d’un site prestigieux.

 

C’était le 13 décembre 1922, un long cri d’alarme jeté dans les colonnes du Petit Provençal. Les lanceurs d’alerte s’appelaient les « Excursionnistes toulonnais ». « On projette la destruction complète des trois calanques de Cassis, joyeux de notre littoral » révélait cette société d’amoureux de la nature qui dénonce les ambitions d’une « société étrangère ».

L’industriel belge Ernest Solvay avait investi sur Port-Miou dès 1896 pour y créer des cimenteries et exploiter à partir de 1907 « l’or blanc des falaises ». 100 000 tonnes de roches étaient être extraites chaque année pour son usine de soude des Salins-de-Giraud. Douze ans auparavant, le 13 mars 1910 avait été un tournant dans la sanctuarisation des Calanques quand plus de 2 000 personnes s’étaient rassemblées dans les carrières de Cassis pour demander la protection de Port-Miou. Il faut dire que nombre de notables marseillais y jetaient l’ancre. L’historien Xavier Daumallin envisage à la lumière des archives que l’un d’eux a pu manipuler l’événement avec le Petit Marseillais à des fins de spéculations foncières (lire le beau livre « Les Calanques industrielles de Marseille et leurs pollutions, 2016 »). La carrière Solvay prospéra jusqu’à son arrêt fin 1982.

 

« Ce crime de lèse-nature »

Si en 1922 on se mobilisait de nouveau, c’était contre un projet d’exploitation de calcaire à En-Vau. Il était question de transformer en chaux les calcaires dolomitiques des falaises, ce « patrimoine de beauté qui appartient à tous » écrit le Petit Marseillais du 25 février 1923 soucieux de notre genévrier de Phénicie, de notre myrte rare de Provence, de nos chênes verts « remarquables de résistance face aux embruns de la mer », sans parler de la linatre à feuilles rondes, du genêt de Lobel, de la tulipe de Cels ou encore du Narcisse douteux !

« Port-Miou déjà exploité par les fabricants de pavés ne comptera plus dans quelques années : c’est l’écrasement complet des falaises que l’on achève » s’indignent les militants dans le Petit Provençal. « Il ne faut pas attendre le premier coup de mine des destructeurs pour empêcher ce méfait public » écrivent-ils, exhortant le préfet à faire usage de la loi de 1906 qui organise la protection des sites et monuments naturels afin d’ « empêcher ce crime de lèse-nature ». D’exiger il y a près de cent ans, le classement des calanques d’En-Vau et de Port-Pin parmi les sites naturels. Et suit ce qu’on pourrait considérer comme un manifeste écologique : « Protégeons ces sites incomparables ! Empêchons les étrangers inspirés par l’amour du lucre de porter la laideur plus loin que Port-Miou ! Trop de méfaits ont été commis en Provence par la veulerie des populations qui ne savent se défendre contre un industrialisme mal compris et intrigant. Que tous se joignent aux excursionnistes toulonnais et réclament de monsieur le préfet de Marseille le classement et l’intangibilité des Calanques d’En-Vau et de Port-Pin. Agissons ensemble et vite ! Car plus tard… que sait-on ? »

Des klaxons à Sugiton ?!

Victoire le 21 juillet 1923 quand une dépêche annonce : « Les amis des beaux paysages peuvent se réjouir. Les calanques d’En-Vau et de Port-Pin vont être classées. » Le ministre de l’instruction publique et des Beaux-Arts, Léon Bérard, a entendu les protestations qui s’étaient élevées. Il faut dire qu’il était allé naguère visiter ces sites « en passe de subir l’atteinte des vandales » écrit le reporter.

Année après année, le corpus de protection s’étoffait. En 1934, la forêt domaniale de la Gardiole était classée puis En-Vau et Port Pin en 1936. Le combat reprenait en 1954 quand un projet de route se proposa de violer « le cul de sac de Callelongue » pour permettre aux voitures de traverser Marseilleveyre pour atteindre Cassis. « Les klaxons vont-ils retentir dans la retraite chaude de Sugiton ou faire sonner les échos des à-pics vertigineux de la Grande candelle ? Des restaurants pour touristes aux façades prétentieuses brodées de néon vont-ils planer leurs terrasses sur le plateau de Castel-Vieil ? » s’émeut notre confrère Robert Dubroux dans la Marseillaise du 20 mai 1954.

En 1959, on voulut bâtir « un vaste ensemble immobilier sur les plateaux supérieurs et créer hôtels et restaurants agrémentés d’un tube sous-marin en verre » lit-on dans la Marseillaise du 27 mars 1966. L’émotion fut telle que le massif des Calanques fut classé le 24 novembre 1959 avec un droit de préemption de l’Etat étendu en 1962. Car en 1966, l’Etat devait à nouveau s’opposer à un projet de construction d’une route en front de mer, projet défendu par une singulière « association pour l’animation provençale de la Métropole », un sous-marins d’entreprises soutenues par le Méridional et un architecte. Par la suite la protection du massif des Calanques a été complétée et étendu encore par un décret du 29 août 1975. Le parc national a été institué en 2012. Il n’a malheureusement pas encore mis au rejet des « boues rouges » en mer.

David Coquille

février 21st, 2017

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Pollution aux métaux lourds : Boue rouge dans les calanques

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Le parc national des Calanques entre Cassis et Marseille est utilisé depuis cinquante ans comme décharge par Alteo, qui exploite la bauxite pour produire de l’alumine. En décembre 2015, l’entreprise a obtenu du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur le droit de continuer à déverser ses déchets industriels pendant encore six ans.

Alteo, premier producteur mondial d’alumine avec plus de 1 000 tonnes exportées chaque jour, est contrôlé par le fonds d’investissement américain HIG Capital. Depuis près de cinquante ans, sur le site de traitement de bauxite de Gardanne, cette entreprise bénéficie d’un droit d’expédier des résidus en mer par 200 m de fond et à 7 km au large de Marseille et Cassis. Aujourd’hui ce sont au moins 20 millions de tonnes de boues rouges qui tapissent ainsi les fonds marins sur 2 400 km² [1].

Normes légales largement dépassées

L’autorisation reconduite en 1996 stipulait que l’industriel avait jusqu’au 31 décembre 2015 pour cesser d’expédier ses déchets en mer. Pour y parvenir, Alteo s’est doté en 2007 de trois filtres-presses, pour moitié subventionnés par l’Agence de l’eau. Les boues rouges déshydratées extraites des boues rouges sont destinées à être utilisées comme matériau de remblai [2] . Malgré cela, l’usine continue de déverser des effluents liquides chargés en métaux divers, arsenic, chrome, plomb, titane, mercure, aluminium… Bien entendu les concentrations en polluants des effluents dépassent très largement les normes légales. Selon les données du ministère de ­l’Écologie, sont encore rejetées en mer chaque jour 6 tonnes d’aluminium (au lieu de 64 tonnes précédemment), 83 kg de fer (contre 270 tonnes), 11 kg d’arsenic (contre 42 kg), 20 mg de mercure (contre 80 g). Et, au-delà de la pollution marine, l’usine de Gardanne pollue aussi son environnement proche par les fuites des bassins de rétention et les poussières dégagées, et pose ainsi aux riverains des problèmes sanitaires importants.

En 2015, l’industriel a demandé deux nouvelles autorisations. L’une pour continuer d’occuper le domaine public maritime jusqu’au 31 décembre 2045 avec sa vieille canalisation ; l’autre est une dérogation indispensable pour continuer à déverser dans l’environnement marin les effluents liquides comme il le fait depuis 2007.

Une enquête publique a donc été ouverte. Mais ni les remarques des experts, ni l’intense mobilisation pendant l’enquête publique riche de plus de 2 300 contributions, ni le refus de plusieurs municipalités – dont celle de Cassis où débouche la canalisation –, ni l’opposition de la ministre de l’Écologie n’ont dissuadé les trois commissaires de l’enquête publique. Ils ont rendu le 22 octobre un avis unanimement favorable aux demandes d’Alteo : « À l’heure où l’opinion française redoute les délocalisations », il est impératif de « sauvegarder plusieurs centaines d’emplois ». Un article du Monde diplomatique dénombre « quatre cents emplois directs et plus d’un millier en comptant la sous-traitance ». Dans la foulée et malgré la violation manifeste de la Convention de Barcelone pour la protection de la mer Méditerranée ratifiée par la France, le préfet de région, exécutant les directives de Manuel Valls, autorisait pour six ans la poursuite de ces rejets en mer.

En mars 2016, les inspecteurs de l’environnement ont effectué une visite surprise à Gardanne. Ils ont détecté encore trop de matières en suspension, des dépassements des plafonds autorisés de mercure, de zinc et d’antimoine, un pH trop élevé, ainsi qu’une « demande biologique en oxygène » non conforme. De plus, le 9 mars, une fuite pendant le processus de fabrication a entraîné la formation d’un nuage contenant de la soude caustique. L’incident s’est traduit par des dépôts blanchâtres bien visibles sur une quinzaine d’hectares autour de l’usine [3].

Cette situation appelle plusieurs types de commentaires. D’abord, signalons une fois encore l’attitude permanente des gouvernements, gauche et droite confondues, dont les décisions sont et seront calibrées pour répondre aux intérêts à court terme des capitalistes. Ensuite, techniquement, une unité industrielle de production d’alumine pourrait être infiniment moins polluante. Comme l’affirme le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières), il existe des solutions pour filtrer davantage les eaux résiduelles dans le cadre de ce procédé d’extraction utilisé à l’usine de Gardanne depuis 1894 et basé sur la dissolution de l’alumine provenant de la bauxite par de la soude.

La fausse alternative de l’emploi et de la nature

Mais surtout il existe au moins un autre procédé d’extraction, le procédé dit Orbite, breveté par la compagnie canadienne Orbite Aluminae qui ne produit pas de boue rouge. Au regard de cela, l’opposition entre la défense des emplois et celle de la nature paraît artificielle. Ce qui se joue à Gardanne aujourd’hui a en réalité peu à voir avec la défense de l’emploi. Il s’agit essentiellement de sauvegarder les dividendes à court terme des actionnaires d’une multinationale qui refuse d’effectuer les investissements nécessaires à une production non polluante d’alumine.

Enfin nous entendons mettre en évidence que cette opposition entre défense de l’emploi et de la nature est fondamentale pour le capitalisme car il permet de diviser en profondeur le mouvement social. Trop souvent mouvement syndical et organisations écologistes se combattent sous l’œil goguenard des capitalistes. Même si aujourd’hui la conscience des dégâts causés par le productivisme progresse, même si dans un grand nombre d’entreprises des salarié-e-s se posent des questions sur les effets de leur travail sur l’environnement, c’est pour tomber dans un profond sentiment d’impuissance.

Aussi nous devons mener un combat idéologique pour convaincre que cette opposition emploi contre écologie est profondément artificielle. Ce combat est aussi à mener dans les associations et dans les syndicats où nous militons : à chaque fois que cette question sera posée nous chercherons à tisser des liens entre celles et ceux qui luttent pour l’emploi et celles et ceux qui combattent les pollutions industrielles pour que se mette en place une stratégie commune capable de s’attaquer aux deux aspects du problème. À Gardanne, la défense d’un emploi pérenne passe par la nécessité d’imposer des investissements importants pour supprimer toute pollution de l’environnement. En dehors de cette perspective, non seulement les délocalisations s’opéreront, mais en plus il est probable que dans les pays d’accueil une nouvelle usine polluante soit construite et continue, ailleurs, à détruire la vie !

Jacques Dubart (AL Nantes)

[1] Le Monde du 30 janvier 2016.

[2] Utiliser comme matériau de remblai une matière contenant de grandes quantités de métaux lourds lessivables est susceptible d’entraîner de nouvelles pollutions

[3] Le Monde du 06 juillet 2016.

 

http://alternativelibertaire.org/?Pollution-aux-metaux-lourds-Boue

novembre 22nd, 2016

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Aux lendemains de l’incendie qui est survenu dans les Calanques le 5 septembre entre Luminy et le col de la Gineste, j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes qui connaissent parfaitement les conséquences d’un incendie dans un site naturel avec des sols pollués. Avec l’autorisation de l’auteur, voici un texte de Jean Gonella de l’association Fare-Sud ( http://www.faresud.fr/spip.php?auteur2 )

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Il convient de ne pas oublier que les incendies de forêts, provoquent force dégâts écologiques dont certains sont des pollutions persistantes des sols dangereuses pour la santé publique, cela fut catastrophiquement démontré lors des grands feux des forêt indonésiennes, ce qui n’est pas un cadeau s’ajoutant aux sols très pollués industriellement aux abords des Calanques(Legré-Mante, entre autre).

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  1. Pollutions aériennes avec retombées au sol.

Les satellites montrent les panaches d’aérosols denses qui causent une pollution ponctuelle ou chronique jusqu’à plusieurs centaines de km de leur origine. Les analyses détectent dans les fumées des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des composés organiques volatils (COV), des goudrons et des suies cancérigènes, d’autant plus que le bois était humide. On a suspecté1 qu’à proximité des mers ou après les largages d’eau de mer par des avions bombardiers d’eau, le chlore issus du sel contribuait à produire des organochlorés toxiques tels que dioxines et furanes ; or dans le cas des feux de forêt des Calanques les deux facteurs de production d’organochlorés toxiques s’ajoutent et se renforcent.

L’INERIS analysa, en 2003, les fumées de quelques feux correspondant à une surface débroussaillée de 4 m², dans une chambre de combustion de 80 m³ surmontée d’une hotte d’extraction des fumées∞ : les émission de dioxines et furanes étaient en moyenne de 10,5 ng∞ I.TEQ/kg de biomasse brûlée (de 1,0 à 25,9). Dans cette expérience, ce n’est pas la combustion des végétaux collectés près de la mer, mais celle de ceux qui étaient les plus humides qui a produit le plus de polluants (CO, NOx et COVT) et d’organochlorés. Par contre les végétaux très secs s’ils émettaient bien moins de CO et COVT en brûlant, produisaient beaucoup plus de NOx. Mais il ne s’agissait pas d’arbres vivants, et les températures n’ont pas atteint celles des grands incendies2.

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  1. Métaux lourds.

La combustion d’arbres ayant généralement bioaccumulé des métaux lourds est source de pollutions métalliques. Par exemple, le plomb répandu en forêt à la suite de son usage dans les munitions de chasse ainsi que le mercure sont particulièrement volatils à des températures déjà très inférieures à celles atteintes par les feux de forêts.

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  1. Pollution photochimique.

Les gaz émis interagissent avec les rayons solaires ultraviolets pour produire une pollution photochimique, par création d’ozone, entre autre.

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  1. Gaz à effet de serre.

Les incendies de forêt rejettent de grandes quantité de gaz carbonique. De plus, l’incendie favorise le lessivage de la matière organique des sols qui étaient une bonne partie du puits de carbone forestier. Des incendies fréquents peuvent sélectionner certaines espèces résistantes au feu et permettre une moindre restauration des sols. En 2007, ces polluants, hormis parfois le CO2 en tant que gaz à effet de serre, ne sont toujours pas comptabilisés dans les cadastres et inventaires nationaux. Pourtant, rien qu’en métropole française, de 1980 à 2000, ce sont 5 218 feux de forêt par an et 30 738 ha brûlés par an2 qui ont été sources d’une pollution de l’air non mesurée ni évaluée.

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  1. Résilience.

Les feux de forêt tuent de nombreux animaux non-volants ou incapables de fuir et ils affectent la capacité de résilience écologique de l’écosystème3

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  1. Plusieurs études ont détecté des teneurs élevées (20 pg/m3) de dioxines et furanes en aval de feux de forêts Source : Clement and Tashiro, Forest fires as a source of PCDD and PCDF, 11th International Symposium on Chlorinated dioxins and related compounds, 1991.
  2. Ineris & Ademe, Rapport sur les facteurs d’émission de polluants de feux simulés de forêt et de décharge, novembre 2004.
  3. Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, (IRSTEA),Étude scientifique sur les conséquences des incendies sur la forêt méditerranéenne.

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novembre 14th, 2016

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(suite…)

septembre 17th, 2016

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La Provence du 22 avril 2016 répercute (en la soutenant) la montée au créneau de madame le Maire de Cassis contre la vidéo tournée sur l’exutoire municipal de l’anse de Corton, et contre la communication sur les rejets d’Alteo.

Concernant la pollution municipale  à Corton, on peut, me semble-t-il, faire davantage confiance à notre ami Gérard RIVOIRE qui, lui, la constate.


Danielle Milon s’insurge contre une vidéo qui a fait le buzz sur internet et reprise par de nombreux médias nationaux à la veille de la saison touristique, montrant des rejets troubles en mer.

C’est dans l’anse de Corton que se situe l’émissaire de rejet de la station d’épuration de Cassis, et où les images de la vidéo amateur ont été tournées par la petite association d’apnéistes Nox Diving. dr

Propos choc, musique inquiétante, mise en scène à suspense… Une vidéo a circulé ces derniers jours sur internet tirant à boulets rouges sur la Ville de Cassis et sa gestion des eaux usées. Elle est l’oeuvre des membres d’une petite association d’apnéistes, Nox Diving, qui prétend ici « lever le voile sur un rejet suspect dans le Parc National des Calanques ».

Ce rejet n’est autre que l’exutoire de la station d’épuration de la ville de Cassis se déversant dans l’anse de Corton depuis… 1973. Malgré des incohérences flagrantes et une volonté affichée de faire dans le sensationnel, la vidéo a fait le buzz sur la toile, et a même été reprise dans la foulée par plusieurs médias nationaux.

Face à cette salve qui vient ternir l’image de sa commune à la veille de la saison touristique, Danielle Milon, maire de Cassis, ne s’est pas contentée d’un tweet assassin à l’endroit des auteurs de ladite vidéo. Elle a organisé hier une conférence de presse en mairie, à l’issue d’une réunion « qui devait se tenir de longue date » a-t-elle précisé, avec l’ensemble des acteurs qui oeuvrent tout au long de l’année à la qualité des eaux de baignade à Cassis.

« J’ai fait réaliser par un drone un petit film au-dessus du Corton, et de l’émissaire de la station d’épuration, pour bien montrer qu’il n’en sort pas une eau noirâtre ou verdâtre qui sent mauvais même à travers le masque du plongeur », souligne-t-elle, brandissant un bocal, rempli d’une eau en effet transparente, « prélevée, dit-elle, le 13 avril dernier à la sortie de cet émissaire ».

Une qualité de l’eau surveillée

Jean-Yves Guivarch, directeur du service Eau, assainissement et pluvial de l’ex-communauté urbaine de Marseille (maître d’ouvrage de la station d’épuration), dont fait partie Cassis, apporte quant à lui l’éclairage technique : « Les stations d’épuration du littoral ont toutes été mises aux normes par MPM entre 2003 et 2008, moyennant un investissement de 220 M€, explique-t-il, et elles utilisent aujourd’hui un procédé biologique. De plus, la station de Cassis est surdimensionnée, même l’été avec l’afflux touristique, et les bilans de mesure sur trois ans indiquent que 97 à 98 % de pollution sont retenus par la station, qui produit 200 tonnes de boues par an. C’est une station très performante qui va bien au-delà des normes imposées. »

Comment expliquer, dans ce cas, les images de la vidéo, qui montrent une eau très troublée avec de nombreux éléments en suspension ? « La seule explication technique, répond Jean-Yves Guivarch, c’est que le plongeur s’est introduit dans la canalisation par un des trous de répartition – ce qui est d’ailleurs formellement interdit, Ndlr -, et a remis en suspension des éléments qui se développent dans l’émissaire par ses mouvements. » Car les techniciens sont formels : même en cas d’incident sur la station – ce qui est exclu car le délégataire est tenu d’en avertir le maire dans les deux heures -, l’eau serait plus trouble, plus foncée, mais il est impossible que des rejets solides s’échappent de l’émissaire.

« D’ailleurs, conclut Danielle Milon, poissons et posidonies sont nombreux au Corton. Depuis 2008, nous faisons un travail énorme, toute l’année, pour la qualité des eaux de baignade – analyses de l’ARS, prélèvement d’auto-surveillance par un prestataire, surveillance de l’association Surfrider Foundation – et nous avons d’ailleurs reconquis le pavillon bleu depuis 2009. Cassis est un territoire exceptionnel, et nous nous employons à le préserver. »

 

Rejets d’Altéo : la double peine

L’importante communication, depuis quelques mois, autour de la question des rejets en mer de l’usine Alteo à Cassis entame elle aussi l’image de la petite station balnéaire, qui a eu, par exemple, à déplorer ces dernières semaines des annulations de classes de mer, au motif que les organisateurs craignaient pour la santé de ces enfants qui devaient venir de l’autre bout de la France profiter des eaux bleues et du soleil… Colère, là encore, du premier magistrat : « Je me bats depuis 50 ans contre les rejets de boues rouges, raconte Danielle Milon, et on pointe Cassis du doigt parce qu’en tant que membre du conseil d’administration du Parc des Calanques, je n’ai pas signé la pétition lancée par certains qui récupèrent aujourd’hui le travail des autres ! Je sais aussi qu’il y a 900 emplois à la clef, et que je n’aimerais pas être à la place du décideur. Aujourd’hui, la vérité, c’est que grâce au Parc on a éliminé 99,5 % de la pollution. Bien sûr ça ne suffit pas, mais c’est déjà ça. »

Frédérique Gros

 

mai 9th, 2016

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La calanquaise n°5 – printemps été 2015

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avril 21st, 2016

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La calanquaise n°5 – printemps été 2015

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avril 21st, 2016

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La calanquaise n°5 – printemps été 2015

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avril 21st, 2016

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Une vidéo diffusée sur le web révèle la triste réalité des rejets d’eaux usées aux abords de la ville de Cassis… Une bien mauvaise publicité pour démarrer la saison.

A quelques mètres sous l’eau, un nuage noirâtre s’échappe de la canalisation, attirant tous les petits poissons de la baie. Le plongeur en apnée se pince le nez devant le tuyau qui déverse une nuée peu ragoûtante. « Macro-déchets, détritus en tout genre, matière fécale… », décrit le commentateur d’une vidéo publiée en ligne cette semaine, et largement partagée sur le web.

Son auteur ? « Nox Diving », pseudonyme d’un artisan de la région, fondateur d’une association spécialisée en images subaquatiques. Sa dernière production fait grand bruit à Cassis, commune touristique des Bouches-du-Rhône, dans le Parc national des Calanques. Il a tourné ces images pendant le week-end de Pâques, à une centaine de mètres des côtes.

« On partait photographier la Grotte à corail quand on est tombé sur la canalisation de la station d’épuration qui sort à cinq ou six mètres de profondeur », raconte l’apnéiste.

« L’odeur était insupportable et on a constaté que l’émissaire [le canal d’évacuation, NDLR] déversait des particules douteuses. »

Une bien mauvaise publicité pour l’ouverture de la saison. D’autant que le Parc national est une zone protégée, soumise à des normes rigoureuses de respect de l’environnement. Rapidement, la ville de Cassis communique pour dénoncer « une fausse vidéo » réalisée  » à des fins de propagande politique ». Sur Facebook, la mairie s’écharpe avec ses détracteurs.

Il faut dire que le sujet est sensible, avec en toile de fond le scandale des « boues rouges » de l’usine Alteo, à moins de deux kilomètres de là. Les déchets de la métallurgie aluminium y sont déversés dans la Méditerranée depuis 50 ans… en parfaite légalité.

Une vidéo pour faire le buzz ?

La municipalité ne décolère pas :

« Cette vidéo est mise en scène pour nuire au Parc national et faire le buzz », estime Danielle Milon, maire de la commune.

 Communiqué sur la page Facebook de la ville de Cassis

« Nous avons le label Pavillon Bleu depuis 2011, la qualité des eaux est excellente. L’ARS (Agence régionale de santé) réalise les prélèvements obligatoires et les eaux de baignades sont vérifiées quotidiennement. En 2015, cela représente 328 analyses conformes aux normes européennes », défend la maire. Avec ses eaux turquoises et ses criques idylliques, la ville de Cassis bénéficie effectivement d’un classement « excellent » sur les données publiées par le ministère de la Santé, et la station d’épuration de la commune est conforme à la réglementation.

Une vidéo « bidon » ? Rien n’est moins sûr. La SEM (Société des eaux de Marseille), qui gère la station d’épuration, reconnaît qu’il s’agit bien des eaux usées rejetées à la pointe du Corton. Curieusement, le groupe en est même fier. Le directeur général adjoint explique ainsi :

« La canalisation est en parfait état. Elle ne constitue en aucun cas une atteinte à l’environnement. Le panache observé dans la vidéo correspond à une situation normale de la station en fonctionnement. »

Rien à signaler donc : pour la SEM, la nuée noirâtre signalée par Nox Diving est parfaitement conforme aux normes légales. C’est même le résultat d’une eau dépolluée à 95%, reflétant l’activité de toutes les stations d’épuration hexagonale.

Comme la SEM, la mairie avance aussi une autre explication : « Avec ses grandes palmes, le plongeur a dû agiter les dépôts. » Assurément.

Politique de l’autruche

Aucun problème, vraiment ? Les pêcheurs du coin ne sont pas tout à fait de cet avis. Gérard Carrodano est né dans la ville voisine, La Ciotat. « L’émissaire de Corton je le connais depuis toujours. J’y suis passé il y a trente ans et c’était déjà comme ça », affirme-t-il.

« Toutes les saloperies qu’on jette aux chiottes finissent dans les Calanques. C’est la triste réalité des rejets en mer. »

Cet ancien braconnier devenu un défenseur de l’environnement se désole : « Les pollueurs tâchent de rester dans les critères acceptables, mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas polluant ou toxique. C’est moins dangereux que les boues rouges, mais c’est vraiment tout près des côtes. »

Il a été pêcheur braconnier. Il est devenu gardien de la MéditerranéeSi la station d’épuration de Cassis a été rénovée en 2007, les collectivités reconnaissent qu’elle peut arriver à saturation lors d’affluence importante et d’intempéries. Et c’est aussi le cas de nombreuses stations méditerranéennes.Alors ne serait-il pas temps de réévaluer les normes ? Ou du moins, ici, rallonger la canalisation pour évacuer au large ? Sur ce point, la SEM botte en touche, rejetant la responsabilité sur la Communauté urbaine de Marseille, décisionnaire. Politique de l’autruche.

Elena Brunet

avril 15th, 2016

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Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Luc Leroux (Marseille, correspondant)
http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/02/26/boues-rouges-dans-les-calanques-un-blanc-seing-pour-polluer-denoncent-les-associations_4872636_3244.html
Photo prise le 08 octobre 2010 à Gardanne, de l'usine Alcan.

Le tribunal administratif de Marseille a rejeté, vendredi 26 février, la requête déposée par cinq associations de défense de l’environnement ou d’usagers du Parc national des calanques. Elles réclamaient la suspension immédiate de l’arrêté signé, le 28 décembre, par le préfet des Bouches-du-Rhône autorisant l’usine d’alumine Alteo de Gardanne à rejeter en mer ses effluents industriels. Le tribunal estime qu’il n’y a pas d’urgence à mettre un terme à ces déversements, se rangeant ainsi à l’avis du préfet selon lequel « l’interdiction à court terme conduirait à la fermeture de l’activité alors que des efforts ont été déployés ».

Après cinquante années de rejet de boues rouges dans les calanques, Alteo aurait dû cesser tout déversement au 31 décembre. Invoquant des contraintes techniques et un procédé de dépollution totale nécessitant encore six années pour être mis au point, l’exploitant de l’usine a obtenu l’autorisation de rejeter chaque jour jusqu’à 270 m3 par heure d’effluents, différents des « boues rouges » puisqu’ils contiennent 99,95 % de matières solides en suspension et 50 % de métaux en moins.

Lire aussi :   Boues rouges de Gardanne : quand l’Etat accorde des permis de polluer

« Blanc-seing pour polluer »

Pour les associations, cet arrêté préfectoral reste cependant « un blanc-seing pour polluer gratis ad vitam æternam ». Devant le juge des référés, Henry Augier, président d’Union Calanques littoral, s’était présenté, mardi 23 février, comme « le porte-parole de milliers de personnes écœurées de voir qu’on dresse un procès-verbal à un promeneur qui cueille une fleur mais que, dans le même parc national, on laisse un industriel polluer, déverser des effluents contenant des produits toxiques et indestructibles ».

L’autorisation préfectorale porte sur « un flux considérable, le plus gros flux avec celui de Cortiou [les rejets de la station d’épuration de Marseille] en Méditerranée française », avait plaidé Benoît Candon, défenseur des associations. Alteo est autorisée à rejeter dans le canyon de Cassidaigne, à 7 km au large des calanques, des effluents liquides contenant 53 substances polluantes. Pour six d’entre elles, l’usine est autorisée à dépasser pendant six ans les valeurs limites d’émissions fixées par un arrêté ministériel de février 1998. L’arrêté permet entre autres le rejet annuel de 2 880 tonnes d’aluminium, 31 tonnes de fer, 4 tonnes d’arsenic… En marge de l’audience, le PDG d’Alteo, Frédéric Ramé, a assuré que la page des boues rouges a été définitivement tournée le 31 décembre, garantissant que « l’eau désormais rejetée a été jugée non toxique. Une analyse montre l’absence de risques sanitaires sur le milieu », a-t-il martelé.

« Le Parc national des calanques est le seul parc au monde discrédité par une autorisation de polluer et de tuer la vie marine », enrage de son côté Henry Augier. Il brandit les études officielles réclamées dans le cadre d’une enquête publique démontrant que « dans la zone de rejet, la chair des poissons est contaminée avec des métaux lourds ».

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Ne pas céder à « un chantage à l’emploi »

Les opposants attendaient du juge qu’il contraigne au minimum le préfet à prendre un nouvel arrêté plus coercitif, « imposant par exemple un à deux ans pour produire des études et une solution industrielle » afin de mettre un terme à tout rejet. « L’erreur cardinale du préfet, selon Me Candon, c’est de faire confiance à Alteo. Il faut des garanties, des assurances car on risque de se retrouver dans six ans sans aucune solution industrielle. Et si, dans six ans, Alteo met la clé sous la porte, le milieu aura subi ces rejets avec des dépassements scandaleux des valeurs limites d’émission. »

Vue générale prise en 2010 du site de MangeGarri à Gardanne.

Les défenseurs des calanques avaient par ailleurs invité le juge à ne pas céder à « un chantage à l’emploi ». Alteo salarie 540 personnes et évoque 330 emplois en sous-traitance. « Si au prétexte de l’emploi, on peut polluer, ce n’est pas la peine d’avoir un droit de l’environnement, avait plaidé Me Candon. A un moment donné, ne faut-il pas dire stop ? On ne peut pas continuer cette horreur pour quelques emplois. » Evoquant le procédé industriel utilisé à Gardanne pour la fabrication de l’alumine à partir de la bauxite importée d’Afrique de l’Ouest, « un procédé industriel qui date de Zola », Me Candon estime que cette usine n’a « aucun avenir ».

« Amélioration considérable de la qualité du rejet »

Le préfet des Bouches-du-Rhône et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) se sont défendus, devant le tribunal, « de tout laxisme, au contraire… ». Le jour même de l’audience, mardi, un contrôle « inopiné » des rejets d’Alteo était en cours, confié à un laboratoire indépendant. La préfecture a dénoncé « l’amalgame des opposants qui créent une confusion permanente entre l’impact du rejet historique des boues rouges, qui a pris fin le 31 décembre 2015, et le rejet d’effluents autorisé » par l’arrêté préfectoral. Un arrêté qui, aux yeux de la préfecture, constitue, « sur le plan écologique, une amélioration considérable de la qualité du rejet ».

Si l’obligation imposée en 1996 de cesser tout rejet en Méditerranée au 31 décembre 1995 n’a pas été tenue, face au tribunal, le représentant de la Dreal s’est montré confiant dans la capacité d’Alteo à cesser d’ici six ans le rejet des six polluants dépassant les valeurs limite d’émission. « L’arrêté ne pouvait pas prévoir de diminution progressive mais les jalons sont mis pour vérifier qu’on aboutisse à une solution fonctionnelle d’ici six ans », a expliqué le technicien de la Dreal, prenant pour preuve qu’Alteo, en passant des boues rouges aux effluents actuels, « a réussi à diminuer par 3 500 la concentration des matières en suspension dans ses rejets ». Pour Alain Vidal-Naquet, avocat du groupe, « Alteo, une entreprise environnementalement et socialement responsable, a investi 27 millions d’euros entre 2012 et 2015 pour faire cesser les boues rouges. On peut en déduire qu’on peut lui faire confiance. »

La décision du tribunal ne devrait pas démobiliser les opposants. Un recours hiérarchique réclamant le retrait de l’arrêté préfectoral a été déposé auprès de la ministre de l’environnement par une douzaine de pêcheurs des Bouches-du-Rhône et du Var et par l’association Ocean Nation. La balle est dans le camp de Ségolène Royal qui a jusqu’à fin mars pour se prononcer sur cet arrêté dont les opposants à Alteo assurent qu’il a, en réalité, été dicté par le premier ministre.

mars 28th, 2016

Posted In: Ecologie, Parc National des Calanques

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