Coeur naturiste

Naturisme – Ecologie – Actu des calanques + Divers

Texte de Bruno Saurez

L’histoire peut parfois réserver des retournements de situation aussi inattendus qu’amusants. A la fin des années 20, les naturistes luttaient contre les ligues de moralité et paraissaient en avance sur les mentalités. Ils étaient les précurseurs d’un nouveau mode de vie. Après la guerre, leur philosophie était tout aussi mal comprise, mais pour d’autres raisons : ceux qui voulaient profiter de la vie, des plaisirs immédiats, épris de liberté, taxaient les naturistes de moralisme desséché ou de puritanisme excessif. Une existence sans jouissance leur semblait triste et, en raison des nombreuses restrictions imposées par une vie saine, à leur yeux les naturistes ne vivaient pas vraiment à leurs yeux ; tandis qu’à l’inverse d’autres fustigeaient leur non-conformisme face aux valeurs traditionnelles. Entre un lieu clos, comme le Sparta Club où le sifflet résonnait pour l’appel à la gymnastique collective et le puritanisme de quelques-uns, où se situaient les Marseillais ?

La discipline collective imposée sur certains terrains, comme le Sparta Club, était pesant pour les Marseillais. A l’inverse, dans les Calanques, vaste étendue naturelle et préservée, les adhérents des « Naturistes de Provence » se sentaient complétement libres, en phase avec eux-mêmes. Il n’y avait pas de tenue vestimentaire obligatoire comme dans les Clubs du Soleil ou seul le survêtement était autorisé quand il faisait frais. Sugiton, la Lèque, Port-Pin, etc., étaient leur paradis ; il n’y a pas beaucoup de règle au pays béni des dieux, le bon esprit suffisait. Ils pouvaient s’isoler s’ils le souhaitaient, boire un apéritif entre amis sans être jugés. 

Une fédération naissait, une revue nationale, « La Vie au soleil », était publiée, des Clubs du soleil apparaissaient sur tout le territoire, de grands centres de vacances voyaient le jour avec le CHM de Montalivet : c’était la consécration de leurs aspirations d’avant-guerre.

Étonnamment, beaucoup de Marseillais croiront encore longtemps que le naturisme n’est pas propre à leur région mais une lubie d’origine germanique. Les idées des naturistes commencent maintenant à progressivement gagner du terrain dans les esprits, surtout celles concernant l’hygiène du corps, la santé, le soleil et le sport. 

Vers un naturisme consumériste[1] 

En janvier 1951, dans la « Revue Indépendante », l’article « le nudisme en 1950, l’île du nu intégral » sous la signature de Robert Morche, pointe du doigt une nouvelle dérive du naturisme en France : il renvoie une image plus commercial, avec l’apparition du CHM de Montalivet. [2] Certains naturistes, plus proches d’un idéal de vie hygiéniste, pensaient que la recherche du profit était une mauvaise voie pour développer le naturisme. Beltrami affirmait même que cet argent-roi était contraire aux valeurs naturistes. Cependant, la majorité des naturistes marseillais ne se soucient pas encore de cette nouvelle tendance : ils sont tranquilles dans leurs criques isolées en bordure de mer, et ne ressentent pas le besoin de faire autant de route pour découvrir le centre héliomarin de la côte aquitaine. Le Levant devient un véritable lieu de « pèlerinage naturiste » [1]. Les 3.000 touristes qui firent la traversée pour l’élection de la Miss Levant de l’été 1959, Melle Maïké, jeune allemande de 18 ans, laissaient bien perplexes les naturistes calanquais. Rien n’égalait en fait leur tranquillité.

Ils avaient tous en mémoire les articles cinglants de la presse régionale d’avant-guerre et voyaient toute intrusion de journalistes dans leur petit monde comme un risque potentiel. Malgré l’inconfort et l’isolement de l’île du Levant, les naturistes Provençaux aimaient beaucoup cette perle des Îles d’Or. René Fize, président des NDP, y passera de longues journées à peindre et à dessiner ; un de ses tableaux représentant la Plage des Grottes sera publié en 1958 dans un numéro de « Nudisme et santé ».Habitués à fréquenter les calanques, lieux ou les commodités sont inexistantes, ils s’adaptaient parfaitement à l’absence d’électricité, aux difficultés d’amener l’eau potable ou aux conditions sanitaires. 

Albert Lecocq affirmait dans « La Vie au Soleil » en mai 1951 : « L’île du Levant n’est pas le Touquet, ni Deauville ; les naturistes ne souhaitent d’ailleurs pas qu’elle le devienne. Le vrai naturiste qui recherche la vie simple, forte, un peu sauvage, découvrira l’île comme l’Eden du XXesiècle. »


[1]      Terme affectueusement employé par Albert Lecocq dans l’éditorial de La Vie au Soleil, 15, mai 1951


 [BS2]Le CHM a été géré par des bénévoles jusque vers 1965

janvier 29th, 2020

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Afin que les expositions au soleil soient le plus bénéfiques possible, la nudité intégrale était de mise. Les hommes devaient comprendre que la peau a besoin de lumière, d’aération et de vêtements légers. Un maillot mouillé provoque un refroidissement des parties du corps recouvertes alors que la peau nue, en étant exposée au soleil, se réchauffe. Quand le maillot est parfaitement sec, c’est l’inverse qui se produit. Ces sensations contradictoires envoient deux informations distinctes au cerveau : il arrive qu’on ait la chair de poule alors qu’il fait chaud, la thermorégulation s’avère impossible. N’ayant pas les bonnes informations, le cerveau n’alerte pas du coup du soleil qui se prépare, car on ne le sent pas forcément avec l’humidité du maillot. Aujourd’hui, nous savons que l’action refroidissante sur le sexe et le bas ventre déséquilibre la circulation sanguine et empêche de bien sentir la chaleur près des élastiques. Ce phénomène naturel se nomme le « principe de la gourde », qui veut qu’un corps revêtu d’un tissu mouillé s’acclimatera moins vite qu’un corps intégralement nu à la température ambiante.

La thermorégulation est une capacité naturelle que nous avons réduite à néant sous le poids de nos vêtements et de nos coutumes. La thermorégulation est un phénomène biologique que l’on retrouve chez tous les animaux à sang chaud. Poucel insistait sur le fait qu’en premier lieu, c’est notre peau, et non nos vêtements, qui nous permet de nous adapter aux changements de température. 

Quand il fait chaud, les pores s’élargissent pour laisser la sueur s’évacuer. Cette humidité permet, avec l’action de l’air, de rafraîchir le corps. Quand il fait froid, les pores se contractent et la peau se réchauffe grâce à un petit muscle situé à la racine de chaque poil : sous l’action du froid, ce muscle se gonfle et fait ressortir la peau pour créer une petite bosse à la surface, c’est « la chair de poule ». Dans un premier temps, la surface exposée au froid est moins importante. Puis, sous l’action du sang dont ces petits muscles sont gorgés, ils emmagasinent de la chaleur qui est naturellement transmise aux poils, qui eux-mêmes la diffusent à la surface de la peau. Dans un troisième temps, des frissons involontaires surgissent ; ces légers tremblements ont aussi pour effet de réguler la température du corps, et en premier lieu la région du cœur. Ils sont aussi une alerte pour nous inciter à rapidement trouver une solution pour nous réchauffer.

1965.02 – Verso de la couverture de Freies Leben

janvier 21st, 2020

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janvier 10th, 2020

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janvier 6th, 2020

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janvier 5th, 2020

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janvier 2nd, 2020

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janvier 1st, 2020

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