Coeur naturiste

Naturisme – Ecologie – Actu des calanques + Divers

Photo ci-contre extraite de « Sonderheft 5 – Mittelmeer 1967 ».

On a déjà dit et écrit très souvent que le Portugal est un pays charmant et charmeur. Ses paysages sont riches de couleurs et pittoresque, surtout dans le Nord. Ils font penser aux descriptions que l’on trouve dans les contes de fées. Les petits jardins d’orangers nichés dans des creux de la montagne multicolore, les cascades en zig-zag où coule une eau pleine de soleil sont bien de nature émerveiller.

Une des filles fabuleuses des contes de notre enfance surgirait d’un tel cadre qu’on n’en serait pas étonné. Mais retenons notre imagination, et voyons la vie, telle qu’elle est, afin d’en venir au point de vue naturiste, ce qui est notre propos.

En ce pays favori de la nature, une population souriante et douce, au teint bronzé, vit lentement. Des hommes, coiffés des mêmes chapeaux de feutre, des femmes, avec en équilibre sur la tête, de lourds paniers de denrées, vont et viennent sans hâte, la plupart du temps pieds nus.
Ces aspects, très couleur locale sont moins fréquents dans le sud, ainsi qu’en grande ville, où il est, en principe, interdit d’aller pieds nus.

Le français ne se sent pas tellement étranger, en ce pays où règne la propreté; exception faite des quartiers populaires de Porto qui sont la tare de cette grande ville moderne, la  » ville travail  » comme on l’appelle ici. Les trains sont propres, et le voyageur venant d’Espagne est agréablement surpris.

On trouve partout le livre français. A Lisbonne, à Porto, à Coimbra, la ville universitaire, on parle fréquemment le français, enseigné à l’école et à l’Université.
Le Portugal est un paradis pour les amateurs de fruits, naturistes ou non, et aussi pour les campeurs, malgré la tradition à braver. En effet, les regards réprobateurs condamnent toute femme qui ose se promener en short. Le sentiment religieux ici, à base de tradition, de fatalisme et même de fanatisme ( reste de l’influence arabe) est un frein puissant à tout progrès. On est souvent étonné de ce qu’il produit dans le domaine social. Par exemple, l’action catholique fait campagne pour qu’à l’école, on sépare les filles et garçons à partir de l’âge de cinq ans au lieu de six jusqu’alors. Mais ce même mouvement tolère et admet par son silence l’existence d’une multitude de maisons de femmes fréquentées régulièrement et au grand jour par la plupart des jeunes gens.

Il est vrai que ces derniers ne peuvent avoir aucune relation avec les jeunes filles sans qu’il y ait officialisation immédiate et fiançailles qui les lient définitivement. Il n’est pas possible, pour une femme, même accompagnée de son mari, d’aller au café sans causer un véritable scandale. On ne peut se baigner qu’avec le « complet maillot », comportant pour les hommes une demi-jupe obligatoire sur le devant; sauf sur une certaine plage des environs de Lisbonne, fréquentée par le corps diplomatique, qui bénéficie d’une surveillance policière moins serrée, pour permettre à ces personnalités de se baigner tranquillement. Pour finir, ne disons rien de ce qui se passe dans certains yachts ancrés dans la baie du Tage, et fort bien fréquentés.

Photo extraite de « Sonderheft 13 – Mittelmeer », 1967

Cette situation découle des exagérations d’une morale atteinte de fixisme, non pas dans des principes qu’elle n’a pas, au sens où on l’entend chez nous, mais dans des aspects qu’elle impose. Et pourtant, à l’opposé de tout cela, et comme pour nous le faire oublier, le bon cœur de l’hospitalité des Portugais ne donne nullement l’apparence d’être superficiels. Chez les gens du peuple, comme chez les autres, on se met totalement et avec joie au service du nouveau venu. Qu’on le connaisse ou non, on l’aide, on l’invite, on l’interroge, en un mot on l’accueille. Ceci est bien le propre de la mentalité des Portugais, puisqu’on retrouve ce même sens dans l’hospitalité au Brésil, qui a été colonisé par eux.

Souhaitons que ce qu’on appelle le progrès, ne supprime pas, comme il a commencé de le faire au Brésil, le sens de l’entraide fraternelle et anonyme que j’ai tant apprécié.

Évidemment, le naturisme intégral ne peut pas avoir d’existence légale. De plus, dans un pays de vignerons et de pêcheurs, on conçoit qu’il est difficile d’avoir même seulement une alimentation naturiste. Seuls les dirigeants de la Société de Naturologie de Lisbonne sont capables d’une telle discipline, et il faut les en féliciter. Grâce à leur dévouement, la Société Portugaise de Naturologie, l’unique association naturiste autorisée par le gouvernement peut faire une active propagande en faveur d’une alimentation plus saine. Mais les médecins n’ont pas le droit de faire partie de cette association (clause statutaire imposée par la loi), et, quoiqu’on pense, ceci est un inconvénient qui gêne son développement.

En ce qui concerne les bains d’air, d’eau et de soleil en gymnité, les rares personnes qui les pratiquent (j’en ai rencontré une) doivent le faire avec beaucoup de précautions, et dans des endroits plus isolés. Aussi, un mouvement naturiste intégral n’a aucune chance de succès au Portugal actuellement, et cela est grave pour la santé du pays.

Pourtant, il y a un espoir de renouveau du côté du camping, qui est assez développé. Grâce à des dirigeants actifs et fervents du camping, la Fédération de Camping est né, et prend de plus en plus d’importance. Des maisons-abris ont été installées un peu partout dans le pays, et surtout au bord de la mer, pour le camping d’hiver. Et de plus en plus, les jeunes de ce pays délaissent le café pour faire leurs premiers pas vers la nature.

S’ils le font au début en conservant les défauts de la ville : tabac, vin, viande et alcool, ces défauts sont tout de même un peu atténués par la vie dans une ambiance naturelle. Et c’est à partir du camping que l’on peut espérer, ici, une transformation du genre de vie. Celle-ci doit se faire dans le sens d’une libération de préjugés néfastes par leurs conséquences, d’une amélioration des mœurs par une morale plus rationnelle, en résumé d’une vie plus saine physiquement et mentalement.

Pour conclure, on ne peut que conseiller d’aller rendre visite aux campeurs portugais. Le Portugal, petit pays, grand par son passé, étonnant et souvent paradoxal, sait malgré tout retenir le voyageur et l’enchanter. Et en allant au Portugal, les campeurs français serviront une double cause, celle de leurs porte-monnaie et celle des campeurs portugais.

L’accueil chaleureux qu’ils recevront de tous leur permettra d’en rapporter le meilleur souvenir, sinon de la nostalgie, et d’y conserver de nombreuses amitiés.

Robert d’Aslonnes

Societade gimnica Portuguesa- vivre intégralement - 3éme trimestre 1933

Photo extraite de « Vivre », 3éme trimestre 1933

Autre article sur le Portugal sur ce blog :
http://my.opera.com/progmarseilleman/blog/naturisme-au-portugal

octobre 15th, 2013

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(ci-contre, photo de l'Ayguade vers 1954). Une campagne de dénigrement est actuellement menée à l'étranger à l'égard de l'Ile du Levant. Le fait en lui-même n'est pas pour nous surprendre; la perle naturiste des iles d'or devait créer des jalousies. Mais si certaines critiques sont fondées, il est de notre devoir de les signaler dans le but, d'une part d'inciter nos édiles à parer aux insuffisances et, d'autre part, d'avertir le public des nouveaux estivants des petites incommodités qu'ils pourraient trouver en arrivant pour la première fois dans l'ile.

Les nombreux articles élogieux, ainsi que l'excellent "guide" de notre ami Audebert, ne surestiment pas le charme et la beauté du l'ile du Levant qui, plus qu'un centre de vacances, est devenue un véritable lieu de pélérinage naturiste La mauvaise humeur de quelques visiteurs étranger s'explique difficilement; l'enchantement de l'ile devrait faire oublier quelques imperfections.

Un de nos correspondants, dans une longue lettre, d'ailleurs très objective, fait le point; il cite "la déception exprimée par certains campeurs britanniques à propos de l'état sanitaire". C'est ainsi que beaucoup de gens ne se doutent pas qu'ils devront se priver de certaines notions de confort du "civilisé".

" On sait que l'on peut s'embarquer au Lavandou ou aux Salins d'Hyères mais sur quels bateaux? Si j'en crois des amis de la Côte Varoise, il s'agirait plutôt de vedettes ou grosses barques à moteur, matériel assez fatigué, dépourvu du minimum (obligatoire) d'engins de secours, aptes sans doute à faire convenablement la traversée par mer calme, mais dangereux à utiliser par gros temps. Il n'y a heureusement jamais eu, je crois, d'accident de trajet; la Méditerranée n'a cependant pas été exempte, ces derniers temps, de naufrages de barques qui ne s'aventuraient même pas en haute mer. On ajoute que l'impression de peur (bien naturelle) que laisserait chez des enfants une traversée d'une heure tant soit peu mouvementée, pourrait être de nature à gâcher en partie les souvenirs de vancances. Serait-il vrai que les moyens de transport en service laisseraient autant à désirer? Il a été fait allusion à cette question dans l'article de Hans Hagen, dans la revue danoise "Sun and Health", où il est dit que le "small motor¬boat is really tossed about in the blustering mistral !
Est ce qu'en ces parages une mer agitée serait de règle ?
Si oui, est-il exact que certains bateaux seraient en service sans posséder l'agrément des Services de la Navigation pour le transport des passager ? "

Comme on le voit, c'est surtout de l'étranger que nous viennent ces nombreuses interrogations. Dans l'intérêt du tourisme naturiste, il est nécessaire d'y répondre franchement et, si besoin est, de prendre toutes les mesures qui s'imposent.

"II n'y a pas que des campeurs qui se rendent à l'ile du Levant, le "Guide" donne des indications sur les possibilités de logement, on y lit que le téléphone relie l'ile du Levant au continent, mais nulle part il n'y est question de l'électricité: sans doute peut on s'en passer, elle incite trop de gens à installer des postes de T.S.F., mais nombreux sont en France (et davantage à l'étranger) ceux qui ont pris l'habitude du rasoir électrique. N'y a t-il pas d'électricité à l'ile, comme le laisse entendre la revue danoise déjà citée ?"
Non, il n'y a pas d'électricité, reconnaissant qu'en signalant d'avance cette incommodité aux visiteurs, on leur permet de s'en prémunir
"Le Guide indique plus spécialement à l'intention des campeurs qu'il n'y a point de vipère dans l'ile Or, dans un reportage paru dans "The Naturist" ou "Health and Efficiency", il était incidemment question d'un serpent veinimeux découvert par un chien. Qui a raison? Probablement Awdebert, si ce n'était en réalité qu'une couleuvre".

En effet. Audebert a raison, il n'y a pas de vipère dans l'ile, mais on y rencontre parfois des couleuvres assez longues, mais certainement inoffensives. On trouve bien dans les endroits rocheux de petits scorpions qui ne semblent pas très agressifs; leur piqure ne provoque généralement qu'une légère fièvre. Autrement dangereuses sont les murènes attaquées par le pêcheur sous-marin, ou la piqure d'arrête de la rascasse.

" A l'ile du Levant tout est pris d'assaut des mois à l'avance, auquel cas foin des guides, des articles alléchants, si, à moins d'être campeur on ne peut espérer que passer une journée sur l'ile, en devant aller se loger à l'ile voisine de Port-Cros ".

Construction du port de l'Ayguade – 1949 (débarquement de sables)

Là, nous ne suivons pas notre correspondant. Il n'est pas un estivant, désireux passer ses vacances sur telle plage, qui ne s'enquiert au préalable d'un lieu d'hébergement. Il existe dans ce but des agences et des syndicats d'initiative.

L'ile du Levant n'est pas le Touquet, ni Deauville, les naturistes ne souhaitent d'ailleurs pas qu'elle le devienne
. Le vrai naturiste qui recherche la vie simple, forte, un peu sauvage, découvrira l'ile comme l'Eden du XX° siècle, même s'il ne peut se servir d'un rasoir électrique. S'il est utile que les éléments d'inconfort de l'ile soient connus, voila qui est fait. Et s'il n'y a pas d'autres inconvénients que ceux cités, l'ile du Levant est, dans le genre, voisine de la perfection.

ALBERT LECOCQ
– Directeur de la revue La Vie Au Soleil

Merci à Frederic Capoulade pour les photos jointes ici à l'article qui ne proviennent pas de l'article d'origine.

octobre 15th, 2013

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Visitons aujourd’hui AIR ET SOLEIL – Un reportage de Guy Gruyer
La Vie au Soleil N° 15 – Mai 51

Nous quittons la route de Pontoise entre Sannois et Franconville. Sur notre gauche, un chemin rocailleux qui monte en pente douce pour revenir très accentuée, vers le moulin de Sannois, juché « là-haut sur la colline », curiosité touristique de l’île de France (162 mètres). Encore un raidillon et nous voici, à flanc de coteau, sur les terres de M. Rozée, Président-Fondateur de la Société Air et Soleil, avocat à la Cour d’appel d’Alger. Une maison en pierre meulière, dans le style manoir, de belle allure et ses dépendances ordonnées, une accorte fermière, une nichée de chiens de garde, une vache paisible au bord du chemin, des domestiques qui se rendent, bourgeron sur l’épaule, dans les champs et vergers, un camion de fruits et de légumes qui descend en marche. L’endroit est charmant et pittoresque. Nous sommes à la campagne. Une porte à pousser et nous voici dans la pénombre des cèdres majestueux de l’avant-stade, heureuse transition vers le stade gymnique, qui domine toute la plaine : le Gros Noyer, Taverny, Eaubonne, Saint-Leu et derrière, la forêt de Montmorency. Sur l’extrême-droite : Enghien. A l’opposé, dans la brume, se perd la vallée de l’Oise. Aucune cheminée d’usine. L’air est pur, sain, vivifiant. Nous tournons le dos à Paris, qu’on imagine difficilement à 13 kilomètres seulement.

Du terrain nu du début, il ne parait plus. Bien délimité par une altière rangée de sapins, on ressent immédiatement le naturel équilibre de ce coin de terre : des massifs de fleurs, des haies, des lilas et de roses, une abondante verdure, un heureux arrangement, souvent spontané, parfois méthodique, de groupes d’arbres, font avec bonheur des terrains aménagés : deux terrains de volley, un baskett, un deck-tennis, un jeu de boules, des terrains de camping, les deux piscines, l’une de 7*14, l’autre de 3*14 pour les enfants, un terrain équipé pour l’athlétisme : barre fixe, barres parallèles, sautoir, poutre d’équilibre, portique à agrès et piste de course.

Mais bien que la beauté du site pourrait inviter à la rêverie, il ne semble pas que la contemplation empiète sur le sens des réalités. Visiblement, on est soucieux à Air et Soleil de terrains propres, bien tracés, d’un matériel de jeux en bon état, de poteaux peints en blanc, de dépendances : vestiaires, réfectoires, hangar-abri, aussi ordonnées et aussi confortables que le standing de la Société le permet. Aussi les fidèles du stade sont nombreux tout le long de l’année, hiver comme été.
Il est naturel qu’Air et Soleil reflète la courbe ascendante du mouvement gymnique : de 28 adhérents à sa création, en 1931…325 en 1950. Que de chemin parcouru depuis la petite équipe initiale. Il convient de noter la part qui revient à M. Lecocq, ancien Secrétaire d’Air et Soleil et actuel Président du Club du Soleil, et notamment aussi au Pasteur Huchet, décédé en 1949, qui veillèrent, le premier avant, le second durant et après la guerre, sur les destinées de l’Association.
L’indépendance totale qui est de règle à Air et Soleil n’empêche pas d’apprécier et d’approuver les activités des autres groupements naturistes avec lesquels, il se flatte d’entretenir de cordiales relations.

Photo extraite de la Vie au Soleil – 8 juin 1950

Si le cadre du stade conquiert immédiatement, il est une chose plus subtile et pourtant bien réelle : c’est l’esprit de la société et son ambiance. Ambiance sympathique, familiale, qui se dégage surtout et souvent de façon bien imprévues lors des weekends, lors des veillées, organisées ou non. L’intellectuel côtoie l’ouvrier, et le patron l’employé. Il y a leurs discussions amicales. Il leur arrive d’être associés dans les mêmes chants du samedi soir, et d’écouter avec attention une camarade qui récite des poèmes, et c’est sans doute en ces moments, qui sont peut-être rares, mais qui pourtant existent, qu’on discerne ce qu’on peut appeler l’esprit de cette Société. Aussi l’idée était proche d’essayer de porter, sans effrayer personne, un peu de méthode dans ces manifestations et ainsi est née l’organisation annuelle de la fête d’hiver d’Air et Soleil qui est attendue avec impatience par tous. Ainsi nos camarades, poètes, comédiens, chanteurs et diseurs ont réussi cette année-ci une très belle fête, et nombreux sont ceux qui y ont vécu un moment de vraie poésie.
Nous voulons à Air et Soleil, nous y-a-t-on-dit, créer une vie collective, être jeunes et vieux, des frères d’élection combattre, en nous appuyant les uns les autres, la solitude de l’homme. Notre collectivité semble être sur le bon chemin pour atteindre le résultat appréciable de libérer l’homme par le contact collectif physique et moral. Que ceux qui ignorent ces joies pures et bienfaisantes viennent chanter avec nous :

« Allons donc là-haut chez Maitre Pierre,
A Sannois tout près du Moulin,
Dans l’odeur fraîche des bruyères
Venez voir si on y vit bien.
»

Guy Gruyer

*******

Les photos insérées dans cet article ne sont pas d'origines. Elles sont là pour rendre la lecture du topic plus agréable.

Le camping existe toujours : http://www.airetsoleil95.com/

août 8th, 2013

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Les photos sont extraites de "Nudisme et santé" N°2 mars 1958

Nous avons eu ces jours-ci le rare plaisir de recevoir des nouvelles directes du mouvement naturiste en Chine. La lettre dont nous allons vous faire part émane du Président de la Honk Kong Sunbathing Association, M Lanepart, homme dynamique de 57 ans, originaire des Pays Baltes, qui fonda, il y a quelques vingt ans, en 1932, la Société Nudiste de Hong Kong.
Vous verrez qu'il n'est pas sans mérite de pratiquer le nudisme en cette période troublée que traverse actuellement la Chine.

Ainsi on risque beaucoup de quitter le port en ce moment, car on peut être attaqué et enlevé par les pirates qui pullulent dans les eaux voisines, et qui, non seulement pillent et emportent le matériel et le bateau, mais aussi capturent équipage et passagers qu'ils ne délivrent, qu'aprés de longues semaines et souvent plusieurs mois, et contre rançon.

Mais la crainte des pirates n'est qu'un des obstacles qui s'opposent au voyage qu'ils doivent faire à leur petite île où ils pratiquent le nudisme. Voyez plutôt:
"Je ne vous ai pas donné de mes nouvelles depuis bien longtemps, principalement en raison des difficultés que nous avons à aller dans notre île et qui nous ont obligés à nous réunir le plus souvent à notre centre qui est toujours dans ma propriété. Aussi, bien des réunions ne sont elles pas aussi suivies qu'auparavant. Nous avons eu en effet un printemps et un été exceptionnellement pluvieux avec du vent et des conditions atmosphériques défavorables qui ont gâté nos dimanches et nos vacances. Quand enfin nous espérions pouvoir aller dans notre île, qui est environ, en bateau à moteur, à une heure et quart, ou une heure et demi de la côte en raison de trés fortes marées dans les eaux de Hong Kong, le gouvernement de Hong Kong a brusquement interdit l'utilisation de tous bateaux à moteur, qu'ils soient pour le commerce ou pour l'agrément, sans aucun doute pour des raisons politiques d'une part, et d'autre part pour éviter le trafic d'armes et d'essence et le trafic d'or entre Honk Kong et Macao ainsi qu'avec la ville communiste de Canton.
La nouvelle loi qui est encore plus sévère précise, qu'on ne peut utiliser aucun bateau à moteur, si petit soit-il, pas même une barque avec moteur auxiliaire, sans avoir à bord un capitaine diplômé par le gouvernement, et même un ingénieur diplômé. De sorte que l'utilisation de ces bateaux, qui était extrêmement répandue, s'est trouvée brusquement suspendue, car parmi les sportifs et les petits pêcheurs, personne n'avait les certificats requis, ni les capacités ou le temps pour suivre les études et passer les examens. Nous avons dû enlever notre moteur, grosse et lourde machine, et rétablir la voile et, si besoin, les rames. Lors de notre dernière sortie, nous nous étions embarqués, des jeunes femmes, quelques chinois et moi et nous restâmes un jour entier à la voile. Il commença bientôt à pleuvoir à tel point que nous fûmes trempés comme des soupes, puis le vent cessa; nous nous reposâmes un peu et nous dûmes prendre les rames puisque nous n'avions plus de moteur.
Finalement, la mer et le vent se liguèrent contre nous et nous ne pûmes continuer la traversée. Nous étions si trempés et si fatigués que nous décidâmes d'arrêter là notre excursion et de rejoindre la côte la plus proche. Lorsque nous l'atteignîmes, nous jetâmes l'ancre pour le restant de la journée et nous regagnâmes nos domiciles par la terre, extrêmement fatigués et quelque peu démoralisés.
Comme personne ne pouvait rester toute la nuit sur le bateau et que le lendemain tout aurait été volé, nous nous arrangeâmes avec une personne de la côte et nous transportâmes à bras le matériel du bateau dans sa cour, afin qu'il soit en sûreté jusqu'au lendemain matin, où nous espérions pouvoir reprendre notre excursion.
Cependant, le lendemain, nous étions si fatigués par notre randonnée en mer de la veille qu'à la demande des dames, l'excursion fut abandonnée. Le bateau resta ainsi à l'ancre trois jours, mais le troisième jour un vent violent se leva, le bateau rompit ses amarres et s'en alla à la dérive dans les rochers. Dés que j'en fus averti nous arrivâmes avec un ami, après notre travail au bureau, pour sauver le bateau. A la fin, nous réussîmes à l'atteindre et nous essayâmes de le dégager des rochers, mais il s'éventra sous nous et coula non loin de la côte. Nous restâmes quelque trois heures dans l'eau jusqu'à la ceinture pour le pousser à la côte vers un lieu sablonneux et sec où il fut attaché en sécurité à moitié immergé.
Le jour suivant, nous le transportâmes en cale sèche où il est encore, et je me demande si je le ferai réparer où si je le vendrai comme épave.
Heureusement que tout le matériel, voile, mât, cordes, etc, ainsi que les objets personnels ont pu être sauvés.
Bien que l'on trouve une quantité d'annonces de gens qui veulent vendre leur bateau puisqu'ils ne peuvent s'en servir sans moteur, je me demande si je dois préparer les examens du gouvernement, faire des études importantes et prendre un professeur, tout cela pour pouvoir retourner sur notre île
".

Comme vous le voyez, organiser une sortie pour nos amis nudistes de Hong Kong n'est pas une aventure de tout repos; il est incontestable qu'il faut avoir comme eux, le feu sacré pour ne pas être découragé par une telle odyssée.

Puis notre correspond nous parle des gens de Hong Kong, qui ne sont pas très rassurés par la guerre qui se rapprochent d'eux et dont beaucoup de familles partent vers l'Australie, l'Amérique ou l'Afrique du Sud, tandis qu'un grand nombre d'Européens et aussi de Chinois sont enrôlés dans une espèce de milice locale pour être éventuellement utilisé en cas d'émeute ou de guerre, ce qui évidemment n'est pas fait pour favoriser le développement des idées sportives et nudistes.
Il nous dit aussi la difficulté qu'il a à faire admettre par certains Chinois, même très évolués, les idées nudistes, à part quelques uns notamment à son domicile, qui est une véritable forteresse du nudisme, ou tout le monde: lui-même, son personnel domestique Chinois (une femme, sa grande fille et le petit frère) auquel s'adjoignent quelques amis chinois des deux sexes et une famille européenne, vivent le plus souvent nus pendant les heures de détente.

" Partout où je vais, je parle du nudisme aux hommes et aux femmes et je vois parfaitement que prochainement le nudisme fera dans cette région des progrès même si à l'heure actuelle les gens ne sont pas ouvertement préparés à se joindre. Ils reconnaissent ici le nudisme comme quelque chose de légal et de nullement indécent, sauf, cependant, les vieilles familles chinoises qui le considèrent toujours comme "impoli".

En principe, les hommes sont pour, et les femmes généralement contre, surtout par timidité; et beaucoup de chinois même ne comprennent pas encore le vrai sens du nudisme et pensent qu'il doit être surtout intéressant d'y rencontrer des filles nues. Ils voudraient bien venir dans notre club, mais en aucun cas ne tiennent à ce que leur femme ou des membres féminins de leur famille y viennent. Invariablement leur réponse est que les coutumes chinoises ne le permettent pas.
Mon meilleur moyen de propagande est encore les revues nudistes qu'ils peuvent lire et qui leur expliquent la mentalité européenne progressiste, sportive et ouverte à une conception d'un nudisme décent."

Il termine sa lettre en souriant et en nous confiant que les Chinois l'ont appelé FEI-LO, qui veut dire, "le gros homme" est qui est un nom d'amitié.
Souhaitons à ce lointain et ardent propagandiste du nudisme toute la réussite que mérite ses efforts et qu'il soit assuré de nos encouragements et de tout notre sympathie.

Pour plus de renseignements, voici un site en anglais sur ce précurseur du naturisme à Honk Kong.
http://brianedgar.wordpress.com/2012/11/12/herbert-edward-lanepart-2-bringing-nudism-to-hong-kong/

juin 2nd, 2013

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Le mouvement naturiste aux Etats-Unis par Robert Sarrian (LVS n014 – avril 1951)

Le mouvement nudiste parut aux Etats-Unis en 1929, soit vers l'époque où la doctrine commençait à être connue en France et dans d'autres pays. L'initiateur en fut un allemand naturalisé américain, M. Kurt Barthel, qui fonda la première société gymnique. "The American League for Physical Culture". Ce groupe ne comptait, à l'origine, qu'une douzaine d'adhérents, dont seulement trois dames.
Ci-joint, une photo de Kurt Barthel.

L'année suivante, deux jeunes époux, Mr. et Mrs Frances et Mason Merril, de New-York, publièrent un livre intitulé: "Among the nudists", où ils relataient leurs visites à différents centres de libre culture, en Allemagne, au Sparta-Club, en France. Cet ouvrage, qui porta la question du nudisme devant le grand public américain, fut suivi d'un autre, en 1931 : "Nudism comes to America", Les auteurs, ne se contentent plus d'un simple récit de voyage et d'impressions, exposaient et préconisaient ouvertement les principes de la gymnité intégrale. Différents volumes sur le même sujet parurent en même temps, et un ancien clergyman, le Dr Isley Boone, fonda la revue "The Nudist".

Tout d'abord, les nudistes américaines jouirent d'une liberté presqu'absolue, peut être due à l'étonnement dans lequel leurs théories plongeaient l'ensemble du public. Un raid, exécuté par la police au gymnase de " l' American League, n'amena qu'une ordonnance de non-lieu. La presse s'occupa de la question, et l'attitude des journaux indépendants, tels que le " New – York Times ", fut plutôt sympathique. Les nudistes, disait-on en substance, pouvaient avoir des idées bizarres, s'opposant aux conventions et habitudes universellement admises jusqu'à présent, mais, l'Amérique étant le pays de la liberté, on ne pouvait que laisser ces gens-là tranquilles, aussi longtemps qu'ils restaient invisibles dans leurs camps, et ne causaient aucun scandale.

Mais la légendaire pruderie américaine, quoique beaucoup moins féroce qu'autrefois, restait vivace. Des groupes nudistes s'étant formés à New-York, Chicago, Philadelphie, Baltimore, San Francisco, etc., des "anti-nudity leagues" se créèrent. Les sociétés moralisatrices s'émurent, demandèrent des sanctions. Si certaines confessions protestantes fermaient les yeux devant les progrès du nudisme, l'église catholique se posa immédiatement en adversaire impitoyable de ces théories audacieuses. Les catholiques, aux Etats-Unis, ne sont qu'une minorité assez faible, – 20 millions d'habitants, ¬mais, bien organisés, disposant de ressources financières considérables, et solidement tenus en main par leurs évêques, ils exercent une dictature de fait sur les mœurs, la morale, le théâtre et le cinéma, voire même sur la littérature et les arts. Des raids, suivis d'arrestations, eurent lieu. Divers magistrats ayant relâché les nudistes amenés devant eux, furent réprimandés ou déplacés. Un professeur de Chicago, président d'une société gymnique, subit trois mois de prison. Deux jeunes institutrices pennsylvaniennes furent révoquées pour avoir fréquenté un camp de libre-culture. En 1934, Mr Alfred Smith, ex-gouverneur de New-York, et chef politique des catholiques américains, fit voter, par surprise, une loi interdisant la pratique du nudisme dans l'état de New-York. Plusieurs autres états suivirent cet exemple, ou bien, sans prohiber absolument le nudisme, l'entravèrent par des tracasseries et des vexations. Toute la presse religieuse entama une furieuse campagne contre "ce culte obscène", tandis que les journaux Hearst déversaient une grêle de sarcasmes sur "les idiots qui voulaient rabaisser l'homme au rang des singes", La vente du magazine "The nudist" fut interdite dans de très nombreuses villes.

Délégation Américaine à Montalivet en 1953

Il faut avouer, d'ailleurs, que certains nudistes avaient quelque peu provoqué, par leurs excentricités, cette réaction puritaine. Il en est souvent ainsi aux Etats-Unis, où les emballements montent très vite jusqu'au paroxysme, et ne connaissent plus de bornes. Un jeune homme et une jeune fille de Chicago, véritables fanatiques, s'étaient mariés nus, se dépouillant de leurs vêtements devant le magistrat chargé de la cérémonie, et qui était lui-même, du reste, un sympathisant. Ailleurs, des gens s'avisèrent de commercialiser le nudisme, et ouvrirent des parcs de libre culture, où n'importe qui pouvait entrer, moyennant deux dollars: un parc de cette nature existait à l'Exposition de San Diego, en Californie, et les honneurs en étaient faits par des jeunes filles, nues de la tête aux pieds, et qui montraient aux visiteurs les terrains de jeux, les dortoirs, les chalets, le réfectoire, la piscine, etc.

Dans le New Jersey, où les colonies jouissaient, et jouissent encore, de la plus grande liberté, des nudistes trop zélés adoptèrent une attitude provocante envers les villageois voisins, et faillirent, par leur maladresse, amener les autorités du New Jersey à interdire la libre culture sur le territoire de l'état. D'autres commirent la grave erreur de vouloir identifier le nudisme à des doctrines politiques et sociales. Enfin, les dissensions, les jalousies, les questions de personnes entre les diverses sociétés, et les querelles intestines entre membres des mêmes clubs, causèrent un tort énorme au mouvement.
Après avoir réalisé des progrès rapides, et fait l'objet d'études, – pour ou contre – dans les revues et journaux les plus sérieux, le nudisme américain marqua une indéniable régression, pendant laquelle ses partisans se terrèrent, attendant des jours meilleurs. Plusieurs associations cessèrent d'exister, d'autres, réduites à cinq ou six fidèles, continuèrent à se réunir, mais très secrètement, comme si elles voulaient se faire oublier. Le nudisme, disaient les rares journaux qui publiaient de brèves nouvelles sur la question, avait été un engouement passager, destiné, comme toutes les modes, à une prompte disparition.

Toutefois, il semble que depuis trois ans, le nudisme américain remonte la pente. L'auteur de ces lignes, ayant appartenu au "Green Forest Club", de Washington, a pu constater que d'anciens adhérents, après avoir quitté le groupe, soit par lassitude des chicanes continuelles, soit par crainte des sanctions policières, y revenaient, et amenaient de nouveaux adeptes. Dans l'état de New York, la pratique du nudisme a recommencé, malgré la loi Smith. Car, aux Etats-Unis, les lois ne sont pas toujours prises aux sérieux. La raison en est peut être qu'elles sont trop nombreuses, trop susceptibles d'interprétations différentes, ou trop anciennes, ne répondant plus aux points de vue ou aux conditions qui les justifiaient il y a 50 ou 60 ans.

Ainsi, sur la plupart des plages des arrêtés, remontant à 1885 ou 1890, et qui n'ont jamais été abrogés, imposent aux dames le port de bas noirs, – ce qui n'empêche pas toutes les baigneuses d'aller jambes et pieds nus; – et le policeman qui s'aviserait de leur dresser procès-verbal s'attirerait, d'abord, de cinglantes moqueries, et ensuite un blâme sévère de ses chefs. Du moins, la réaction puritaine a montré aux nudistes américains qu'il leur fallait procéder avec précaution et lenteur, en se gardant d'effaroucher l'opinion publique. Pour cette raison, la propagande est faible, timorée, et le recrutement s'opère surtout par relations individuelles. Et cependant, les associations nudistes décupleraient leurs effectifs en quelques années, si les adhérents éventuels se sentaient libres d'agir comme il leur plairait. Mais ils ont peur de s'exposer aux plus graves mésaventures, – perte de leur emploi, ostracisme, tracasseries, brimades – au cas où leur participation à une société de libre culture viendrait à être découverte.
N'oublions pas, en effet, qu'aux Etats-Unis, beaucoup d'employeurs s'occupent volontiers de la vie privée de leurs subalternes. En outre, et sauf dans certains quartiers des grandes villes, les faits et gestes de chacun sont plus ou moins surveillés par le prêtre ou le pasteur de la paroisse, – et malheur au révolutionnaire, à l'énergumène, qui oserait braver ouvertement les principes traditionnalistes de la morale reçue 1 … Sans doute, cette rigidité et cette inquisition vont en décroissant; les mœurs évoluent dans un sens libéral. Les forces puritaines n'en disposent pas moins de moyens d'action redoutables, et exécutent de temps à autre de violents retours offensifs, que la masse de la nation n'approuve pas toujours, mais subit, chaque citoyen craignant pour lui-même et pour sa famille les suites d'une attitude trop indépendante. L'Américain, tout en prenant des airs dégagés et brusques pour se persuadés qu'il est un rude gaillard, est au fond essentiellement conservateur et conformiste. Cet homme entreprenant, souvent clairvoyant en affaires, cordial, brave, généreux, et, dans l'ensemble, d'une réelle intelligence, n'a aucune hardiesse dans le domaine intellectuelle et moral; il lit ce qu'on lui dit de lire, croit ce qu'on lui dit de croire, et est prêt à rentrer sous terre dés qu'un clergyman élève la voix ou qu'une vieille dame fait les gros yeux. On l'a bien vu avec la fameuse "Prohibition".

Il suffirait qu'une poignée de réformateurs, affolés de pudibonderie ou désireux de réclame, s'avisât de faire interdire définitivement le nudisme pour qu'aussitôt les lois non appliquées fussent remises en vigueur, et que tous les camps de libre culture fussent fermés. Et personne ne se hasarderait à formuler la moindre protestation, tant est grande la terreur inspirée par les farouches gardiens de la vertu publique.
Malgré tout, si l'on en croit les indices actuels, le nudisme américain se trouvera dans un avenir peut être proche, à l'abri des crises de pruderie qui, de temps à autre, se déchainent aux Etats-Unis. Un des ces indices est la franchise de plus en plus marquée envers tout ce qui touche aux questions sexuelles. Le reste dépend, en très grande partie, de la conduite des nudistes eux-mêmes, des protections qu'ils parviendront à acquérir, et dont la manière dont ils sauront, après avoir été persécutés, puis ignorés, puis tolérés, se faire accepter, et convaincre l'opinion qu'ils ne sont ni des fous, ni d'abominables dépravés. Mais ils doivent, plus encore que leurs frères des autres pays, procéder avec infiniment de tact.

février 4th, 2013

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Lors de l’AG de l’APNEL (Association pour la Promotion du Naturisme en Liberté) au Club gymnique de France à Villecresnes, j’ai interviewé Christiane Lecocq, doyenne des naturistes Français (101 ans) et co-fondatrice de la FFN et des Clubs du soleil.


A noter que ce club a fêter ses 80 ans en juin 2010


A l’apéritif, Christiane prend la parole et dit :

« On doit se lever pour faire un discours mais moi, plutôt que de me lever… » (elle lève son verre et le Président du club du soleil de Villecresnes finit sa phrase et dit : « Plutôt que de te lever, tu lèves ton verre »). …

« Je suis très contente que ce soit une femme Présidente (en parlant de l’Apnel) parce que vous saviez dans le passé que vous n’avez pas connu et que même vos grands parents n’ont pas connu, les bonnes femmes s’étaient bons pour faire la vaisselle et…autres choses, bon vous comprenez….mais le reste…niet. Maintenant, les femmes ont pris de l’importance dans la société. Moi, j’admire les suffragettes, parce qu’au début les femmes n’avaient pas le droit à la parole. Les femmes, c’était « silence, tais toi, fait la cuisine, la popotte » le mauvais travail…Je me rappelle Maman, elle était âgée mais mon père faisait ce qu’il voulait.

En plus quand on n’avait pas de profession, on était femme de ménage quelque part et quand on revenait à la maison, fallait faire les courses. Mais pendant la guerre, faire les courses…y avait rien à bouffer à Paris. Après la fermeture des magasins à 7 heures et demi, chercher pour avoir quelque chose à manger, pas facile. Et un jour, ça c’est des histoires de rutabagua…un jour, on voulait manger de la rhubarbe, y a des feuilles à la rhubarbe, vous connaissez ? On a mangé ça sans rien, on n’avait pas de sauce, on n’a pas été malade mais c’est dégueulasse. Mais on mangeait n’importe quoi. »


Les remerciements de Sylvie Fasol :

« Merci à tous d’être là aujourd’hui, nous avons aujourd’hui le soleil, c’est vraiment très agréable. Merci à Christiane d’avoir accepté cette invitation, c’est un honneur que vous soyez là. On sait le travail que vous avez développé avec Albert, avec ceux qui vous ont entouré pendant toutes ces années pour fonder cette fédération, pour œuvrer pour le naturisme et les liberté en générale aussi. Merci à François de nous recevoir ici et à toute l’équipe qui s’est mis en quatre pour nous faire un repas et pour nous accueillir avec grande gentillesse et chaleur. Merci à tous. »

Christiane Lecocq félicite Sylvie en lui disant « Elle a très bien parlé, buvant à sa santé ! J’ai jamais vu une Présidente qui ne buvait pas un coup ! ».

J’essaie de discuter du passé naturiste de Marseille avec Christiane.
« Je viens de Marseille, j’essaie de retracer l’histoire du naturisme dans la région Marseillaise. Vous avez des anecdotes ? »

Avec étonnement, je vois que Christiane a les yeux qui pétillent en parlant de Marseille.
« Entre naturistes, on se tutoie, en tout cas, moi je te tutoie…ça te dérange pas ? Ah Marseille, Marseille… voilà ce qui s’est passé. Au départ quand De Mongeot ne voulait pas être fédéré, on avait quand même commencé les Clubs du soleil. Au bout d’un moment, on est allé voir les terrains de De Mongeot pour qu’ils fassent partie de notre fédération et nous voilà arrivé à Marseille. On était venue avec une petite jeune fille que ses parents nous avaient confié pour partir un peu en vacances avec nous. Le club de Marseille était un club de De Mongeot (A cet instant, Christiane perd le fil de la discussion, mais je réussis à la faire revenir sur le sujet). A Paris, on passait pour des emmerdeurs parce qu’on faisait trop le ménage, mais là c’était le contraire…La gamine est allée aux toilettes, elle est revenue en disant « oh la la… » (On lui coupe ici la parole parce que quelqu’un veut lui faire la bise…grrrr).

Elle essaie d’elle-même de revenir sur la discussion mais une autre personne l’interrompt parce qu’il veut trinquer avec elle…et puis un autre…et encore un autre (mais ils vont me la rendre ivre ?).

Christiane reprend le fil de la discussion : « Ce que je voulais dire c’est qu’à Marseille, il y avait un Monsieur et une dame qui tenaient le club. Lui était de Marseille et elle, était d’origine Russe, à moins que ce soit le contraire, en tout cas un des deux était Russe. Mon mari a discuté avec le Monsieur jusqu’à 3 heures du matin pour qu’il vienne à la fédération mais il ne voulait pas. Et un jour, on voit arrivé sa femme, qui s’appelait Jénia chez nous. Notre salle à manger était notre bureau, on a pas eu de vie privé, nous, notre salle à manger était le lieu ou tout le monde passait. Elle était de passage à Paris et en a profité pour nous voir sans le dire à son mari, et au bout d’un moment, elle nous dit « écoutez, il faut qu’on fasse cette fédération, j’en parlerai à mon mari, je suis contente Christiane de vous voir parce que moi je veux être fédéré ! ». Au final, c’est une Marseillaise d’origine Russe qui a voulu qu’on fasse cette fédération parce que le Marseillais ne voulait pas ! Au final, le club de Marseille a bien rejoint la fédération, sa femme a réussi à convaincre son mari. »

« Mais après, il y a eu plusieurs clubs à Marseille, Marseille c’était quelque chose, tout le monde en parlait ! mais au départ, il n’y avait que les sections « Vivre d’Abord » de De Mongeot. Vous en avez entendu parler de Vivre d’Abord ? Vivre d’Abord, c’était un Monsieur, un journaliste de haute gamme, pour moi, pas comme Lecocq. Albert Lecocq, c’était un homme comme tout le monde, comme un petit employé, mais De Mongeot, c’était un Monsieur de haute gamme. Quand on a créé la fédération, il ne voulait pas en entendre parler, il disait « Lecocq, ça marchera pas » mais Lecocq voulait une fédération, chez les sportifs, il y a des fédérations, y a pas de raisons qu’on en fasse pas une pour le naturisme ».

« De Mongeot, lui c’était un journaliste qui avait créé le Sparta club et de là est sortie les sections Vivre d’Abord et la revue servait de publicité à son club, c’était son support. »

Bruno : « Kienné De Mongeot était vraiment naturiste ? Parce qu’il n’y a aucune photo de lui nu dans les magazines »

Christiane : « Je l’ai jamais vu à poils ! Il était toujours habillé, c’était un nudiste en peignoir ! Il voulait faire des péplums, je crois qu’il avait des idées Grecs, c’était pas mauvais après tout…moi la Grèce, je ne connaissais pas, j’ai jamais fais d’études, moi, c’était l’usine et le sport. »

Bruno :
« Ce qui est difficile à comprendre chez Kienné de Mongeot, c’est que finalement, il parlait beaucoup de sexualité dans ses revues. Il mélangeait un peu le sexe avec la nudité, alors que dans le naturisme, on essaie de dissocier les deux. »

Christiane : « Je crois qu’il était un peu voyeur, enfin, maintenant on peut le dire. Y avait le pasteur Huchet, y avait un certain nombre de personnalités avec lui et chacun avait ses idées mais personne n’était là pour mettre les choses bien en place. Il a fallu que ce soit mon mari, c’était un simple journaliste mais il était issu d’une famille de petits banquiers (son père et son grand-père) mon mari n’était pas un Monsieur comme De Mongeot, lui c’était un bourgeois.

Bruno : « Albert, votre mari, il était en relation avec le Dr Joseph Poucel de Marseille ? »

Christiane : « Vous savez, on a connu beaucoup de gens. Mon mari avait la mémoire des noms, moi je n’ai jamais eu la mémoire des noms, ça l’embêtait mais moi j’avais les chiffres parce que si j’avais pas été là pour les chiffres…Parce que pour créer une fédération et les clubs du soleil sans un rond, faut le faire quand même. Poucel, ça me dit quelque chose mais moi il faut que je vois pour reconnaître parce que j’ai pas la mémoire des noms. Albert m’a dit un jour « t’entends et t’oublies mais tu le marques, tu vois et tu n’oublies pas. »

Bruno : « Vous avez connu les Calanques de Marseille… »
Christiane me coupe la parole et enchaîne « Ah j’ai visité les Calanques, mais beaucoup plus tard, j’étais déjà toute seule car à un moment donné, on a fait la foire de Marseille. Alors, on était fédéral et moi j’étais Clubs du soleil, et parfois quand on parlait de la Fédération on était mal vu par les visiteurs parce que certains n’aimaient pas les « clubs du soleil » et y en a qui aimaient mieux les clubs de Marseille, et moi j’essayais d’arranger tout ça, c’était pas simple. Alors, il y a un Monsieur de Marseille qui m’avait prêté une petite chambre et tous les matins, je prenais le bus pour aller à la foire à 9h00. Et là, je pestais car il y avait deux stands, le stand de la FFN et le stand club du soleil de Marseille. Moi j’ai toujours essayé d’arranger les choses mais c’était pas simple.
Et quand on parle des Calanques, je vois encore quand on m’y amenait marcher et je me vois grimper et encore grimper…j’avais des bonnes jambes à l’époque. Et quand je voyais ce paysage, je me disais mais que c’est beau…ça n’a pas changé les Calanques ? »

Bruno : « Non, ça n’a pas changé. Juste un peu plus de constructions au bord mais à l’intérieur des Calanques, c’est toujours préservé de toutes constructions, c’est resté naturel. Vous savez que j’ai fait reconnaître le naturisme dans les Calanques dans la charte du Parc National qui sera bientôt mis en place ? »

Christiane : « Oui ? Et je l’ai vu à la télé ! J’aime bien regardé à la télé tous les coins que je ne connais pas mais quand je vois les Calanques, je me dis « ah ça, je connais… » mais maintenant, je pourrais plus y aller. Parfois, il y a des reportages sur le naturisme sur des clubs que je connais mais l’autre jour il y avait un club que je ne connaissais pas. »

J’essaie de savoir si elle m’a vu à la télé marcher nu dans les Calanques dans le reportage dont elle semble parler pour savoir son avis sur la randonnue, mais je n’arrive pas à lui faire comprendre et j’enchaîne sur une autre question : « Vous marchiez seule dans les Calanques ou vous y alliez avec des amis ? ».

Christiane : « J’allais dans les Calanques avec quelqu’un du club de Marseille, me rappelle plus de son nom. »

Bruno : « Duddley Ellis ou René Fize peut être ? »

Christiane : « Je sais pas parce que je retiens pas les noms mais heureusement qu’on n’avait pas tous les deux les noms, tous les deux les chiffres. Sinon, ça n’aurait pas marché. Il y en avait un qui avait les chiffres et l’autre les lettres. »

Bruno : « Vous, ou d’autres personnes, faisiez de la marche nue dans les Calanques ? »

Christiane : « Alors là, il me semble que oui… (On voit qu’elle fait un effort de mémoire). Oh, on se cachait pas. De temps en temps, on se déshabillait (elle rigole). Vous savez, on a vécu des périodes…comment ça…habillé ou pas habillé…c’était pas l’essentiel. Quand on habitait au Havre, ou on a voulu créer un club au Havre, on se laissait prendre par la mer. »

Bruno : « Oui, ça dépendait des lieux, autorisé ou pas n’était pas le problème à partir du moment ou vous étiez dans un endroit isolé. »

Christiane : « Ben oui, mais il n’y avait pas d’endroit autorisé avant, alors on se débrouillait. Je me suis créé moi-même des deux pièces en tricots, ça n’existait pas à l’époque les deux pièces, on n’en trouvait pas. Alors c’est désagréable mais je m’en foutais, c’était pour la police.

Après, il y a beaucoup de brouhahas et c’est inaudible, elle parle d’un maire (impossible de savoir si c’est celui de Rouen ou du Havre) qui se serait déplacé de manière officiel en 1934 dans un club (du Havre, du Mans ? je sais pas, j’arrive pas à entendre distinctement) pour inaugurer l’ouverture du centre ou pour ouvrir l’avenue qui mène au terrain. Je crois comprendre que cette présence était officielle mais elle rajoute que personne ne le savait…

Christiane à propos de ses souvenirs : « Vous savez, j’ai des bons et des mauvais souvenirs. Quand je me retrouve aux Champs Elysées et que je me souviens d’un certains défilés avec des bottes…Dans le temps, on me disait « Christiane, tu ne parles pas beaucoup, c’est vrai que ça a un peu changé… ».

« Vous savez l’île du Levant, c’était le premier truc extraordinaire que j’ai connu dans ma vie. L’île du Levant, je ne croyais pas que ça puisse exister. Ce monde, c’était un petit paradis quand nous sommes arrivés là, c’était juste avant la guerre. Moi, je connaissais le nord de la France avec ses petits jardins mais il n’y avait finalement pas grand-chose. Tandis qu’à Marseille ou au Levant, on avait de la place et il faisait beau. Ce que je remarque, c’est quand on parle des îles d’Hyères à la télé, on parle des autres mais pas facilement de celle-là. Je sais que quand on est arrivé, y avait pas d’eau, pas de toilettes, y avait rien du tout, on faisait avec ce qu’on avait. On allait chercher de l’eau potable dans un petit ruisseau qui descendait…Je me souviens, on avait un célibataire avec nous qui chantait sans arrêt :
« Avec quoi, on va chercher de l’eau ? Chère Elyse, chère Elyse. Avec quoi, on va chercher de l’eau ? Avec un sceau, cher Eugène… »

Et on cavalait dans les sentiers, on aurait pu nous prendre pour des idiots. Mais on n’était pas des idiots, on était juste un peu…(elle finit pas sa phrase) parce que quand j’entends parler les gamins maintenant, eh non, c’est pas du tout le même genre, c’est le jour et la nuit…mais en fait, les gamins c’est vous, regardez mon âge et le votre … non, vous croyez pas ? (elle rigole).

J’essaie de la remettre sur le sujet du centre naturiste de Marseille, dans le brouhaha, je comprends que quelques détails :
Christiane a été invité au début des années 70 à la foire de Marseille pour représenter les Clubs du soleil, elle a décidé d’en profiter pour aller visiter le club du Soleil de Marseille. Christiane tenait le stand du club du soleil et un autre stand, juste à côté, représentait la FFN.
Puis conversation inaudible, car on se met à table avant l’AG de l’APNEL.

J’essaie d’aborder la gestion des anciens centres naturistes de France mais Christiane a du mal à comprendre ce que je veux dire :
« Tous les Président des Clubs du soleil et de la Fédé étaient de gauche, mais je m’en fous, qu’ils aient été de gauche ou d’ailleurs, c’est pas très important. Mais enfin, ils étaient tous de gauche, sauf Kienné de Mongeot qui était peut être de droite. On ne pouvait pas imaginer se mettre à poil avec des De Gaulle, ça n’allait pas ensemble. Mais enfin, y avait des entre deux. Mais ça c’est pas très important, il faut que les gens puissent vivre décemment, il y a trop de misères. Et d’autres, ils ont tellement de choses qu’ils ne savent pas quoi en faire et après ça pollue.

On a crée la fédération Internationale en 1953 et l’affaire de Montalivet était partie de Carrière (Club du soleil de Carrières sur Seine).
Les Allemands, à l’internationale, avait toujours la priorité dans les idées à mettre en place. Quand on parlait de la Corse, ils nous traitaient gentiment de colonialistes. »

« Le premier club du soleil (celui de Carrières sur Seine) a été enregistré au temps de Pétain, à peu prés 8 jours avant la libération. Pépé (Albert Lecocq) m’a dit « vas y, tu peux y aller maintenant », j’ai pris un ticket de métro à 0,70 ct et je suis partie dans les bureaux de la préfecture sur Paris. Lecocq avait tout prévu, il disait « sitôt que les alliés arrivent, il faut tout mettre en place rapidement ». Lecocq n’a jamais été agent secret mais il avait tout prévu à l’avance. On a même eu un agent double, client de Carrière, qui a été balancé par la fenêtre de son domicile, du 5éme étage, il a été tué sur le coup. On n’a jamais su qui l’avait balancé. »

« J’ai connu aussi l’union des campeurs naturistes, c’est mon mari qui l’avait créé. Ca veut dire que c’est des gens qui n’aiment pas allés dans le même club tous les jours, c’était pas des sédentaires. »

Pour la seconde fois, je demande à Christiane si elle faisait de la randonnée nue en montagne.
« Non, je n’ai jamais marché nue parce que tu sais au début du naturisme, c’était difficile, il fallait pas se montrer aux autres, sinon t’avais des problèmes. C’était compliqué. T’as le droit d’être nu chez toi mais il fallait pas qu’on te voit à l’extérieur. Il fallait penser à la couleur des rideaux pour pas qu’on nous voie de l’extérieur. Par contre le Levant, c’était extraordinaire, inimaginable, si seulement…ce n’est pas pareil ailleurs. »

Sur la religion : « Mon père ne croyait en rien, ma mère était chrétienne et allait à la messe, mais mes parents me laissait faire, si je voulais à la messe, j’y allais si je voulais ». « Mon père en plus de son travail faisait de la peinture chez des gens, et les femmes qui étaient au foyers allaient faire le ménage chez les riches ». « Les riches c’était les femmes des patrons, ils partaient souvent en famille dans le sud pour se reposer. Peut être qu’ils étaient naturistes ? j’en sais rien mais en tout cas, ils allaient au soleil pour se reposer ».

Puis, Christiane a voulu d’elle-même assister à l’AG de l’APNEL.

Merci à Christiane d’avoir été patiente et d’avoir répondu à mes questions.

mai 22nd, 2012

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Extrait de la Vie au soleil numéro 6 – Fevrier 1950

Même au début de ce siècle, c’était la coutume au Japon de se dépouiller à la maison de ses vêtements et s’en aller, nu, se baigner à l’étang le plus voisin. Les Occidentaux, poussant de hauts cris, traitèrent les Japonais de peuple barbare et immoral. Pour faire sa cour aux étrangers, le gouvernement interdit cet usage.

Or, il est avéré que les peuples qui vivent nus sont plus moraux et plus vertueux que ceux qui portent des vêtements ou s’habillent exagérément. L’absence de civilisation engendre la moralité. Ce n’est que parce que les sexes différent quant aux vêtements et à la toilette que l’esprit de l’enfant s’en préoccupe.

M.P.T. Acharya (L’Unique)

mai 1st, 2012

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Par René MANDION
extrait de la revue « Photo-Cinéma » (Mars 1947)

 » Il faut dire et répéter que le corps humain, dans sa jeunesse ou dans la plénitude de la maturité, est beau indépendant de tout désir sexuel. Allant de la grâce à la force, il est beau comme le sont un arbre ou une fleur. C’est un magnifique produit de la nature que trop souvent les préjugés de notre civilisation ont dérobé à nos yeux. Le sport soulève un peu le voile. L’art, supérieur aux morales, dénudant les corps, nous montre, là ou nous pensions trouver des hommes, des héros, des dieux.  »

février 25th, 2012

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Extrait de « Volley-ball » (Nov 1948)

Article de Pierre TISSIER sur le volley-ball en URSS

Quand tous étaient bien las, ils abandonnaient le parc et se transportaient sur les bords de la Moskova. Au volley succédait la baignade. Une baignade prise en commun; entre filles et garçons, qui respectant les traditions du naturisme le plus pur, se trempaient dans l’eau de 20° inférieure à la température de l’air, complétement nus.

février 25th, 2012

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Encore une définition du naturisme ! Par Henri Laverrière

Nous pouvons déjà collectionner les définitions du naturisme. M. Descazaux le définit excellemment comme une réaction contre les dégâts d’une civilisation. Sur un plan plus général, M. A Lecocq indique: « Tout ce qui oriente l’homme vers une vie naturelle ». Je citerai même l’agréable slogan de M. A. Gaillard: « La vie saine, simple, sage, sobre au soleil ».

Il est probablement impossible de définir le Naturisme en une phrase, comme la plupart des doctrines. De plus, le Naturisme n’a pas encore situé les limites de son domaine. Le but de cet article est d’en montrer un aspect nouveau.

Nous pouvons certainement dire que le Naturisme est né d’une réaction de l’individu tentant à limiter les dommages que nous apporte notre façon de vivre. Il a pu, à certaines époques, et dans certaines publications, se réduire à des discussions sur la manière de manger la salade, ou sur la surface ou la présence d’un slip, ou à des échanges de vues interminables sur les questions sexuelles; il peut encore actuellement servir de prétexte à certains périodiques visiblement à la recherche d’effets érotiques.
Le naturisme n’est pas cela.

Mais une définition trop large inclurait des éléments étrangers à son essence. Dans cette définition, je crois qu’il faut éviter l’emploi des mots « nature », « naturel » et dérivés, sous peine de soulever l’ironie de Molière, qui fait dire à Diafoirus que l’opium fait dormir, parce qu’il a des vertus dormitives.
Une notion s’est dégradée récemment dans le Naturisme: c’est la place qu’il donne aux répercussions de notre comportement sur l’espèce humaine, et non plus tant sur l’individu. Cette notion prend une importance qui grandit rapidement. Je ne peux mieux l’expliquer que par deux exemples.

– Vivre dans la poussière, dans le bruit, dans les trépidations, vivre d’aliments « chimiques », etc., est assez bien supporté par l’individu, sa vie durant. A l’échelle de l’Espèce, les résultats apparaissent désastreux.

– La réaction de l’individu contre l’attaque microbienne est toujours « spécifique ». La médication est loin de l’être, et elle a tendance à supprimer la réaction individuelle. Autrement dit, si j’ai à choisir, pour combattre une maladie microbienne dont je souffre, entre ma « self réaction » et une défense apportée de l’extérieur sous forme de médicaments, je choisirai toujours ma self réaction, ne demandant d’aide extérieure que dans la mesure ou elle est nécessaire. Car l’aide extérieur tend à supprimer l’auto-défense.

Pour guérir mon rhume de cerveau, mon médecin m’ordonne 500 000 unités de pénicilline; il a sans doute raison, si le but qu’il se propose est de me guérir rapidement et complètement par les méthodes les plus efficaces. Il reste, ce faisant, dans les chasses gardées de la Médecine. Si, à l’avenir, d’autres rhumes de cerveau non soignés aux antibiotiques évoluent mal parce que mon auto-défense est devenue paresseuse, si mes descendants n’ont plus du tout d’auto-défense parce que leur organisme a pris l’habitude d’une aide extérieure immédiate et totale, il ne s’agit plus de Médecine, mais d’une Hygiène de l’Espèce.

Vu sous cet angle, le Naturisme pourrait être défini comme une Hygiène de l’Espèce. C’est, je crois, sa force principale que de signaler et de combattre les dangers que font courir à l’Espèce humaine certains comportements qu’on ne peut guère appeler des bienfaits de la Civilisation.

Article recopié par l’Association Naturiste Phocéenne dans son travail sur l’histoire du naturisme

février 25th, 2012

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