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L’île nudiste ; vivre nu toute l’année, ça vous tente?

Vivre nu, libre, en pleine santé sur une île chaude, cela vous tente? Avant de faire votre bagage, lisez ce bref article: quelqu’un a eu cette idée au XIXème siècle.

Ernest Engelhardt, né en 1870 à Nuremberg en Allemagne, fut un adepte de l’utopie.

Ce concept avait le vent en poupe parmi certains intellectuels de cette fin de XIXème siècle, trop souvent sclérosé par un rigorisme Victorien.

Seulement, Ernest Engelhardt n’était pas un intellectuel. Juste pharmacien-assistant.

Il était plutôt un doux pacifiste, prônant le végétalisme et la vie saine, adepte du soleil en tant que source centrale de la vie et voulait vivre nu, seulement nu, toujours nu. Et comme à Nuremberg, vivre nu n’était pas très commode, il s’en alla sur l’île de Kabakon, dans l’archipel du Duc de York, dans la colonie allemande de Nouvelle-Guinée.

D’abord, il vivait nu parmi 40 Mélanésiens qui, eux, portaient tous un étui pelvien, un arc et des gourdins. A partir de 1902, il commença à écrire ses pensées.

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Sur son île, il prenait le soleil et plantait des cocotiers, dont il tirait sa subsistance en les vendant et en les mangeant. Il était convaincu qu’elles étaient la nourriture la plus saine et naturelle pour l’homme, tout simplement parce que les noix de coco poussaient en plein soleil. Grâce à cela, écrivait-il, il pourrait atteindre un état poche du divin, et sa place dans une sorte de paradis.

Il développa sa théorie du « cocovorisme » qui peut se résumer en une phrase : Pour vivre au plus proche du divin, vivons nu, mangeons des noix de coco et c’est tout.  L’Ordre du Soleil commença à faire des émules.

Grâce à ce slogan, près de 30 adeptes suivirent ce régime simple et spartiate. L’île est plate, humide, insalubre. Les nudistes vivaient dans des cahutes. Après l’euphorie, la cruelle réalité. Très rapidement, la déception et la frustration s’installèrent. Puis vint la maladie. Puis vinrent les accidents. Les adeptes s’en allèrent. Certains moururent.

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L’écrivain August Beckmann arriva sur l’île. Il fut vite convaincu par les théories utopistes et envoya des rapports et des écrits en Allemagne sur l’île de Kabakon, l’île paradisiaque où nous pourrions tous vivre nus et heureux.

Engelhardt tomba à son tour malade et se fit soigner à l’hôpital d’Herbertshöhe. Il ne pesait plus que 38 kg et était couvert d’ulcères et de croûtes purulentes.

Il revint guéri, convaincu que les ulcères, ces dernières impuretés, avaient disparu et que son corps était dorénavant purifié. Toutefois, August Beckmann commença à avoir des doutes et les deux adeptes se querellèrent. August mourra. Suicide ? Maladie ? Assassinat ? Nul ne sait. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Et comme notre doux utopiste insulaire retomba malade, il repartit à l’hôpital. Un médecin allemand déclara qu’il était une « épave paranoïaque ». Le Gouvernement allemand interdit à ses ressortissants d’aller pratiquer le nudisme et le culte du soleil.

La Première guerre mondiale porta un coup fatal à son utopie. Il fut enfermé dans un camp australien pour prisonniers à Rabaul. En 1916 environ, il retourna sur son île mais sa plantation de cocotiers battait de l’aile. Il se contenta d’étudier la flore qu’il envoya dans les jardins botaniques de Brisbane et Sydney. Il se mit aussi à la peinture.

En 1919, il meurt, à l’âge de 49 ans. Personne ne sait où se situe sa tombe.

Voilà.

Vous êtes avertis.

Pour en savoir plus (texte en anglais) : http://afflictor.com/2014/03/14/old-print-article-failure-of-a-womanless-eden-in-the-pacific-new-york-times-1905/

Le voici en 1911

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janvier 2nd, 2017

Posted In: Histoire du naturisme, Peuples nus

6 Comments

  • Christophe dit :

    Il faut toujours se méfier des utopistes et des utopies:voila ou cela mène!J’ai toujours été étonné que toutes les utopies ont été
    développées par les occidentaux,qui se prétendent plus intelligents et mieux formés que les autres.
    Hélas,je crains que nous n’en tirons aucune conséquence.Les leçons du passé ne sont jamais retenues et nous persistons à ne rien apprendre des autres.

  • BORDET Claude dit :

    Il y a certes eu des utopies qui se sont révélées sans suite pour cause d’échec, mais il y a aussi et surtout nombre de progrès de l’humanité dus à des rêveurs qui ont permis de regarder vers l’avenir plutôt que de se satisfaire de répéter les traditions du passé !
    Alors oui, je suis un utopiste, rêveur voire bisounours et tant pis si je ne suis pas plus intelligent ni plus (dé)formé que les autres…

    • Christophe dit :

      A titre personnel,je me méfie des bisounours et des rêveurs:ce sont les plus dangereux.Il sont prêts a vous flinguer physiquement s’il vous prenait de vous opposer à leurs funestes entreprises.

      Quelques noms d’utopistes du XIX siècles qui ont mal fini:Etienne Cabet,Charles Fourier et la listes n’est pas close.Et puis j’ai observé que tous ces utopistes ont tout raté dans leurs vies et ont fini dans une misère noire et n’ont rien laissé de positif pour la société de leurs temps.
      Je suggère à Claude Bordet de (re)lire le célèbre ouvrage de Thomas More:Utopie.Il est vrai que Thomas More à mal fini lui aussi mais pas pour les mêmes raisons que les personnalités citées plus haut.

      • marseilleman dit :

        Claude Bordet est quelqu’un de très cultivé, ça ira pour lui, ne t’inquiètes pas.

        Dans la mesure du possible, il faut éviter de dire que le monde est tout noir ou tout blanc. D’ailleurs, je pourrais te citer au moins un utopiste qui a fait de sa vie exactement ce qu’il voulait et qui citait souvent Charles Fourier : Oxent Miesseroff.

        Alors, évidemment, en dehors d’un livre sur la résistance, à laquelle il a pris part dans le maquis de Barème et en dehors du milieu naturiste provençal, il n’est pas connu. Dans mon livre en préparation sur l’histoire du naturisme, j’ai écrit 65 pages sur lui qui permettront à quelques personnes de mieux le connaitre.

        • BORDET Claude dit :

          Très cultivé ?, il ne faut rien exagérer mais merci quant même à marseilleman …
          Je suis en effet opposé au manichéisme, il y a bien plus que 50 nuances de gris, et écrire que : « […]des bisounours et des rêveurs: ce sont les plus dangereux. Ils sont prêts a vous flinguer physiquement […]» me fait craindre que ceux qui voient ainsi l’utopie sont encore bien plus éloignés de la réalité que ceux qu’ils jugent !
          Je ne connait pas Oxent Miesseroff mais je suis plus tenté de lire sur lui que sur Thomas More.

  • marseilleman dit :

    A rappeler que l’utopisme était un courant de pensée pour une autre évolution de la société. Ce n’était pas tout à fait la même définition qu’aujourd’hui.

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